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mercredi 22 août 2018

Elle s'effaçait. Elle est partie. Huit ans déjà..


Elle : Tu sais... j’ai peur maintenant...
Sa fille : Tu ne veux pas que des dames parlent avec toi dans la journée ?
Elle : Non, je préfère être seule, ce qu’elles disent est trop triste, tu vois, les aides-ménagères, elles sont quatre, elles ont des vies difficiles, elles n’ont plus de maison, les services sociaux les ont rassemblées dans un seule maison, c’est trop triste à écouter.
Sa fille : Maman, ce n’est pas d’elles dont je veux te parler
Elle : Les autres, c’est pareil. Je préfère...
  • être seule,
  • aller au jardin,
  • regarder mes fleurs et croire.. que j’en suis encore une.

samedi 2 décembre 2017

Samedi 2 décembre 2017 - Rennes - Nouvelle soirée conte à la Maison du Ronceray

Toujours au même endroit
la maison du Ronceray 110 Rue de la Poterie, 35000 Rennes

GPS Lania accent toulousain  : 
rond pouint du Carrefour City, soit à droite soit à gauche des stations essence, côté rue

On peut venir : à pieds, en voiture, en métro Terminus Poterie et bus 2. Descendre au rond point.

Toujours l'entrée aux mêmes prix :  
5 euros      : pour ceux qui ne sont pas encore adhérents 
2.50 euros : adhérents, étudiants et carte sortir et gratuité pour les enfants jusqu'à 12 ans

Toujours un comptoir convivial
gâteaux souvent faits maisons, cidre et jus de fruits tout gracieusement gratuit et échanges de paroles bienvenues


Toujours de nouvelles voix. 
Ce 2 décembre 2017 pour entrer en froidure rien de mieux que des contes de nos cousins du Québec et en musique s'il vous plaît par les conteurs de l'association CONTILÈNE Alors.... venez nombreux. 
Heu, au plus tôt car les assises sont limitées : petite jauge, voir moyenne : 72 officiellement

A vous revoir, vous reconnaître, vous rencontrer pour vous retrouver sur ces soirées proposées par l'association rennaise "Les Tisseurs de Contes La Filois" en 2018

A vous voir, avec plaisir, bienveillance et bonhommie

SAM 2 DEC 2017

Les voyageurs de la Gatineau : Contes et chants du Québec

Contilène vous emmène pour un voyage dans la belle province en conte et musique.
Laissez vous entraîner à courir la Chasse galerie, charmer par le chant du Huard,
goûter aux plaisirs de la saison des sucres, découvrir, sacatabi, sacatabac,les secrets de la Hotte du colporteur
.


 

jeudi 5 octobre 2017

Aïka et Bêk ... au 30 avril en forêt de Sibérie

C'est curieux, ce matin 5 octobre me voilà arrêtée au 30 avril.
C'est ça, par la magie de la lecture.

"Dans les forêts de Sibérie" par Sylvain Tesson
Un livre qui m'accompagne depuis... peut-être deux mois. Un livre dont je recule l'instant d'arriver à la fin parce que je ne veux pas arriver à la fin. Un livre que je goûte, presque à chaque mot jusqu'au mot "soûler" que je déteste. Comment ne pas déposer un extrait ?
J'hésitais, j'avais la flemme, il y a tant d'extraits possibles, sur lesquels je me suis arrêtée.  Mais ce matin, l'arrêt s'impose. Au risque de me répéter, à celui de vous ennuyer, me voilà au 30 avril et je ne vous dirai pas combien de fois je l'ai déjà lu.
Pourquoi ?
Comme je le dis aux enfants, les "pourquoi ?" ne m'intéressent pas. Je ne connais pas toujours -d'ailleurs peut-être jamais- la réponse aux "pourquoi ?" Je leur préfère les "comment ?"
Et ne me demandez surtout pas pourquoi !

Donc l'arrêt s'impose, ce 4 octobre 17, rennais, gris, mat, plat, humide, silencieux, volubilis, papyrus et ficus sur mon balcon, ces deux derniers pour donner une touche verte et violette à ce texte signé #SylvainTesson,  p.170-171 #Gallimard.

30 avril
La taïga est noire. La neige disparaît des branches des arbres. Les montagnes sont frappées de taches sombres. Aïka et Bêk se précipitent sous la fenêtre aux lueurs de l'aube. Quand deux petits chiens vous fêtent au matin, la nuit prend la saveur de l'attente. La fidélité du chien n'exige rien, pas un devoir. Son amour se contente d'un os. Les chiens ? On les fait coucher dehors, on leur parle comme à des charretiers, de temps en temps, vlan ! une baffe dans les côtes. Ce qu'on leur offre en coups, ils nous le rendent en bave. Et je comprends soudain pourquoi les hommes ont fait du chien leur meilleur ami : c'est une pauvre bête dont la soumission n'a pas à être payée en retour. Une créature qui correspondait donc parfaitement à ce que l'homme est capable de donner.

Nous jouons sur la plage. Je leur lance l'os de cerf déniché par Aïka. Ils ne se lassent jamais de me le rapporter. Ils en mourraient. Ces maîtres m'apprennent à peupler la seule patrie qui vaille : l'instant* Notre péché à nous autres, les hommes, c'est d'avoir perdu cette fièvre du chien à rapporter le même os. Pour être heureux, il faut que nous accumulions chez nous des dizaines d'objets de plus en plus sophistiqués. La pub nous lance son "va chercher !" Le chien a admirablement réglé le problème du désir.

Contes dits avec les merveilleux instants musicaux de Cyprien Bole 
dans le cadre d'une collaboration avec Emilie Maj ethnologue

Longue marche jusqu'au cap des Cèdres du Sud avec les petites bêtes. Le ciel est en charpie et le vent s'est levé. A travers les nuages, des rayons balaient la taïga de traînées fauves et y plaquent des empiècements d'or... Les chiens s'arrêtent net devant une zone gorgée d'eau. Ils gémissent, refusent d'avancer et je m'engage à pas prudents pour leur montrer qu'ils peuvent passer. Un aigle tournoie, hors de portée. Le vent soulève des gerbes de paillettes. Elles deviennent poussière de pyrite quand elles croisent un rai de soleil. La forêt gronde sous les rafales. Les forces du printemps sont là. Je les sens, prêtes à l'attaque, n'osant pas encore la reconquête.

Le ciel est fou, ébouriffé d'air pur, affolé de lumière. Des images d'une intense beauté surgissent et disparaissent. Est-ce cela l'apparition d'un dieu ? Je suis incapable de prendre la moindre photo. Ce serait double injure : je pêcherais par  inattention : j'insulterais l'instant.

Quand nous arrivons au cap où je voulais.....

* l'un de mes blogs s'intitule ainsi. La capacité de goûter à l'instant m'enivre de plus en plus, de jour en jour ... et si bien, qu'à me soûler. :-)

"Dans les forêts de Sibérie" - Gallimard - Sylvain Tesson
Et de me permettre ce lien http://www.enfancesnomades.com 
et de préciser que les contes de Sibérie sont un de mes thèmes de prédilection : pour les enfants ou pour les adultes, dans les écoles, bibliothèques ou autres sites, ils sont prêts à l'écoute. Pour me contacter
lcomlania@gmail.com
07 70 34 90 72



mardi 26 septembre 2017

De la part de Grunira Brorier "La vengeance du hérisson" (Afrique de l'Ouest)

En ce temps-là, à ce moment-là.... 
Savane était calme. Elle retenait son souffle. C'était au point où l'on pouvait percevoir l'infime battement que font les ailes des mouches. 

Les animaux de Brousse la traversaient. Sur son ordre, les animaux se rendaient à la cour du Roi. Et dans la cour elle-même, hippopotames, caïmans, gazelles, éléphants, genoux, tigres, hiboux, heu pardon, gnous, hiboux, tigres, poux, girafes ou souris  et d'autres encore s'entassaient, s'entassaient s'entassaient.

Les oiseaux aussi s'entassaient : de l'Autruche au Sénégal Enflammé, en passant par le Brubru, le Bateleur des Savanes, le Bulbul, le Jaboteur, le Chevalier Aboyeur, le Craterope ou la Crécerelle, le Loriot Masqué ou la Marouette Rayée, les oiseaux s'entassaient, s'entassaient et jusqu'aux plus têtus, ils avaient tous cessé de chanter.

Pourquoi donc ? 
Le fils du roi Souimanga Lesné 1er de la Dynastie DeLiOn était malade. Le fils, l'unique fils du roi Souimanga, Puffin LeMaJeur était couché, à même la poussière qui recouvrait le sol de la cour, les yeux clos, et les pattes raides comme bois. Entre LeMaJeur ou Puffin il ne savait plus lequel était son prénom, lequel était son nom. ... Il souffrait... Il souffrait d'une forte fièvre, d'un mal mystérieux qui prenait toutes ses forces. '

Les plus grands guérisseurs, docteurs, marabouts, sorciers s'étaient succédés à son chevet.  Ils lui avaient donné crèmes, onguents, décoctions, sirops, potages, tisanes, pastilles et pourtant, la fièvre n'avait pas baissé. Tout le monde pouvait lire sur le visage du vieux roi Souimanga Lesné 1er de la Dynastie DeLiOn le découragement : son teint blanchissait au fur et à mesure.

Hippopotames, Kaïmans, Gazelles, Eléphants, Genoux, Tigres, Hiboux, heu pardon, je me relis, Gnous, Hiboux, Rhinocéros,Ppoux, Girafes, Souris ; Autruche, Sénégal Enflammé, Brubru, Bateleur des Savanes, Bulbul, Jaboteur, Chevalier Aboyeur, Craterope ou Crécerelle, Loriot Masqué ou Marouette Rayée, craignaient le pire, ils avaient peur, et comme le roi ils étaient envahis par le découragement. Si le fils du roi mourait, qu'allait-il se passer ?

Ils en étaient tous là quand on vit les animaux s'écarter pour laisser place à ChaKal LeVieux. Il portait des vêtements de cotonnade salis et  alourdis par la poussière ; un vieux chapeau rouge si rongé par les termites qu'il aurait pu paraître noir. Quant à ses chaussures, elles étaient si rapiécées, rapiécées, que rien qu'à l'écrire Chakal était nu-pied.

Peu importait ses chaussures; Il avançait en criant 
"Dégagez !... Dé ga gez.... Faites place... Faites plaaaa...ce !"

Les animaux se sont écartés.  !"  Il est arrivé devant Souimanga Lesné roi de Brousse, il s'est courbé en signe de respecte et quand il s'est redressé il a dit : 

"Majesté, j'ai entendu parler de la maladie de Puffin LeMaJeur, le jeune prince. J'ai appris qu'aucune sommité ne parvenait à le  guérir. J'étais loin. J'ai fait un long voyage pour venir, sur le champ, à son chevet. Roi Souimanga cessez vos larmes. J'ai trouvé le remède pour soigner votre enfant, votre fils, votre cher prince !"

Et aussitôt Chakal LeVieux s'est mis à  hurler 

"Qu'on apporte du sang chaud de Hérisson. 
Si notre jeune malade réussit à en boire, 
il retrouvera toutes ses forces. Et il guérira"

Aussitôt dit aussitôt fait. Le Lion Souimanga Lesné 1er de la Dynastie DeLiOn fait envoyer aux quatre coins du monde des émissaires chargés de ramener Hérisson de gré ou de Force.

En Brousse, les rumeurs avancent d'un pas tellurique. Hérisson fut vite mis au courant de ce qui l'attendait chez le roi. Qui consulter mieux que son Grand-Père ? Hérisson va consulter son Grand-Père.
Bla bla bla bla bla bla , ah bon Grand-Père,  je dois faire ça ?... Hérisson prit son courage à deux mains et se rendit chez le roi. Il se courba, se redressa et déclara : 
"Majesté, je suis prêt à donner mon sang -comme l'a dit Chakal- pour guérir le jeune prince Puffin LeMaJeur, votre cher fils, notre jeune et unique prince. Mais Chakal a oublié  de vous donner un élément très important de l'ordonnance. Nous étions ensembles, lui et moi, le jour où un gentil génie nous a prédit le mal qui allait frapper votre fils. Nous étions ensembles quand le gentil génie a déclaré que nous aurions l'honneur de participer tous deux à sa guérison. Mais pour cela il faut que mon sang chaud  soit  mélangé à la cervelle fumante de Chakal !"

Ce discours fut si rapidement, si nettement et si précisément dit, que ChaKal n'eut ni le temps de répondre, ni le temps de fuir.

C'est ainsi que la fumante cervelle de Chakal fut mélangée au sang chaud de  Hérisson, saigné à la patte gauche ; et que le mélange fut administré au malade.

Hasard ou coïncidence, personne ne le sait, mais ce qui est, est que le jeune malade, Puffin LeMaJeur, fut véritablement guéri.

Ainsi vient la fin
de ce conte-ci.


lundi 21 août 2017

Quand le cèpe Petinou fait la guerre aux champignons (conte russe)

Dans la petite isba, sous les deux épicéas, derrière les rondins de bois,  auprès du poêle de faïence,  Babouchka est assise sur un fauteuil noir. Elle s'apprête à parler.
va parler. Elle porte sur les épaules un magnifique châle rouge frangé, tout fait d'une soie bordée et brodée d'or et argent : boules de fleurs et épis d'or se répartissent en ses quatre coins.
"Il est merveilleux ton châle Babouchka" dit l'un des enfants.

"Aussi merveilleux que les yeux de la chouette, mon enfant" dit-elle en se penchant et en continuant "Chut... Une chouette vole, tête de folle ; elle vole, vole, 
se pose, repose la queue, écarquille les yeux, repart ; 
elle vole vole, se pose, remue la queue,
 écarquille les yeux, ceci n'est pas le conte, 
ceci n'est que le début...."

Silence dans l'isba. la voix de Babouchka reprend

En ce temps-là le Tsar Petit Pois faisait la guerre aux champignons. Il cessait si peu de faire la guerre aux champignons qu'un matin il inspire de ses faits guerriers le Cèpe Petinou. Celui-ci  se décide  à ordonner aux champignons de lui faire la guerre.

Ça s'est passé un beau matin sous un grand chêne, entouré d'épicéas. Un beau matin un beau matin et pourtant ce matin-là le Cèpe Petinou a l'humeur à la querelle. Il ouvre les yeux, regarde autour de lui et il aperçoit qui ? Vous n'étiez pas là les enfants je vous le dis, il aperçoit les nonettes (encore appelées les nonettes voilées) mignonnettes. Elles  ressemblent à des craquelins unijambistes et bretons tant elles sont, comme eux,  toutes rondes du chapeau et dorées.



Le cèpe Petinou se précipite vers les Nonettes. Il s'arrête, bombe son torse, claque entre eux le talon de ses bottes noires. Puis il leur crie.  

"Nonettes, faites-moi la guerre ! c'est un ordre !"

Les Nonettes sont jeunettes. Elles viennent à peine d'ouvrir l'oeil. Leurs lamelles ne sont pas encore entrebâillées. Elles s'étonnent, à leur façon, avec de petites voix : 
"Qu'est-ce que vous dites Cèpe Petinou ? Avons-nous bien compris ? Vous voulez que nous vous fassions la guerre, la guerre ? Nous ne vous ferons pas la guerre Cèpe Petinou ! Nous avons bien d'autre chose à faire que la guerre ! Par exemple, nous préparons notre concours de descente la plus rapide en toboggan" Et elles lui tournent le dos pour préparer les dossards, les équipes, les cadeaux. 

Cèpe Petinou s'est retrouvé tout bête. 
"Tant pis pour vous  Nonettes qui ne pensez qu'à jouer, 
vous n'êtes pas les seules champignones au monde !" 
et il a tourné la tête. 

C'est jour de chance pour Cèpe Petinou. Devant lui se tiennent justement quelques individus Palomets. Plutôt sur pied blanc et coiffés d'un chapeau vert pâle (encore appelés russule verdoyante.) ils se tiennent les uns ici les autres par là : le sourire monte aux lèvres de Cèpe Petinou. Il s'approche d'eux, 

 s'arrête, bombe son torse claque entre eux les talons de ses bottes noires puis il leur crie

"Palomets, vous voilà bienvenus, déclarez-moi la guerre, c'est un ordre !"

Qui parle ? Les Palomets lèvent la tête. 
"C'est vous Cèpe Petinou ! Vous qui nous q ordonnez de vous déclarer la guerre ! Vous avez perdu la tête ? Pourquoi nous déclarerions-vous la guerre, ne savez-vous pas que nous sommes de riches propriétaires terriens. Nous sommes si tristes d'avoir tant perdu de terres que nous n'allons pas rajouter la tristesse d'essuyer une nouvelle guerre. Ne comptez pas sur nous pour vous battre, n'y comptez pas !" Et les Palomets pieds blancs chapeau lisse et blanc vert tournent le dos à Cèpe Petinou.


"Tant pis pour vous palmés, je ne changerai pas d'idée et vous n'êtes pas les seuls ici, je veux qu'on me déclare la guerre on me la déclarera !" Cèpe Petinou bougonne "Si ce n'est pas avec les Nonettes, si ce n'est pas avec les Palomets ce sera avec d'autres, ce sera, ce sera... ce sera avec les Coulemelles, et d'ailleurs en voilà !" Il ne se trompe pas. C'est vrai, aux pieds du Cèpe Petinou, des Coulemelles belles se tiennent
ainsi qu'elles sont, longues et fines, chapeau arrondi, frisotti-frisotta, réunies en petits groupes, par cinq ou six par là. Cèpe Petinou ne se retient pas. Sourire aux lèvres il s'approche d'elles, s'arrête, bombe le torse, claque entre eux les talons de ses bottes noires puis il leur hurle  :

"Coulemelles, déclarez-moi la guerre ! C'est un ordre." 

Les Coulemelles se retournent avec allure. Pffff c'est Cèpe Petinou. Elles lui répondent 
"Cèpe Petinou, c'est donc vous qui nous haranguez ainsi ! Que nous vous déclarions la guerre ? A quoi pensez-vous ?  Nous avez-vous bien regardées, oubliez-vous notre allure altière, nos bonnes manières, nous n'avons rien à faire à  faire la guerre, nous ne vous la ferons pas, tenez-vous le pour dit !" 


Cette fois Cèpe Petinou est soufflé ! Comment osent-elles ! N'est-il pas le Grand Cèpe Petinou ! Ça ne va pas se passer comme ça ! Il y aura bien il y aura bien.... les Chanterelles pourquoi les Chanterelles appelées aussi girolles 

photo "chanterelles ou girolles-cantal-envied'autrement"

ne lui feraient-elles pas la guerre, pourquoi ne lui obéiraient-elles pas ! Surtout qu'elles sont là, à trois pas de lui, merveilleux tapis jaune. À trois pas de lui ! Comme pour les Nonettes,  les Palomets,  les Coulemelles Cèpe Petinou hurle aux Chanterelles 

"Chanterelles déclarez-moi la guerre ! C'est un ordre !"

Sous la harangue, le tapis de petites Chanterelles, encore appelées Girolles, frémit par vagues successives. Elles rentrent du marché. Elles portent des paniers pleins à ras-bords de plants de poireaux, de betteraves crues, de pommes de terres, de céleris-raves, de navets, de salades. En découvrant Cèpe Petinou les jaunes Chanterelles ne se troublent plus. Elles lui répondent avec fermeté 
"Qu'avez-vous dit ? Vous faire la guerre ? Nous pourrions, nous sommes si nombreuses mais il n'en est pas question. Tôt levées, depuis l'aurore, nous ne préparons qu'une seule guerre, la guerre que nous déclarons chaque jour à nos fourneaux. Et il nous la rendront bien. ne savez-vous pas que nous sommes les plus merveilleuses des cuisinières du château  ?" Et sur ce, paniers débordant en mains elles passent sous son nez et poursuivent leur chemin".

Cèpe Petinou est plus pantois que pantois* -et j'ai pas écrit "putois"-
Comment les Chanterelles osent-elles ! Mais tout aussitôt il se redresse, furète, cherche et aperçoit, les Mousserons 



rassemblés, "en rond de sorcières", par milliers voire par millions au plein milieu du pré derrière un buisson pour rimer avec Mousserons ou bataillons. Bataillons !!! Le rêve militaire s'empare de Cèpe Petinou. Les Mousserons sont formés à la bataille, ils lui obéiront.  Cèpe Petinou n'a aucun doute, Cèpe Petinou se régale par avance  : un grand sourire aux lèvres il s'approche des Mousserons, il s'arrête, il bombe le torse, il claque entre eux les talons de ses bottes noires et il hurle  l'oeil sévère d'un côté comme de l'autre


"Mousserons, déclarez-moi la guerre !" 

Le Cèpe Petinou n'a pas le temps de comprendre qu'il a rencontré plus fort que lui.  Les Mousserons, invités à la chose,  foncent sur lui avec détermination : la guerre, ça les connait les Mousserons. En escadrons aux  rangs serrés et bataillons motivés, les Militaires Mousserons entourent si vite  Cèpe Petinou qu'ils l'écrasent sans autre forme de procès.
Ceci précisons-le, s'est passé au temps où le Tsar Petit Pois faisait, il est vrai, la guerre aux champignons"

Adaptation fantaisiste et personnelle du texte-randonnée N° 38 intitulé "Les champignons" in Maison-Neuve Larose, "Les contes populaires russes"réunis par Afanassiev

* pantois : Qui est suffoqué, interloqué par la surprise : Cette réponse m'a laissée pantoise.

* des betteraves crues : dire de plus en plus rapidement au moins huit fois
"Fruit frais, fruit cuit, fruit cru" ou encore 
"Bon pain, banc peint, bain plein"




dimanche 20 novembre 2016

Conte russe d'automne "Le Grand Cèpe Tinepou"

Au pays des champignons, le grand Cèpe TINEPOU



Histoire Russe. 
Histoire du temps où le tsar Petit-Pois -que ma mère Anastasia connut fort bien- faisait la guerre aux champignons. 
Il était une fois, le Tsar Petit Pois. Qui ne cessait de déclarer la guerre aux champignons. L'un d'eux  attrapa le virus. C'était celui  qui habitait dans la grande forêt et très exactement sous le plus grand chêne en portant haut chapeau sur pied. 

Un matin, ainsi que Petit-Pois son mentor, il se lève à son tour, l'humeur exigeante, belliqueuse et colérique. Pour partir en campagne autant s'inquiéter du temps qu'il fait. Il regarde la couleur du ciel : il est d'un bleu merveilleux. C'est top bon. 
Une deux, une deux, allure martiale le Grand Cèpe Tinepou, c'est son nom, s'avance.
Une deux une deux, allure martiale le Grand Cèpe Tinepou, baisse le regard : 
c'est la chance du jour. Il va pouvoir faire la guerre. Une batterie de  Nonettes de la branche Bolets toutes habillées d'un beau vêtement jaune l'attend au bas d'un pin à deux aiguilles. 
En Provence on les appelle picassan ie pisse-de-chien, pourtant elles sont comestibles



Le goût pour la guerre le prend, l'audace l'emporte, il passe à l'attaque
"Nonettes déclarez-moi la guerre !"

La guerre ! Quel vilain mot. Les demoiselles sont offusquées cependant,  elles ne perdent pas le Nord. Elles répondent élégantes et droites dressées 
 "Heu, quoi, la guerre, mais de quelle guerre parlez-vous, 
le jour se lève et vous partez déjà en guerre Grand Cèpe Tinepou ? 
Avez-vous oublié qui nous sommes ? Nous sommes les Demoiselles Champignonnières, il n'est pas question que nous vous fassions la guerre ; ce que nous aimons nous, c'est ne pas la faire, ce que nous aimons nous, c'est être en Paix"
Puis les Nonettes, l'ignorant, reprennent leurs conversations du matin.




Dépité,  Grand Cèpe Tinepou fit un quart de tour et d'un tour d'horizon il salue sa chance. Face à lui, se tiennent, en rond, des membres de la famille Palomets, 
Ils appartiennent à la branche Russule.   
Les individus sont vêtus d'un chapeau verdoyant. Du claquement sec de ses deux bottes qui se resserrent  pour mieux le tenir debout, le goût pour la guerre reprend le Grand Cèpe Tinepou, l'audace l'emporte, il passe à l'attaque et d'une voix de stentor il ordonne le commandement suivant 
"Palomets Verdoyants déclarez-moi la guerre !"

C'était encore le matin, les Palomets Verdoyants  venaient à peine d'ouvrir leurs lamelles. Ils n'en perdirent pas le Nord pour autant. Ils répondirent avec fermeté : 

"Qu'avons-nous entendu ? Qu'avez-vous crié ? Ne  voyez -vous pas  Grand Cèpe Tinepou que nous sommes de riches propriétaires terriens. Nous sommes en réunion parce que nous avons beaucoup d'affaires en cours, 
nous n'avons aucune raison de vous faire la guerre ! 
Et encore moins de perdre du temps !" 
Ils se turent et tournèrent le dos au Grand Cèpe Tinepou


Pris de colère celui-ci exécuta un second quart de tour. Et cette fois il fit face à une jolie  bande de Coulemelles



Elles tombaient bien celles-là, avec leur chapeau blanc gris rond et légèrement frisé et vêtu de leur longue robe bustier blanche. Il n'hésita pas. Il passe à l'attaque ; il les interpelle froidement 


"Coulemelles, déclarez-moi la guerre !" 


Les Coulemelles sont des travailleuses courageuses et acharnées : elles revenaient du marché au pas cadencé. il n'était pas question pour elles d'arriver en retard aux cuisines du châtelain.  Elles se sont arrêtées et lui ont tenu tête de cette vaillante réponse : 

"Que nous dites-vous Sieur Tinepou Cep, 
vous voulez que nous vous fassions la guerre ? 
Vous n'y pensez pas, quelle idée ! 
Ne savez-vous donc pas qui nous sommes ? 
Nous sommes les cuisinières du château. 
Nous n'avons pas envie de faire 
la guerre et si nous en faisions une ce serait uniquement 
celle contre nos fourneaux ! 
Ils ne sont pas devant nous" 
Et, la tête fière, pan pan pan pan elles poursuivirent leur chemin au pas cadencé. 



Dans un mouvement qu'il fit à ce moment-là, sous l'effet d'une forte mauvaise humeur,  le Grand Cèpe Tinepou remarqua les demoiselles Chanterelles. En nappes, elles recouvraient le sol et parfois étaient recouvertes de brindilles. Se cacheraient-elles ? Certaines aiguilles au-dessus d'elles bougeaient. Tout simplement parce que les Chanterelles entretenaient leur forme. Elles penchaient leur tête sur l'épaule, à droite, une fois  ;  "ne tirez pas sur vos cervicales, ne relevez pas vos épaules"  aurait dit leur coach Quentin leur coach : il ltenait à leur enseigner le bon mouvement. et toujours sur un rythme régulier sans oublier de respirer*



Les bottes se rapprochèrent pour claquer violemment. Les Chanterelles sursautèrent. Le timbre haut et fort,Grand Cèpe Tinepou leur enjoignit à leur tour le même ordre qu'il avait enjoint aux Nonettes, aux Palomets Verdoyants et aux chapeautées Coulemelles 

"Chanterelles faites moi la guerre !... 
C'est un ordre !" 

Les Chanterelles étaient outrées 

"Comment donc vous faire la guerre ? Ne voyez-vous pas notre taille altière ! 
Nous n'allons pas risquer la perdre en vous faisant la guerre Grand Cèpe Tinepou ! 
La guerre n'est pas de notre ressort. Nous ferions piètre figure. 
Vous vous y ennuieriez ! Sachez Grand Cèpe Tinepou que la guerre ne nous intéresse pas, Nous lui préférons la paix. 
Laissez-nous nous entraîner pour la prochaine marche de la Paix !"  
Et, comme si de rien n'était, elles se remirent  à pencher à droite, à pencher à gauche, regarde-ci regarde-là, et à enchaîner les uns après les autres quelques steps, quelques chaises, quelques étirements propices à l'entretien de leur forme. 

Le Sieur Tinepou Cep ne savait plus où donner du chapeau, quand son regard s'arrêta sur un tapis de Mousserons au demeurant forts mignonnets ! 



Au bas mots, serrés les uns contre les autres, ils étaient plus d'un millier. La chance. Grand Cèpe Tinepou n'hésita pas, il hurla 

"Mousserons déclarez-moi la guerre !... 
C'est un ordre !"

Les Mousserons, groupés par millions, n'attendaient que ça : ils éclatèrent de rire puis se dépêchèrent de le rassurer :  

"Avec plaisir, nous n'attendions que ça 
nous sommes une belle troupe guerrière 
et nous ne cherchons qu'à nous battre. 
Soldats, allons-y ! Au combat !" 

Qu'advint-il du Grand Cèpe Tinepou ?  L'histoire ne le dit pas. Elle dit simplement qu'elle s'est produite au temps où le tsar Petit-Pois faisait la guerre aux champignons. L'histoire est-elle seulement bien finie. La souris l'a dit.

A bientôt cher lecteur, chère lectrice.



* me rappelle un souvenir de Corse. J'habitais une belle maison 
au-dessus de Porticcio. Dans le maquis Côôôôrse et je croyais 
que c'était la dernière maison. Sur la plage un jour j'ai rencontré 
une jeune femme. Et mon Guillaume, sa petite fille Stéphanie. 
Nous avons fait connaissance. Je découvris qu'elle habitait 
bien au-dessus encore de chez moi. La dernière maison du maquis. 
Nous avons pris l'habitude et le plaisir de nous retrouver sur la plage.  
Un jour elle m'invite. je monte, je monte, je monte une route cabossée 
et terriblement ravinée par les pluies abondantes passées. 
Ma belle R16 se tire bien des tracas, quand soudain, regard sur la gauche, 
sous les buissons un tapis d'or attire mon attention. Une vraie trouée de soleil. 
Elle me happe tant que je m'arrête,  je descends, et je cueille, je cueille, 
je cueille, gentiment aidée par mon fils qui à deux ans et demi a appris  
pour de vrai, ce que c'était que les girolles -aussi appelées chanterelles- 
et les trompettes de la mort. Avec ma nouvelle amie qui avait des pots 
nous avons mis en conserve, mis en conserve et encore et encore 
mis en conserve. Un vrai pactole. Réjouissante journée. 
Réjouissante #Corse.

PS une photo est empruntée à