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jeudi 5 octobre 2017

Aïka et Bêk ... au 30 avril en forêt de Sibérie

C'est curieux, ce matin 5 octobre me voilà arrêtée au 30 avril.
C'est ça, par la magie de la lecture.

"Dans les forêts de Sibérie" par Sylvain Tesson
Un livre qui m'accompagne depuis... peut-être deux mois. Un livre dont je recule l'instant d'arriver à la fin parce que je ne veux pas arriver à la fin. Un livre que je goûte, presque à chaque mot jusqu'au mot "soûler" que je déteste. Comment ne pas déposer un extrait ?
J'hésitais, j'avais la flemme, il y a tant d'extraits possibles, sur lesquels je me suis arrêtée.  Mais ce matin, l'arrêt s'impose. Au risque de me répéter, à celui de vous ennuyer, me voilà au 30 avril et je ne vous dirai pas combien de fois je l'ai déjà lu.
Pourquoi ?
Comme je le dis aux enfants, les "pourquoi ?" ne m'intéressent pas. Je ne connais pas toujours -d'ailleurs peut-être jamais- la réponse aux "pourquoi ?" Je leur préfère les "comment ?"
Et ne me demandez surtout pas pourquoi !

Donc l'arrêt s'impose, ce 4 octobre 17, rennais, gris, mat, plat, humide, silencieux, volubilis, papyrus et ficus sur mon balcon, ces deux derniers pour donner une touche verte et violette à ce texte signé #SylvainTesson,  p.170-171 #Gallimard.

30 avril
La taïga est noire. La neige disparaît des branches des arbres. Les montagnes sont frappées de taches sombres. Aïka et Bêk se précipitent sous la fenêtre aux lueurs de l'aube. Quand deux petits chiens vous fêtent au matin, la nuit prend la saveur de l'attente. La fidélité du chien n'exige rien, pas un devoir. Son amour se contente d'un os. Les chiens ? On les fait coucher dehors, on leur parle comme à des charretiers, de temps en temps, vlan ! une baffe dans les côtes. Ce qu'on leur offre en coups, ils nous le rendent en bave. Et je comprends soudain pourquoi les hommes ont fait du chien leur meilleur ami : c'est une pauvre bête dont la soumission n'a pas à être payée en retour. Une créature qui correspondait donc parfaitement à ce que l'homme est capable de donner.

Nous jouons sur la plage. Je leur lance l'os de cerf déniché par Aïka. Ils ne se lassent jamais de me le rapporter. Ils en mourraient. Ces maîtres m'apprennent à peupler la seule patrie qui vaille : l'instant* Notre péché à nous autres, les hommes, c'est d'avoir perdu cette fièvre du chien à rapporter le même os. Pour être heureux, il faut que nous accumulions chez nous des dizaines d'objets de plus en plus sophistiqués. La pub nous lance son "va chercher !" Le chien a admirablement réglé le problème du désir.

Contes dits avec les merveilleux instants musicaux de Cyprien Bole 
dans le cadre d'une collaboration avec Emilie Maj ethnologue

Longue marche jusqu'au cap des Cèdres du Sud avec les petites bêtes. Le ciel est en charpie et le vent s'est levé. A travers les nuages, des rayons balaient la taïga de traînées fauves et y plaquent des empiècements d'or... Les chiens s'arrêtent net devant une zone gorgée d'eau. Ils gémissent, refusent d'avancer et je m'engage à pas prudents pour leur montrer qu'ils peuvent passer. Un aigle tournoie, hors de portée. Le vent soulève des gerbes de paillettes. Elles deviennent poussière de pyrite quand elles croisent un rai de soleil. La forêt gronde sous les rafales. Les forces du printemps sont là. Je les sens, prêtes à l'attaque, n'osant pas encore la reconquête.

Le ciel est fou, ébouriffé d'air pur, affolé de lumière. Des images d'une intense beauté surgissent et disparaissent. Est-ce cela l'apparition d'un dieu ? Je suis incapable de prendre la moindre photo. Ce serait double injure : je pêcherais par  inattention : j'insulterais l'instant.

Quand nous arrivons au cap où je voulais.....

* l'un de mes blogs s'intitule ainsi. La capacité de goûter à l'instant m'enivre de plus en plus, de jour en jour ... et si bien, qu'à me soûler. :-)

"Dans les forêts de Sibérie" - Gallimard - Sylvain Tesson
Et de me permettre ce lien http://www.enfancesnomades.com 
et de préciser que les contes de Sibérie sont un de mes thèmes de prédilection : pour les enfants ou pour les adultes, dans les écoles, bibliothèques ou autres sites, ils sont prêts à l'écoute. Pour me contacter
lcomlania@gmail.com
07 70 34 90 72



mardi 26 septembre 2017

De la part de Grunira Brorier "La vengeance du hérisson" (Afrique de l'Ouest)

En ce temps-là, à ce moment-là.... 
Savane était calme. Elle retenait son souffle. C'était au point où l'on pouvait percevoir l'infime battement que font les ailes des mouches. 

Les animaux de Brousse la traversaient. Sur son ordre, les animaux se rendaient à la cour du Roi. Et dans la cour elle-même, hippopotames, caïmans, gazelles, éléphants, genoux, tigres, hiboux, heu pardon, gnous, hiboux, tigres, poux, girafes ou souris  et d'autres encore s'entassaient, s'entassaient s'entassaient.

Les oiseaux aussi s'entassaient : de l'Autruche au Sénégal Enflammé, en passant par le Brubru, le Bateleur des Savanes, le Bulbul, le Jaboteur, le Chevalier Aboyeur, le Craterope ou la Crécerelle, le Loriot Masqué ou la Marouette Rayée, les oiseaux s'entassaient, s'entassaient et jusqu'aux plus têtus, ils avaient tous cessé de chanter.

Pourquoi donc ? 
Le fils du roi Souimanga Lesné 1er de la Dynastie DeLiOn était malade. Le fils, l'unique fils du roi Souimanga, Puffin LeMaJeur était couché, à même la poussière qui recouvrait le sol de la cour, les yeux clos, et les pattes raides comme bois. Entre LeMaJeur ou Puffin il ne savait plus lequel était son prénom, lequel était son nom. ... Il souffrait... Il souffrait d'une forte fièvre, d'un mal mystérieux qui prenait toutes ses forces. '

Les plus grands guérisseurs, docteurs, marabouts, sorciers s'étaient succédés à son chevet.  Ils lui avaient donné crèmes, onguents, décoctions, sirops, potages, tisanes, pastilles et pourtant, la fièvre n'avait pas baissé. Tout le monde pouvait lire sur le visage du vieux roi Souimanga Lesné 1er de la Dynastie DeLiOn le découragement : son teint blanchissait au fur et à mesure.

Hippopotames, Kaïmans, Gazelles, Eléphants, Genoux, Tigres, Hiboux, heu pardon, je me relis, Gnous, Hiboux, Rhinocéros,Ppoux, Girafes, Souris ; Autruche, Sénégal Enflammé, Brubru, Bateleur des Savanes, Bulbul, Jaboteur, Chevalier Aboyeur, Craterope ou Crécerelle, Loriot Masqué ou Marouette Rayée, craignaient le pire, ils avaient peur, et comme le roi ils étaient envahis par le découragement. Si le fils du roi mourait, qu'allait-il se passer ?

Ils en étaient tous là quand on vit les animaux s'écarter pour laisser place à ChaKal LeVieux. Il portait des vêtements de cotonnade salis et  alourdis par la poussière ; un vieux chapeau rouge si rongé par les termites qu'il aurait pu paraître noir. Quant à ses chaussures, elles étaient si rapiécées, rapiécées, que rien qu'à l'écrire Chakal était nu-pied.

Peu importait ses chaussures; Il avançait en criant 
"Dégagez !... Dé ga gez.... Faites place... Faites plaaaa...ce !"

Les animaux se sont écartés.  !"  Il est arrivé devant Souimanga Lesné roi de Brousse, il s'est courbé en signe de respecte et quand il s'est redressé il a dit : 

"Majesté, j'ai entendu parler de la maladie de Puffin LeMaJeur, le jeune prince. J'ai appris qu'aucune sommité ne parvenait à le  guérir. J'étais loin. J'ai fait un long voyage pour venir, sur le champ, à son chevet. Roi Souimanga cessez vos larmes. J'ai trouvé le remède pour soigner votre enfant, votre fils, votre cher prince !"

Et aussitôt Chakal LeVieux s'est mis à  hurler 

"Qu'on apporte du sang chaud de Hérisson. 
Si notre jeune malade réussit à en boire, 
il retrouvera toutes ses forces. Et il guérira"

Aussitôt dit aussitôt fait. Le Lion Souimanga Lesné 1er de la Dynastie DeLiOn fait envoyer aux quatre coins du monde des émissaires chargés de ramener Hérisson de gré ou de Force.

En Brousse, les rumeurs avancent d'un pas tellurique. Hérisson fut vite mis au courant de ce qui l'attendait chez le roi. Qui consulter mieux que son Grand-Père ? Hérisson va consulter son Grand-Père.
Bla bla bla bla bla bla , ah bon Grand-Père,  je dois faire ça ?... Hérisson prit son courage à deux mains et se rendit chez le roi. Il se courba, se redressa et déclara : 
"Majesté, je suis prêt à donner mon sang -comme l'a dit Chakal- pour guérir le jeune prince Puffin LeMaJeur, votre cher fils, notre jeune et unique prince. Mais Chakal a oublié  de vous donner un élément très important de l'ordonnance. Nous étions ensembles, lui et moi, le jour où un gentil génie nous a prédit le mal qui allait frapper votre fils. Nous étions ensembles quand le gentil génie a déclaré que nous aurions l'honneur de participer tous deux à sa guérison. Mais pour cela il faut que mon sang chaud  soit  mélangé à la cervelle fumante de Chakal !"

Ce discours fut si rapidement, si nettement et si précisément dit, que ChaKal n'eut ni le temps de répondre, ni le temps de fuir.

C'est ainsi que la fumante cervelle de Chakal fut mélangée au sang chaud de  Hérisson, saigné à la patte gauche ; et que le mélange fut administré au malade.

Hasard ou coïncidence, personne ne le sait, mais ce qui est, est que le jeune malade, Puffin LeMaJeur, fut véritablement guéri.

Ainsi vient la fin
de ce conte-ci.


lundi 21 août 2017

Quand le cèpe Petinou fait la guerre aux champignons (conte russe)

Dans la petite isba, sous les deux épicéas, derrière les rondins de bois,  auprès du poêle de faïence,  Babouchka est assise sur un fauteuil noir. Elle s'apprête à parler.
va parler. Elle porte sur les épaules un magnifique châle rouge frangé, tout fait d'une soie bordée et brodée d'or et argent : boules de fleurs et épis d'or se répartissent en ses quatre coins.
"Il est merveilleux ton châle Babouchka" dit l'un des enfants.

"Aussi merveilleux que les yeux de la chouette, mon enfant" dit-elle en se penchant et en continuant "Chut... Une chouette vole, tête de folle ; elle vole, vole, 
se pose, repose la queue, écarquille les yeux, repart ; 
elle vole vole, se pose, remue la queue,
 écarquille les yeux, ceci n'est pas le conte, 
ceci n'est que le début...."

Silence dans l'isba. la voix de Babouchka reprend

En ce temps-là le Tsar Petit Pois faisait la guerre aux champignons. Il cessait si peu de faire la guerre aux champignons qu'un matin il inspire de ses faits guerriers le Cèpe Petinou. Celui-ci  se décide  à ordonner aux champignons de lui faire la guerre.

Ça s'est passé un beau matin sous un grand chêne, entouré d'épicéas. Un beau matin un beau matin et pourtant ce matin-là le Cèpe Petinou a l'humeur à la querelle. Il ouvre les yeux, regarde autour de lui et il aperçoit qui ? Vous n'étiez pas là les enfants je vous le dis, il aperçoit les nonettes (encore appelées les nonettes voilées) mignonnettes. Elles  ressemblent à des craquelins unijambistes et bretons tant elles sont, comme eux,  toutes rondes du chapeau et dorées.



Le cèpe Petinou se précipite vers les Nonettes. Il s'arrête, bombe son torse, claque entre eux le talon de ses bottes noires. Puis il leur crie.  

"Nonettes, faites-moi la guerre ! c'est un ordre !"

Les Nonettes sont jeunettes. Elles viennent à peine d'ouvrir l'oeil. Leurs lamelles ne sont pas encore entrebâillées. Elles s'étonnent, à leur façon, avec de petites voix : 
"Qu'est-ce que vous dites Cèpe Petinou ? Avons-nous bien compris ? Vous voulez que nous vous fassions la guerre, la guerre ? Nous ne vous ferons pas la guerre Cèpe Petinou ! Nous avons bien d'autre chose à faire que la guerre ! Par exemple, nous préparons notre concours de descente la plus rapide en toboggan" Et elles lui tournent le dos pour préparer les dossards, les équipes, les cadeaux. 

Cèpe Petinou s'est retrouvé tout bête. 
"Tant pis pour vous  Nonettes qui ne pensez qu'à jouer, 
vous n'êtes pas les seules champignones au monde !" 
et il a tourné la tête. 

C'est jour de chance pour Cèpe Petinou. Devant lui se tiennent justement quelques individus Palomets. Plutôt sur pied blanc et coiffés d'un chapeau vert pâle (encore appelés russule verdoyante.) ils se tiennent les uns ici les autres par là : le sourire monte aux lèvres de Cèpe Petinou. Il s'approche d'eux, 

 s'arrête, bombe son torse claque entre eux les talons de ses bottes noires puis il leur crie

"Palomets, vous voilà bienvenus, déclarez-moi la guerre, c'est un ordre !"

Qui parle ? Les Palomets lèvent la tête. 
"C'est vous Cèpe Petinou ! Vous qui nous q ordonnez de vous déclarer la guerre ! Vous avez perdu la tête ? Pourquoi nous déclarerions-vous la guerre, ne savez-vous pas que nous sommes de riches propriétaires terriens. Nous sommes si tristes d'avoir tant perdu de terres que nous n'allons pas rajouter la tristesse d'essuyer une nouvelle guerre. Ne comptez pas sur nous pour vous battre, n'y comptez pas !" Et les Palomets pieds blancs chapeau lisse et blanc vert tournent le dos à Cèpe Petinou.


"Tant pis pour vous palmés, je ne changerai pas d'idée et vous n'êtes pas les seuls ici, je veux qu'on me déclare la guerre on me la déclarera !" Cèpe Petinou bougonne "Si ce n'est pas avec les Nonettes, si ce n'est pas avec les Palomets ce sera avec d'autres, ce sera, ce sera... ce sera avec les Coulemelles, et d'ailleurs en voilà !" Il ne se trompe pas. C'est vrai, aux pieds du Cèpe Petinou, des Coulemelles belles se tiennent
ainsi qu'elles sont, longues et fines, chapeau arrondi, frisotti-frisotta, réunies en petits groupes, par cinq ou six par là. Cèpe Petinou ne se retient pas. Sourire aux lèvres il s'approche d'elles, s'arrête, bombe le torse, claque entre eux les talons de ses bottes noires puis il leur hurle  :

"Coulemelles, déclarez-moi la guerre ! C'est un ordre." 

Les Coulemelles se retournent avec allure. Pffff c'est Cèpe Petinou. Elles lui répondent 
"Cèpe Petinou, c'est donc vous qui nous haranguez ainsi ! Que nous vous déclarions la guerre ? A quoi pensez-vous ?  Nous avez-vous bien regardées, oubliez-vous notre allure altière, nos bonnes manières, nous n'avons rien à faire à  faire la guerre, nous ne vous la ferons pas, tenez-vous le pour dit !" 


Cette fois Cèpe Petinou est soufflé ! Comment osent-elles ! N'est-il pas le Grand Cèpe Petinou ! Ça ne va pas se passer comme ça ! Il y aura bien il y aura bien.... les Chanterelles pourquoi les Chanterelles appelées aussi girolles 

photo "chanterelles ou girolles-cantal-envied'autrement"

ne lui feraient-elles pas la guerre, pourquoi ne lui obéiraient-elles pas ! Surtout qu'elles sont là, à trois pas de lui, merveilleux tapis jaune. À trois pas de lui ! Comme pour les Nonettes,  les Palomets,  les Coulemelles Cèpe Petinou hurle aux Chanterelles 

"Chanterelles déclarez-moi la guerre ! C'est un ordre !"

Sous la harangue, le tapis de petites Chanterelles, encore appelées Girolles, frémit par vagues successives. Elles rentrent du marché. Elles portent des paniers pleins à ras-bords de plants de poireaux, de betteraves crues, de pommes de terres, de céleris-raves, de navets, de salades. En découvrant Cèpe Petinou les jaunes Chanterelles ne se troublent plus. Elles lui répondent avec fermeté 
"Qu'avez-vous dit ? Vous faire la guerre ? Nous pourrions, nous sommes si nombreuses mais il n'en est pas question. Tôt levées, depuis l'aurore, nous ne préparons qu'une seule guerre, la guerre que nous déclarons chaque jour à nos fourneaux. Et il nous la rendront bien. ne savez-vous pas que nous sommes les plus merveilleuses des cuisinières du château  ?" Et sur ce, paniers débordant en mains elles passent sous son nez et poursuivent leur chemin".

Cèpe Petinou est plus pantois que pantois* -et j'ai pas écrit "putois"-
Comment les Chanterelles osent-elles ! Mais tout aussitôt il se redresse, furète, cherche et aperçoit, les Mousserons 



rassemblés, "en rond de sorcières", par milliers voire par millions au plein milieu du pré derrière un buisson pour rimer avec Mousserons ou bataillons. Bataillons !!! Le rêve militaire s'empare de Cèpe Petinou. Les Mousserons sont formés à la bataille, ils lui obéiront.  Cèpe Petinou n'a aucun doute, Cèpe Petinou se régale par avance  : un grand sourire aux lèvres il s'approche des Mousserons, il s'arrête, il bombe le torse, il claque entre eux les talons de ses bottes noires et il hurle  l'oeil sévère d'un côté comme de l'autre


"Mousserons, déclarez-moi la guerre !" 

Le Cèpe Petinou n'a pas le temps de comprendre qu'il a rencontré plus fort que lui.  Les Mousserons, invités à la chose,  foncent sur lui avec détermination : la guerre, ça les connait les Mousserons. En escadrons aux  rangs serrés et bataillons motivés, les Militaires Mousserons entourent si vite  Cèpe Petinou qu'ils l'écrasent sans autre forme de procès.
Ceci précisons-le, s'est passé au temps où le Tsar Petit Pois faisait, il est vrai, la guerre aux champignons"

Adaptation fantaisiste et personnelle du texte-randonnée N° 38 intitulé "Les champignons" in Maison-Neuve Larose, "Les contes populaires russes"réunis par Afanassiev

* pantois : Qui est suffoqué, interloqué par la surprise : Cette réponse m'a laissée pantoise.

* des betteraves crues : dire de plus en plus rapidement au moins huit fois
"Fruit frais, fruit cuit, fruit cru" ou encore 
"Bon pain, banc peint, bain plein"




mercredi 28 septembre 2016

Le conte. Le choc. Attention danger. Coup de foudre littéraire.

Bonsoir, ça alors, première fois que ça se produit. Je vous conte.
Je me tenais au bar de l'Artiste Assoiffé sympathique bar rennais, en fin de la scène ouverte du dernier mercredi de septembre cette fois-ci. Sous le chapeau de l'association Les Tisseurs de Conte et celui de la douce et agréable menée d'Aurélie.
Nous venions de conter. Quand un spectateur nous a rejointes précipitamment et plein d'enthousiasme et s'adressant à moi me dit 
"Elle était bien votre histoire, l'histoire du gars qui cherche comment payer la messe d'enterrement de son père" (Elle est répertoriée sous le nom "la princesse et la pantoufle")

Et il me la raconte. En entier, sans rien oublier, tout dans l'ordre, la "mienne" mais peut-être mieux encore, surtout la sienne. 
Un mot de plus et je me mettais à pleurer. 

Emue. 

Emotion.
Sait-il qu'il m'a offert un bel hommage celui du conteur qui a pu transmettre. Pourtant ce n'était pas simple. A cause du flipper !!! ouille ouille ouille. "La prochaine fois, je l'éteindrai" dit le gentil et attentif Barman. Décision appréciée.


Pour ma part je ne savais pas qu'il y avait un nouveau flipper. 
Et tout en écoutant avec difficultés, je m'imaginais le barman 
tirant sur les distributeurs de bière en me disant 
que je n'avais jamais entendu ce bruit, 
que je ne le reconnaissais pas, 
qu'il devait y avoir autre chose. 

La prochaine fois ? 
Ce sera le dernier mercredi d'octobre 
de 19 h 30 à 20 h 30.
 Jean-Mi à l'Artiste Assoiffé
 Lania à la Maison du Ronceray
 Aurélie à l'Artiste Assoiffé
Conteuse en chemin à l'Artiste Assoiffé
J'ai ressenti une autre émotion. Celle qu'un jeune homme m'a communiquée en me répondant "Je suis trop pauvre pour suivre des ateliers de contes" 

Hein, quoi trop pauvre, pour suivre des ateliers de contes (c'est vrai que maintenant tout se paie, surtout la transmission, au pays de l'école gratuite, je m'étonne toujours) : une hérésie, une vraie tristesse. La prochaine fois, je lui propose de le suivre moi-même. Pour le plaisir. 


Peu de public mais rien que de belles Zoreilles, qui ne sont pas parties malgré le bruit.  Toujours le même étonnement en ce qui me concerne. Le conte ? Un must. Qui ne demande que d'écouter. Non, je ne dirai pas "aujourd'hui pas simple" Mince, je l'ai écrit. Sourires.

dimanche 25 septembre 2016

Randonnée contée à Montreuil Le Gast avec Annie Gossmann et Lania

Bonjour


Sous un soleil de juillet en septembre la randonnée a été faite dans le cadre de l'Association Rennaise "Les Tisseurs de Contes" Ce fut un plaisir de rencontrer un public disponible et des oreilles de qualité aimant autant rire qu'écouter. Rien n'a manqué : des cailloux, à la vache, au pré.... rien.

De la cloche née en 1953 et honorée ce jour d'un canon bellement entonné du haut des escaliers de la nouvelle Mairie  de Montreuil le Gast inaugurée la veille, très récemment (précisément, la veille de la randonnée) au double petit pain chaud et sucré de Monsieur Larroque le Boulanger de la place des Cornières, celle d'un joli village du Sud-ouest, aujourd'hui obtenu en 3D, le moment fut un fameux "road-contie"

 Je crois pouvoir l'écrire. 
 Annie Gossmann, qui pour l'heure se cache derrière cette meule étonnante, pourrait dire de même.
Une étape étonnante : cet arbre n'est-il qu'un seul et même arbre ou deux (en 1) Les deux possibilités me font rêver. La croix voisine a fait apparaître un rossignol qui égrenait ses trilles. Le moine qui s'occupait de ses rosiers dans le jardin du monastère, intrigué l'a écouté, puis suivi..... Légendaire : Wanted : parti à la recherche du rossignol est-il vraiment revenu au monastère ?
D'un accord commun les conteuses pensent que la randonnée à Montreuil le Gast cet après midi fut un plaisir.  A tous et à chacun, chacune un grand merci, harpiste Morgane et Organiste de Barbarie Sylvain aussi (Manivel'Swing")

mardi 2 août 2016

IV - Vaniouchka et la Nef Volante - (4ème et FIN)

Il faut voir comme le tsar descend les escaliers. Il fulmine "da da d'accord il possède la pomme d'or, da da da d'accord il peut me la donner, mais je ne la veux pas, je veux garder avec moi ma petite tsarine Anastasia qu'i aille en enfer lui et sa troupe !" 
Le tsar Damian interpelle ses gardes et ordonne 
"Enfermez-moi cette troupe vulgaire dans le four à pain. Voyons voir s'ils sauront en sortir"
Les gardes sont nombreux. Le temps de comprendre ce qui leur arrive, la troupe des sept disparaît dans le four à pain et klak klak schplak la tringle  de fer claque et la porte se referme sur eux. La chaleur est étouffante et une ombre passe sur le visage de Vaniouchka. "Compte sur moi Vaniouchka !" 
C'est Soufflafendre LaFroidure qui vient de parler. D'un coup sec...... (à suivre en IV)

D'un coup sec il retire son bonnet de neige, sa chapka et dans l'instant les flammes deviennent glaçons, le feu gèle et prend fin. Tous ensemble la troupe ouvre la porte du four d'un seul coup d'épaule. Tous dans la cour ils font face au tsar Damian qui peste tempête tente de sourire et accorde la main de sa fille de celui qu'il appelle "Le Pouilleux". En même temps il pense "Quand il arrivera à la nef volante avec ma fille et ses compagnons mes soldats se lanceront à l'abordage et toute cette troupe sera prisonnière.  et je récupérerai ma petite tsarine Anastasia, ma fille chérie"
C'est sans compter avec FinOReille JenTenBien. Il se rapproche de Musikos LetambouRiNaïre et il lui apprend la volonté du tsar Damian. Quand Vaniouchka monte l'échelle de la Nef Volante il soutient la petite tsarine Anastasia. Mais quand ils atteignent le pont de la Nef Volante, les soldats du tsar passent à l'abordage. Sans hésiter LeTamBouRiNaïre  bat du tambour. Aussitôt des milliers de soldats surgissent hors de l'instrument et l'armée du tsar est écrasée. La petite troupe retourne au palais, le tsar Damian est fait prisonnier ainsi que toute sa cour.

Le pensez-vous, Vaniouchka est devenu Tsar, ses sept amis ses conseillers et auprès de la grande Tsarine Anastasia devenue, s'ils n'est pas mort, il coule encore des jours heureux.

« И стали они жить-поживать, добра наживать ! » 
« et ils se mirent à bien vivre et à amasser du bien ! »
Empruntée au site https://blogpeda.ac-bordeaux.fr/optionrussecassin/litterature-2/contes-russes/


Goussi goussi
da da da
ieskatitié ieskatitié
ga ga ga
(comptine phonétique russe - la fermière donne à manger aux oies. Elles sont d'accord. Elles la remercient)


samedi 16 juillet 2016

II - Vaniouchka et la Nef Volante (suite 2ème)

Les mots manquent à Vaniouchka. Au beau milieu de la clairière se dresse un magnifique bateau de bois, avec un mât immense et deux autres à peine moins. Le vent caresse et gonfle doucement trois. La stupeur frappe Vaniouchka. Le bois est merveilleux. Il ne peut s'empêcher de poser la main dessus. Au même moment  une échelle de cordes tombe au sol et le bâtiment de bois tressaille davantage.  Vaniouchka grimpe  à l'échelle. Le voilà sur le pont. Le bateau tressaille encore, les voiles se gonflent, le bâtiment s'élève au-dessus de la clairière, le bateau quitte le sol et vogue par dessus la forêt d'épicéa. Vaniouchka rit. "Comme le monde est beau, comme le monde est grand, 

Et soudain sur un j'ai la Nef Volante, à moi le palais du Tsar, à moi la jolie petite tsarine... il s'étonne.... (à suivre) parce qu'il remarque un homme qui marche sur un chemin en sautant d'un pied pendant qu'il garde l'autre jambe accrochée à son épaule. Quelle drôle de façon il a cet homme d'avancer. Je vais lui demander pourquoi ?

Vous qui lisez, devinez-vous ce que l'homme répond à Vaniouchka ? Non, ce n'est pas ça. Il lui répond... 

Je garde l'une de mes jambes sur l'épaule car si je la descendais d'un seul bond je me retrouverais à l'autre bout du monde ! Tu parles d'un handicap !

"Un handicap ? Plutôt une qualité" Et sitôt pensé Vaniouchka agit. Il jette l'échelle de corde par-dessus bord et il hurle un "Rejoins-moi Belle Jambe !" 
Et  maintenant vous qui lisez, imaginez  
... les voilà 2 dans la Nef Volante, 
Belle Jambe et Vaniouchka
 j'ai la Nef Volante, 
à moi le palais du Tsar, 
à moi la jolie petite tsarine... 
Les nuages et les rayons de soleil caressent les flancs de la Nef Volante et les joues du nouvel équipage qui se penchent, curieux, en riant. et découvre à la sortie d'une forêt d'épicéa un 

Regarde Belles-Jambes comme il est drôle cet homme que crois-tu qu'il fasse ?
L'homme se tenait debout un oeil accroché à son fusil face à un immense espace vide. A-t-il entenduVaniouchka, l'homme répond  répond : 

Je vise  un petit oiseau qui est là-bas tout au bout du bout ou  finit le monde  ! 

Quelle belle vision pense Vaniouchka quelle belle qualité Et sitôt pensé Vaniouchka agit. Il jette l'échelle de corde par-dessus bord et il hurle un "Rejoins-moi Bel Oeil !" 
Et  maintenant vous qui lisez, imaginez  
... les voilà 3 dans la Nef Volante, 
Bel Oeil, Belle Jambe et Vaniouchka
 j'ai la Nef Volante, 
à moi le palais du Tsar, 
à moi la jolie petite tsarine... 
Les nuages et les rayons de soleil caressent les flancs de la Nef Volante et les joues du nouvel équipage qui se penchent, curieux, et découvrent au-dessus d'une clairière vert pâle :

Regardez moi ça, dit Vaniouchka, regardez-moi cet homme qui dort l'oreille collée à l'herbe douce de la clairière

L'homme a-t-il entendu ? Voilà qu'il répond 
"Je ne dors pas, j'écoute l'herbe pousser !" 
Vaniouchka ne perd pas de temps à s'extasier, il répète 
"Tu écoutes l'herbe pousser ?"Il jette l'échelle de corde et il hurle un " Attrape la corde et rejoins-nous Fine Oreille"
L'homme attrape l'échelle de corde et bientôt les voilà 4 dans la Nef Volante : Fine oreille, Bel Oeil, Longues Jambes et Vaniouchka  
                                                                             j'ai la Nef Volante, 
à moi le palais du Tsar, 
à moi la jolie petite tsarine... 
Les nuages et les rayons de soleil caressent les flancs de la Nef Volante et les joues du nouvel équipage qui se penchent, curieux, et découvrent au-dessus dans le paysage un chemin qui serpent et un homme qui tire autant qu'il peut une énorme charrette pleine de miches de pain

Les a-t-il entendus s'interroger ? Il répond 
"Je vais chercher d'autres voitures pleines de miches de pain car j'ai faim et le contenu de celle-ci ne me suffira pas !"

Vaniouchka ne perd pas de temps : il jette l'échelle de corde et hurle un "Attrape et rejoins-nous Mange-Tout tu es le bienvenu ici !"
Pour attraper, l'homme attrape et il grimpe et les voilà 5 dans la nef Volante Mange Tout, Fine oreille, Bel Oeil, Longues Jambes et Vaniouchka  
                                                                             j'ai la Nef Volante, 
à moi le palais du Tsar, 
à moi la jolie petite tsarine... 
Les nuages et les rayons de soleil caressent les flancs de la Nef Volante et les joues du nouvel équipage qui se penchent, curieux, et découvrent au-dessus dans le paysage.... (à suivre)





samedi 20 février 2016

I - Conte du Rameau Rouge d'Irlande de Alain Déniel et Willi Glasauer dans Epopées, chez Casterman

S'il est une épopée que je ne me lasse pas de lire en même temps que des notes sur le Mabinoguion, c'est bien celle de l'ouvrage cité en titre.

Et notamment l'histoire célèbre du héros irlandais Setanta.


Il était une fois ou il n'était pas le petit Setanta.

Il est fils du dieu Lug et étrangement conçu, il est aussi le fils de la fille du druide Cava. Elle s'appelle Detchiré.

Setenta vit auprès de sa mère. Il grandit. Il parle. Déchirer échange avec lui. Elle lui parle de sa famille.

Quoi donc Maman, j'ai un oncle ?
Quoi donc Maman j'ai un cousin ?
Quoi donc Maman mon oncle est roi. Je veux rencontrer mon oncle roi et mon cousin, où dois-je aller  pour les rencontrer ?

Detchiré regarde cet enfant vif et audacieux. Il n'a que 7 ans. Mais face à elle, il se tient bien droit sur ses jambes, bien droit et décidé.
Elle lui répond qu'il ne peut pas les rencontrer, il est trop petit, le chemin est trop long, la montagne à franchir est beaucoup trop haute, et qui plus est son cousin Follovinn devra lui accorder sa protection et s'il ne le veut pas, lui Setanta, cousin ou pas, serait obligé de revenir : il sera parti pour rien..

Setanta ne veut rien savoir. Il demande à sa mère où se trouve le château de son oncle.
Quand elle lui répond qu'il est à Evinn Macha, il répond
"Je vais partir"
Detchiré répond que pour cela il faudra appeler un guerrier Ulates pour l'accompagner.

Setanta est un enfant qui a déjà montré que ce qu'il voulait il l'obtenait Ce qu'il a décidé il l'a décidé. "
"Tout cela prendra trop de temps ma mère, je pars aujourd'hui, tout seul !"

Et à la grande surprise de Dechtiré, qui ne veut rien en croire, Setenta prend l'escalier, entre dans sa chambre, attrape dans son coffre à jouets crosse de bronze, balle d'argent, épieu tout brûlé, et bouclier de bois qu'il enfile sur son dos puis il dévale l'escalier, bouclier sur son dos et si rapidement, que c'est à peine si Detchiré remarque un courant d'air. 

"Setanta revient" Sur le seuil de sa demeure Detchiré a beau hurlé, c'est trop tard. L'incroyable gamin  disparaît au bout du chemin.  

Comment a-t-il passé sa première nuit ? Au château de son oncle.
Bien vite Setanta s'ennuie sur le chemin, il le trouve long et il décide de le raccourcir.  

Oui mais comment ? 
L'idée ne tarde pas à venir à son esprit. 
Il va jouer à la balle. Il en a une en argent, il la lance, la frappe avec la crosse de bronze et se précipite derrière en ne la quittant pas des yeux. Dès que la balle rebondit sur le sol, hop là du bras droit avec sa crosse, il la frappe de nouveau. 
Une fois deux fois trois, bientôt ce jeu ennui Setanta. 
Il décide de jouer avec son épieu. 
Il le jette en l'air et se précipite pour le frapper avant même qu'il ne retombe sur le sol. ne fois deux fois pas le temps de s'ennuyer et à la troisième fois, Setanta attrape l'épieu et prend appuie sur le sol. Dans ce mouvement, Setanta s'élance dans les airs et franchit ainsi la montagne de Fuat. Pour un raccourci c'est un raccourci. De l'autre côté il se réjouit. Il a atteint Evinn Macha. Il découvre  le château de son oncle, le château du Rameau Rouge.  Et ce qu'il remarque en premier au bas du château c'est un groupe de trois fois cinquante enfants qui jouent à la balle au trou. Super Sétanta adore jouer à la balle au trou. C'est parfait. Il va jouer avec les enfants. Il entre sur le terrain. justement, la balle vient vers lui. Il se baisse, il l'attrape. Il la pose dans le trou. Aucun silence n'a jamais été aussi silencieux que le silence qui a suivi parmi les trois fois cinquante enfants. Les voilà tous plantés d'étonnement et bouche bée.  Tous se demandent "Qui c'est celui-là ? Qu'a-t-il fait ? D'où vient-il ?" 

C'est Follovinn, fils de roi et cousin de Setanta qui réagit le premier. 
"Vous êtes d'accord avec moi, les amis, ce garçon n'a pas le droit de jouer avec nous.
Nous ne l'avons pas placé sous notre protection"
Trois fois cinquante têtes se hochent et trois fois cinquante bouches déclarent "c'est vrai, punissons-le, prenons nos épieus !"

"Allons-y, punissons-le !" Ils y vont. Chacun attrape son épieu et, les pieds bien plantés dans le champ, trois fois cent cinquante épieux s'envolent droit sur Setanta.


Les enfants réagissent. Eux aussi possèdent tous un épieu au bout brûlé. Il va voir cet inconnu qu'ils ne sont pas les derniers à manipuler leurs épieux. Chacun lance le sien à la tête de Setanta. Mais Setanta met en avant son petit bouclier de bois  et tous les épieu vont se ficher dessus.
Il faut imaginer la stupeur des enfants. La surprise passée, ils attrapent tous leur balle d'argent et ils les jettent toutes à la tête de Setanta. Nouvelle stupéfaction. Sous leurs yeux Setanta récupère une, deux, trois, quinze, cinquante et 150 balles d'une seule main !
Rapidement ils réagissent, il va voir cet insolent inconnu. Les enfants attrapent leurs crosses de bronze et les lancent contre Setanta. Septennat saisit la sienne  et arrête chacun des crosses avec elle. Puis il les fait disparaître derrière son dos, en éventail façon queue de paon.
Pour les cent cinquante enfants la surprise est sans égale. Et ce n'est pas fini, car ce qui se passe sous leurs yeux est encore plus surprenant. Setanta se contorsionnent devant eux.
Regardez ses cheveux comme ils se hérissent, comme ils se dressent,  disent les uns... on croirait voir les flammes rousses d'un feu !
Et de fait Setanta se prête à une étrange métamorphose
C'est pas fini, dit un enfant, regardez ses yeux, l'un est minuscule comme le chas d'une aiguille et l'autre regardez comme il s'étale. On dirait l'entrée d'un cratère !!!
C'est pas fini crie un autre enfant, regardez sa bouche comme elle s'allonge, elle va toucher ses oreilles et elle est si grande ouverte qu'on voit son gosier ! Quelques enfants terrorisés tremblent de peur, d'autres détalent comme lièvre pour se mettre à l'abri et échapper à Setanta. Celui-ci attaque tous ceux qu'il peut.  Il leur tombe dessus et les culbute.

Dans le pré au bas de l'enceinte du château, deux soldats jouent aux dames. Les enfants les ont rejoint. Les deux joueurs sont deux rois Fergus et Conor.  Setenta les rejoint. Le roi Conor saisit son bras et l'interpelle en riant :
"Si j'en crois ce que mes yeux ont vu tu ne t'es pas bien conduit avec nos enfants, petit !"
Je ne suis pas petit, seigneur et j'ai fait ce que je devais faire : 
je viens gentiment chez eux pour jouer avec eux 
et ils m'attaquent  alors j'ai réagi !
Le roi Conor tente de retenir son envie de rire
"Quel est ton nom jeune homme ?"
"Je m'appelle Setanta et tu es mon oncle, je suis le fils de ta soeur Déchtiré !"
"Et fils de ma soeur, tu ne sais pas qu'aucun enfant ne peut jouer avec nos enfants s'ils ne l'ont pas pris sous leur protection"
Soit il ne se souvient pas de ce que sa mère lui a dit, soit l'enfant s'adapte aux circonstances
                                        "Non mon oncle je ne le savais pas, sinon  je me serais montré plus prudent"
Le roi Conor se tourne vers son fils Folovinn et les amis de Folovinn. 
"Enfants, acceptez-vous de prendre Setanta sous votre protection ?" 
Folovinn et ses amis acquiescent. Le roi Connor lâche le bras de Setanta. Mais à peine l'a-t-il lâché que Setanta s'élance de nouveau et culbute les enfants qui retournent au pré. 

Le roi Conor fronce les sourcils. Il montre son désaccord.  
"Pourquoi recommences-tu  petit ?"
"Je ne suis pas petit, mon oncle, c'est pour cela que je veux 
qu'ils se mettent sous ma protection comme ils m'ont mis sous la leur ! 
Tant qu'ils n'accepteront pas je ne les lâcherai pas  !"
Le roi Conor ne peut s'empêcher de sourire : le fils de sa soeur ne manque pas d'audace. 
"Folovinn, amis de Folovinn, acceptez-vous d'être pris sous la protection de Setanta ?" 

A la suite de quoi, cent cinquante enfants + 1, jouent ensemble, à la balle au trou, à Evinn Macha, dans le pré au pied de l'enceinte du château du Rameau  Rouge d'Irlande. (à suivre)





Contes de la Mort, un conte venu du légendaire cubain : Francisca ou l'heure de Tobi Ramos.

Il était une fois où il n’était pas une île.
Pourquoi pas l'île de Cuba. 
Dans cette île un jour, une voyageuse débarque.. 

Inconnue, sûrement pas. Mais si nous connaissions son nom je gage que ni vous ni moi n’aimerions la croiser. Et j’ajoute que si nous remarquions sa faux, si nous remarquions ses ciseaux, nous ferions demi-tour en courant à perdre haleine pour lui échapper.

Je vous rassure ce n’est pas vous qu’elle vient chercher c’est Francisca. D’ailleurs, où se trouve-t-elle Francisca ? se demande la Mort le nez en l’air, debout sur un trottoir de terre. 

Qui pourrait reconnaître la Mort telle qu’elle se montre ici ? Elle porte comme beaucoup, un magnifique chapeau de paille à large bord. Il cache son visage osseux. Elle arbore une lourde tresse noire et luisante qui retombe sur un grand poncho. Elle cache  l’une de ses mains cireuses dans la poche de sa lourde et large jupe à volants. Personne ne reconnaîtrait la Mort dans cet accoutrement. a moins de  remarquer le ferme appui de son autre main sur un bâton souligné d’une lame maladroitement montée à l’envers.  

Tobi Ramos passe par là. Il n’a rien remarqué de l’étrange positionnement de la lame. De toute façon Tobi Ramos est si attaché à déguster la vie à chaque instant présent qu’il ne sait pas penser à la Mort.  Tobi Ramos n’en pince que pour la Vie. La Vie interpelle Tobi Ramos à chaque minute, à chaque goutte de sang qui file dans son corps, à chaque battement  qui frappe son coeur. Tobi Ramos passe par là la tête plein de vie quad soudain l'inconnue l'interpelle. 

« Excusez-moi, Tobi Ramos je cherche Francisca, 
sauriez-vous me dire où est sa maison, ou bien l’endroit 
ou elle se trouve en ce moment, nous avons rendez-vous ?"

Tobi Ramos regarde l'inconnue qui l'interpelle. Il ne la connaît pas, il ne l’a jamais vue, il en est sûr et pourtant elle a dit son nom. Il répète 
« Francisca ? Où elle est ? 
Elle est peut-être par là bas, 
en direction des marais de Zapata !!!"
Et il se questionne :  "Comment connaît-elle mon nom cette inconnue ?" Mais il ne s’agit pas de lui il s’agit de Francisca. Il lève le bras droit et montre le chemin qui mène vers les marais de Zapata 

« Vous trouverez la maison de Francisca 
en prenant sur votre droite Madame 
mais arrêtez-vous avant les marais de Zapata 
vous pourriez faire plaisir à ces caïmans 
qui raffolent de chair humaine ! » 



« Ah ah ah »  pense la Mort « encore un qui ne me reconnaît pas ! Quel idiot celui qui veut me protéger de ma mort moi l’Immortelle ! Merci Tobi Ramos»

Tobi Ramos veut demander à la femme d’où elle connaît son nom. Trop tard, la femme disparaît déjà à l’horizon.

Elle marmonne la Mort, elle se demande quelle heure il est. Justement, le clocher de l’église du village indique « 7 heure du matin » la voilà rassurée, elle a tout son temps, son rendez-vous est prévu à 13 h 15 et c’est la seule âme de l’île à avoir rendez-vous avec elle, la routine quoi. Moindre mal.

Ce raisonnement lui convient.  La Mort esquisse un sourire satisfait. 

Bientôt elle entre dans un village appelé Constancia. Une enfant se tient debout sur le seuil de la dernière maison du village . La Mort la salue.
« olà nignita, como te llamas ? 
Bonjour Petite comment tu t’appelles » 

« Je m’appelle Panchita Madame ! »

« Bonito el nombre tuyo, joli prénom petite, 
dis-moi j’ai rendez-vous avec Francisca, où habite-telle ? »

Le visage de l’enfant s’éclaire d’un grand sourire. Elle répond d’une voix joyeuse :

« Vous avez de la chance Madame, 
cette maison est la maison de Francisca 
et je suis sa petite fille ! Francisca est ma grand mère» 

On n’aurait pas pu trouver enfant plus fière d’avoir Francisca pour grand-mère. 
La Mort ne se présente pas. Elle demande sur un ton mielleux 
« Est-ce que ta grand-mère est là mon enfant ? »

« Non Madame, elle est partie dès l’aube »
« Et quand reviendra-t-elle ? »

A cet instant ce n’est pas l’enfant qui répond. C’est sa maman qui apparaît à la fenêtre de la maison dont les murs blancs étincellent sous le soleil.

« Panchita, à qui parles-tu, tu sais bien 
que tu ne dois pas parler aux inconnues » 


Un chapeau à large bord se redresse et la mort salue la maman de Panchita et précise 
« J’ai rendez-vous avec votre mère, Madame, 
il fait très chaud, est-ce que je peux attendre 
le retour de Francisca ici ? »

« Avec plaisir Madame, installez-vous, 
il y a un banc sous l’Araguaneye, mais je dois vous dire 
que ma mère est très occupée et qu’elle pourrait bien 
ne pas revenir avant le crépuscule ! 
C’est étrange elle ne m’a pas parlé de votre rendez-vous, 
c’est à quel propos ?»

« Avant le crépuscule ? » la précision donne matière à réflexion à la Mort. Elle regarde sa vieille montre et réfléchit :

« La matinée passe vite, je dois reprendre le train à 17 h peut-être vaut-il vaut mieux que j’aille à la rencontre de Francisca plutôt que de l’attendre là» 

La Mort ne répond pas à la fille de Francisca, elle la questionne : 
« Où puis-je, rencontrer 
Francisca maintenant ? »

« Elle est partie avant l’aube. Elle devait 
travailler un champ, le préparer… 
je pense qu’elle doit être en train 
de l’ensemencer : je crois me souvenir 
qu’elle m’a parlé de graines de maïs… 
je pense que vous la trouverez 
passé la deuxième colline. 
Il vous faudra bien 
quelques heures de marche ! »

La dernière rencontre avec Francisca prévoyait qu’elle devait se faire aux alentours de 13 h 15. La Mort se rassure. Tout est encore possible. 

"Merci Panchita, merci Madame, votre Araguaneye 
est splendide, mais je préfère aller 
à la rencontre de votre mère moi-même" 

La réponse est un peu sèche. La Mort disparaît du paysage.

LA MORT CHERCHE FRANCISCA


La Mort marche marche. Le soleil chauffe, chauffe dur. La Mort faiblit. Son pas est de plus en plus lent. Aucune silhouette ne travaille dans aucun des champs. La colère s’empare de la Mort  : où est-elle passée cette Francisca !
« où est-elle passée cette vieille errante ! » 
La Mort crache au sol de déception. 


LA RENCONTRE AVEC LE PROMENEUR

La Mort est tenace, elle continue sa marche, et enfin sur le sentier elle croise quelqu’un qui monte vers elle
« Olà Segnor, j’ai rendez-vous avec 
Francisca, savez-vous où je peux la trouver ? » 

« Francisca ?» le promeneur est un homme. Le soleil dépose des taches d’or sur sa vieille peau toute parcheminée, à travers les trous de son large chapeau. l’homme ôte son chapeau et relève la tête.
« Bonjour Madame,….. Francisca ? 
Je ‘lai vue il y a … 
au moins une demi-heure, 
elle était dans la maison 
des Noriegas. 
Leur fils est souffrant, elle l’a soigné ! 
Pour trouver la maison des Noriegas c’est tout simple. Continuez tout droit, descendez, remontez… 
et vous vous arrêtez au flamboyant.»

La Mort n’a que faire du flamboyant. Sévère elle interrompt le gentil vieillard « ça va ça va vieil homme, je vous remercie, je vais la trouver merci, j’y vais »

et la Mort s’est remise à marcher à marcher. Elle presse le pas et elle marmonne 
« Sacrée fugitive, j’vais te rattraper 
je vais te rattraper Francisca, 
ton heure est arrivée ! »

LA MAISON DES NORIEGAS

Mais le chemin n’est pas facile, la Mort s’y tord les chevilles et comme il monte raide, la Mort s’essouffle. Quand elle arrive à la maison des Noriegas, elle en aurait pleuré de douleur.

Quand la porte s’est ouverte la Mort a salué 
« Bonjour, vous êtes Francisca, 
j’ai rendez-vous avec vous ! 
Comment cela ce n’est pas vous ? 
Vous n’êtes pas Francisca, 
et ce n’est pas votre maison, 
Mais où est-elle Francisca, 
appelez-là je vous en prie, 
elle a rendez-vous avec moi ! »

« Francisca avait un rendez-vous, elle ne m’en a rien dit, en tout cas elle est déjà repartie ! » La mère de l’enfant tien ses mains sur les épaules de l’enfant. Il ne semble souffrir d’aucune maladie.

Elle est déjà repartie, si vite ? Elle n’a pas mangé ?

Non, Francisca  est venue pour soigner notre fils.
C’est tout. Elle l’a guéri, elle est partie.
 Francisca est efficace et active, elle ne recule devant rien, mais dites-moi ça se voit que vous ne connaissez pas Francisca

Si si je la connais
Prouvez-le moi, parlez-moi d’elle ! 

D’accord, je vais vous dire comment elle est Francisca … 
elle est ridée et elle a déjà 70 ans !

La Noriegas insiste.
ça ne suffit pas, il y'a plein de gens sur l’îlee à avoir des rides et porter 70 ans : dites m’en davantage

Et bien, elle a les cheveux blancs…., 
presque plus une seule dent,…. 
et le nez pointu qui tombe en avant

D’accord tout ça est vrai 
mais vous ne dites rien à propos de ses yeux ?

Et bien je vais en dire, les yeux de Francisca sont vides, 
ils n’ont aucune lumière et ils sont éteints par les ans. 

Alors là je suis sûre que vous ne connaissez pas Francisca. 
Tout ce que vous avez dit est vrai. Sauf pour son regard. 
Son regard n’a rien d’éteint. Au contraire. Le regard de Francisca 
c’est la lumière même. Celle que vous cherchez n’est pas Francisca ! 

Comment ça je ne connais pas Francisca ?
Je connais Francisca. D’ailleurs
 je vais la chercher de ce pas.
Elle a rendez-vous avec moi

La Mort est indignée. Elle est vexée. Elle s’en va en marmonnant  « Bien sûr que si je la connais, je la connais je la connais, et elle marmonne. Et quand elle croise quelqu’un elle questionne Francisca fauche la pâture, la mort vient de l’apprendre.

FRANCISCA ET LA PÂTURE

et marche que je marche  la Mort s’en va vers la pâture.

« Cette fois tu ne m’échapperas pas Francisca, 
tu as rendez-vous avec moi, 
nous avons rendez-vous ensemble ! »

La Mort va va elle marche marche et presse son pas mais quand elle arrive à la pâture,  il n’y pas plus de Francisca que quiconque d’autre  : il n’y a que la pâture  dégagée de toute son herbe !
et la Mort marmonne
« Tu as rendez vous avec moi Francisca, 
j’vais te rattraper »

FRANCISCA ET LES POIVRONS

Et marche que je marche  quand elle croise quelqu’un La Mort questionne : Francisca récolte des poivrons, des rouges, des verts des jaunes auprès du Huerto del Sol. Elle frotte ses mains cireuses 

                                                                    « Tu as rendez-vous avec moi Francisca, 
j’vais te rattraper » 

Et la Mort va va elle marche marche et presse son pas. Elle sait que Francisca ramasse poivrons verts et poivrons rouges, et jaunes aussi mais quand la Mort arrive au potager, il n’y a pas plus de Francisca que quiconque d’autre et de poivrons. Ils ont tous  été coupés. Francisca n'est plus la. 

Et la Mort marmonne

« Tu as rendez vous avec moi Francisca, 
nous avons rendez-vous toi et moi Francisca »

Francisca travaille et ramasse tout ce qu’elle sait mais la Mort ne la voit jamais travailler, jamais ramasser. Et la Mort marmonne : 

« Tu as rendez vous avec moi Francisca, j’vais te rattraper, 
je vais te rattraper Francisca, ton heure est arrivée ! » 

La Mort va va elle marche marche et presse son pas. Elle  trébuche sur les cailloux des chemins, les pieds et les genoux blessés, la chemise noire noyée par la sueur. Elle marronne et consulte l’horaire. Son train est à 17 heures. Il est déjà 16 h 30
« 16 heure trente » C'en est trop. La Mort n’en peut plus cette fois. Elle passe aux insultes. Elle traite Francisca de 
« Démone, je n’ai plus le temps de te poursuivre Francisca ! 
Impossible ! Sacrée Francisca ! Tu m’as tuée ! A cause de toi 
je vais manquer mon train ! Tu ne veux pas me rencontrer, 
et bien ne me rencontre pas. Après tout, fais ce que tu veux, 
tu veux déguster tes rhumatismes, déguste tes rhumatismes"

La Mort décide de retourner sur ses pas. 
La Mort décide d’oublier Francisca.

Pendant ce temps, à deux kilomètres de là Francisca s’occupe de remettre en état un délicieux petit jardin. 


« Bonjour Francisca ça va ? » 
C'est Juan qui passe par là. Francisca répond de ses yeux clairs et de sa voix fragile 
« ça va, Juan merci beaucoup, belle journée »
L’homme s’éloigne. Il pense :  

Sacrée Francisca qui ne veut pas mourir ! 
En voilà une que la Mort n’aura pas !»

Au fait, il faut préciser  quelque chose : Tobi Ramos, s’est rendu dans le marais de Zapata. Un caïman somnolait tout près de l’endroit où il s’est arrêté pour observer dans les arbres le jeu d’oiseaux blancs comme neige et à longues pattes jaunes. L’odeur humaine a réveillé le caïman. Malgré ses cent ans il avait toutes ses dents. Vous imaginez ce qui s’est passé.
Derrière un proche buisson quelqu’un se tenait debout. Qui souriait. En se rappelant un conseil moqueur

« Arrêtez-vous avant d’arriver au marais de Zapata vous pourriez faire plaisir à ces caïmans qui raffolent de chair humaine ! » 

Celle-là qui se tenait debout c’était la voyageuse, celle qui travaille incognito, celle qui ne se présente jamais. La voyageuse que personne n’a le désir de rencontrer sur son chemin de vie. Poncho, lourde tresse noire, chapeau à large bord qui tient le visage de la voyageuse dans l'ombre. Une voyageuse qui ne vous est plus inconnue. Du moins du côté de l'île de Cuba.  La Mort, incognito.
Elle se tient là et elle n'a pas besoin de questionner. 
Elle n’est pas venue pour lui.
Mais il l'a croisée. 
C’était l’heure…. 
L'heure de Tobi Ramos. 




FIN