dimanche 28 mars 2010
lundi 11 mai 2009
Dernière soirée Association Anacrouse "Les soirées du Parc"
Pour vous qui passez par ici voir. Superbe soirée, lectures-musiques, à une voix, à deux.
Textes écrits par des enfants, des ados, des pré-adultes. Pourquoi préciser, des adultes. Relation à la mère, relation au père... à la fratrie, exaspération, incompréhension, jalousie. Marie lit les textes. Isabelle les illustre. Double choix bienvenu. A chaque lecture l'émotion est palpable. Et on s'interroge. Et on convient dès la fin, par petits groupes que l'écriture est nécessaire. Les textes n'ont fait l'objet d'aucune correction. Oui, réfléchir n'est pas seulement l'apangae des adultes.
samedi 2 mai 2009
Après les Contes des Mille et une Nuits au bar Le Panama
Celle du Roi Schâryar et de ses démélés avec sa femme, les autres femmes avec lesquelles il s'en venge et et ses emmêlées-mêlement avec la somptueuse, astucieuse et subtile Schâhârâzâde.Ci-dessous, un court extrait de l'histoire des Babouches d'Abou Khacem avec Lania
Suivirent, les mésaventures d'un bourreau qui se désespère de se voir ôter ses candidats à la pendaison ; d'un cheval qui s'envole à la poursuite d'une abeille, d'un pet ô combien retentissant, et du trésor du pont d'Ispahan. Au final, festivités toutes, décrêtées par le roi Schârayar lui-même.
Je garde en mémoire les re-trouvailles inattendues grâce aux bla-bla bus spontanés, les adresses échangées pour se retrouver habitantes d'une même rue, le goût de la galette aux Saint Jacques, hum merci Christelle, les délicieuses Havana et amie d'Havana, Alice et la rieuse pitchounette Fanette. L'intérêt de déposer des affiches et des flyers. A vous tous et toutes, qui vous êtes déplacé(e)s dans ce quartier discret, Azedine et moi-même offrons nos remerciements ainsi qu'à vous monsieur le correspondant de Ouest-France.
Où une veste jaune ne passa pas, mots compris, inaperçue.
mercredi 21 janvier 2009
Légende de la construction du Pont Valentré à Cahors
Et qu’un ange, depuis a bénit trois fois.
Sul Poun de Balandré, que lou diable a bastit
Et qu’un ange, dempuèy, tres cots a benezit
(Jansemin - Las Papillotos)
Patric DELMAS Felibre Majoral
Cigalo de la Tour Magno
La décision de bâtir un pont qui enjamberait le Lot à l’ouest de la ville de Cahors, fut prise en 1306, par deux membres du conseil de la cité. Deux années après, au son des cloches et devant une foule considérable, on posa la première pierre. L’évêque répandit sa bénédiction et récita tout ce qu’il savait comme prières. Ce ne fut que réjouissance et toasts innombrables. Tout le monde riait, tout le monde chantait. Les farandoles se déployaient dans les rues et le long des remparts. Il faisait nuit que la fête durait encore…
A l’époque, architecture et aisance régnaient d’une manière incontestée, dans la ville fortunée. On y faisait
grand commerce de vins, de laine, et de bois. Banquiers aux doigts crochus
ou changeurs, comme on disait en ce temps là, faisaient merveille. Cahors était à son apogée. La cité rayonnait de toute sa grande influence. Ah ! Le bon temps, l’heureuse ville !
Sous l’influence de son enfant, Jean Duèze qui en 1316 devint le Pape Jean XXII, la situation dura encore quelques temps. Le pontife souverain s’employa à en faire une place de premier plan. Il transforma l’école cathédrale en une véritable Université avec ses quatre facultés et les mêmes privilèges que les Universités de Toulouse et de Paris. Tout allait pour le mieux. C’était une période faste pour tous.
La vie allait son train. Et pour tout dire, après une ardeur sans pause, le vent tourna. La construction du pont commença à traîner en longueur. On aurait dit que jamais, elle ne s’achèverait. Les Quercynois se faisaient même à l’idée de voir le travail abandonné. Quel dépit ! Quelle honte ! Le rire n’était plus de mise. Las, de sortir l’argent de la bourse, les seigneurs criaient à la tromperie.
La colère venait d’une ville mécontente et impatiente
Ce pont est une source d’ennui criaient certains. Et ça va mal tourner… C’est assez supporté et la bonde de la patience finira par péter. C’est l’heure de manier le bâton ! Criaient les plus courroucés.
C’était prévisible ! Mais aussi, on ne prend jamais conseil auprès de nous, les anciens…répliquaient les vieux, en haussant les épaules.
De joyeuse et enjouée qu’elle était, la ville devint moins avenante. Elle semblait endormie dans sa gloire passée. On ne pouvait plus laisser les choses en l’état. L’agitation était toujours à craindre. Aussi, dans la crainte de troubles, on convoqua une assemblée publique. Elle fut très animée. Les notables cherchèrent les moyens de calmer une colère légitime et de dépasser une faiblesse qui ne durait que trop.
Des hommes de pensée et de raison délibérèrent. Ils affirmèrent que la réputation de la ville souffrait. Cependant, ils firent valoir, tout le parti qu’on tirerait de l’achèvement de ce travail. Clefs de l’avenir pour les nouvelles générations. On décida de faire table rase du passé, et de renvoyer aussitôt le maître d’œuvre qui n’était plus l’homme de la situation. A la bonne heure ! La rumeur courait que le pauvre bougre allait tout seul à l’abreuvoir. Un comportement peu apprécié. Désormais, la construction se devait de prendre le pas sur tout. L’intérêt de la ville l’exigeait.
Un matin du mois de janvier, les événements se précipitèrent. Un nouveau maçon se présenta. Il semblait ne pas avoir froid aux yeux et affirma à qui voulait bien l’entendre, ne pas tenir à la commande. Il se dit à la hauteur, pour venir à bout d’un travail qui faisait parler et déparler les gens. Sa manière avenante et franche plut. Il ne semblait pas né de la dernière pluie. Du coup, les consuls pensèrent que ce dernier avait un passé riche d’expérience pour donner confiance. Ils lui laissèrent carte blanche. Mais en lui faisant comprendre toutefois, qu’il se devait d’achever, coûte que coûte, avant les prochaines vendanges.
Oeuvrez comme bon vous semble
Mais en cas de manquements attention !
Ce ne sont pas des paroles en l’air. Le maçon accepta. Il confirma qu’avec lui, l’affaire trouverait enfin une conclusion heureuse. En temps et en heure.
Ce qui est promis sera tenu fit
-il un peu orgueilleux, en se tournant vers les autorités qui l’entouraient.
Vous n’avez pas besoin de vous inquiéter.
Il en sera comme vous l’entendez.
Au risque d’y perdre la vie.
Les notables établirent et portèrent aussitôt par écrit, les conditions de cet accord. Pour finaliser le marché, les protagonistes se frappèrent dans les mains avec solennité
Bientôt, bourgeois et marchands, tout le gratin de la contrée, en grande tenue, vinrent le saluer et lui porter leurs vœux de réussite. L’espoir renaissait. Mais, le temps était compté et il restait encore beaucoup à faire !
Le nouveau maître ne se perdit pas en atermoiement. Il n’était pas homme à brasser du vent. En un rien de temps, il distingua les priorités, se mit à l’œuvre avec l’ardeur que vous devinez et une volonté farouche de changer le fond des choses. Aussitôt, il fit preuve de grandes capacités et d’un sens aigu des réalités. Par la seule parole, il avait la manière pour commander les gens et les faire courir à son rythme. Il ne se laissait point détourner de son chemin et aucune difficulté ne semblait en mesure de diminuer sa foi. Il remuait ciel et terre et motivait sans cesse un échantillon d’ouvriers choisis qui convoyaient des blocs de pierres. Il allait de l’un à l’autre, maniant la règle et la truelle, grimpant d’un échafaudage à l’autre.
Tout allait pour le mieux et se déroulait comme prévu. Maçons, charpentiers, terrassiers, unis comme des frères, chacun de son côté, accomplissaient un travail irréprochable. Sans s’économiser. Les fondations assurées, les piliers montaient et les voûtes s’élevaient. Bientôt, c’était sur, à l’automne prochain, le Pont Valentré serait maître de l’horizon. Il provoquerait l’admiration de tous.
Avec cette réalisation, la vie du maître maçon prendrait un virage. Un vent de gloire soufflerait pour lui. Il goûterait enfin aux promesses de la vie en la marquant de son empreinte. Finie l’existence étriquée, menée jusqu’à ce jour… Rassurés, les consuls eux, soupiraient profondément, pas mécontents de voir un tel changement. Pour la première fois depuis fort longtemps, la ville retrouvait bonheur et activité.
Ce fut un matin du mois de mars, que quelque chose commença à se détraquer dans la tranquille existence du chantier. Vint un mauvais passage, où tout alla de travers. Un matin, un jeune manœuvre pris d’un étourdissement, glissa tête bêche de la hauteur d’un échafaudage. Il vint se briser le crâne, devant l’équipe épouvantée. Cette disparition provoqua un grand remue ménage. Un malheur ne venant jamais seul, à la même période, la pluie tomba, sans discontinuer, six jours durant. La rivière en crue, charriait des eaux rouges, couleur de sang. Elle emporta chaussées et barrages, semant terreur et désolation sur son passage. Il n’en fallait pas plus, pour arracher la ville à sa sérénité et éveiller la méfiance. Le long des rives du Lot, désormais, on chuchotait. Des rumeurs se répandaient. Le soir, à voix basses, on parlait de sorcellerie, d’influences maléfiques ou du mauvais œil… On envoya même en procession, les hommes d’église, pour déposséder le lieu qui semblait maudit.
Le temps passait : Les jours et les semaines. Il fallait se rendre à l’évidence : le chantier traînait en longueur. Transformé qu’il était en un incroyable cauchemar. Craintifs et découragés, la plupart des ouvriers étaient sur le point de virer la veste. La discipline se devait d’être maintenue et le maître maçon essayait bien de mettre tout le monde au pli. Peine perdue ! Il semblait bien seul désormais, pour faire front. Comment cacher l’affreuse réalité ? Ce pont décidemment semblait ployer sous le poids de la fatalité. Dompté par le mauvais sort, il n’en finissait pas de répandre secrets et mystères…
Les relations, comme vous pouvez l’imaginer, étaient à l’orage. Cela mena la colère des consuls qui poussaient par l’impatience, haussèrent le ton et lui parlèrent du pays. C’était compréhensible.
On n’avait pas besoin de ça…
Ce fanfaron nous aura vendu du vent.
Vous ne voyez pas le chemin emprunté ?
Avec lui, les choses n’ont pas évolué dans le bon sens et on n’a rien gagné à changer ! Brama un dégourdi.
Puis d’ajouter le regard noir et les bras au ciel :
"Nous lui ferons voir que nous ne sommes pas de l’espèce des plaisantins. Ce n’est pas de la moelle de sureau que le sang des Quercynois . Il rassemblera vite ses affaires celui là aussi…"
Les protestations fusaient de partout. Le feu couvait et le maître maçon dansait sur la braise. Comme on exigea de lui une explication, il baissa la tête pour se donner bonne contenance et choisit de plaider patience. Mais la vérité, limpide, sautait aux yeux. Quelque chose au fond de lui, lui disait que cette folle promesse serait bien difficile à honorer. Et maintenant, le pauvre, il se voyait boire le calice des humiliations. Il ne pouvait plus faire machine arrière ou se dédire. Comment trouver une porte de sortie honorable ?
Passaient les jours et les semaines. Nous étions le 21 août. Les vendanges approchaient. Aux dires de certains, elles seraient hâtives. Bientôt, on en proclamerait le ban. De l’autre côté de la rivière, sur les collines voisines, le raisin mûrissait. Il se gonflait sous l’ardeur du soleil cuisant. Toute la ville était en effervescence. A chaque coin de rues, tonneliers, cercleurs, apprêtaient la futaille et les cuves disjointes. Haut la mailloche et les doloires ! Les vignerons en arrangeant paniers et entonnoirs criaient à plein gosier dans la langue du terroir :
Le vin Quercynois est un vin de vaillance
Généreux et fort comme la terre et la soleillée
Guérissant l’âme et le corps de toute meurtrissure
Même en se hâtant plus que de raison, la partie semblait perdue. Le maître maçon ne pouvait plus faire face. De toute évidence, le marché ne serait pas respecté. Il secouait la tête. Le regard perdu. Honte et remords s’emparaient de lui. Le visage malingre et l’œil fiévreux, des idées sombres dans la tête. Miné, il se laissait peu à peu gagner par un profond désespoir. Non pas qu’il ait peur de la mort mais, en homme de devoir qu’il était, il sentait meurtri aujourd’hui, dans sa fierté de mâle et son orgueil Et ce manquement lui pesait.
Englué dans le doute, quelque chose se devait de basculer. Notre homme n’y tenait plus. Il en était là, à produire des idées noires, de toutes sortes. A la longue, la lumière vint. Une idée curieuse, germa dans la tête du maître maçon.
Un soir, en secret, il prit sur lui, d’aller consulter une sorcière. Certes, il ne le fît pas sans hésiter. Mais, il n’avait plus le choix. On mettait sur le compte de cette vieille sorcière, une multitude de choses qui passaient l’entendement et vous faisaient dresser les poils. Bien souvent, elle jouait de son pouvoir surnaturel. C’était là, peut être, la garantie de trouver réponse a son problème. Encouragé par l’obscurité, en cachette, il quitta la maison. Le cœur serré et l’âme souffrante, dans le grand silence de la nuit, il se dirigea vers le village voisin. Quelques chiens aboyèrent, mais personne n’ouvrit ni portes ni fenêtres. Il passait incognito et sans bruit.
Au bout de deux heures d’un parcours malaisé, il pénétra dans la maison de la sorcière. Une demeure creusée dans la roche, recouverte de buissons et de lierres qui en disloquaient les murs. Il était dans ses petits souliers. Pour peu, on lui aurait fermé le derrière avec un pois chiche. Il restait immobile, sans oser bouger. Une fois encore, un temps d’épreuve se présentait à lui. La ronde et les cris des chauves souris excitées, lui laissaient imaginer que sa dernière heure était venue. Il se recommanda aux Saints du Paradis. Mécréants ou dévots, il en est de même pour tous, quand la peur vous saisit. La faible flamme d’une chandelle lui procurait un peu de lumière. Les secondes passaient longues… Tout d’un coup, la sorcière se trouva face à lui. Courbée de vieillesse, toute de noir vêtue, elle traînait une jambe blessée en s’appuyant sur un bâton. Son œil crevé, défigurait un visage ridé et affreux qui aurait effrayé le cœur le plus endurci.
Homme, je sais ce qui te mène ici. Ainsi que l’angoisse et les pensées qui te taraudent, aujourd’hui. Mon œil avisé ne peut pas être trompé… dit elle.
Puis en fouillant dans l’obscurité, elle saisit sa baguette et un livre de sorcellerie dont les feuilles étaient à moitié rongées par les rats. Elle l’examina peu de temps, et prononça des paroles incantatoires. Elle fit une grimace et affirma d’une voix fêlée :
Je n’ai pas la possibilité de te sortir de l’embarras. Le Diable, lui seul, en est capable. Cependant, s’il te donne un coup de main, tu devras te plier à ses volontés. A toutes ses volontés… Sans quoi, tu ne goûteras pas le vin nouveau…
Un long ricanement suivit ces paroles et la sorcière disparut. Notre homme resta là, un instant, dans ses pensées. Il n’arrivait pas à distinguer ce qu’il venait de vivre et ce qui l’attendait réellement. L’idée de faire appel au Diable, ne lui plaisait qu’à moitié. C’est sur, l’affaire était risquée. Mais en se raisonnant, il pensa qu’il ne pouvait pas laisser s’éteindre, la dernière lueur d’espoir qui lui restait. Il fallait en passer par là.
L’échéance approchait à grands pas. Il s’agissait de précipiter les choses. L’attente ne fut pas de longue durée. Les esprits maléfiques, tout le monde le sait, ont des oreilles qui traînent partout… Le lendemain, à la tombée du jour, par un mystérieux hasard, alors qu’il promenait sa peine seul, le long des rives, se leva un vent qui le fit tressaillir. Puis, une sorte d’éclair descendit du ciel et, le tonnerre gronda. Le maître maçon, le souffle coupé, en fut comme assommé, ne sachant plus où il était. Il sentit autour de lui comme une étrange présence. Dans un tourbillon d’eau trouble, tout d’un coup, il vit apparaître, une bête dotée de cornes qui ressemblait fort au diable avec sa queue en forme de trident et sa grande fourche à trois dents de fer.
Passée la première émotion, le maître maçon s’ouvrit franchement. L’heure des confidences était venue. Le Diable qui depuis longtemps, devinait ses intentions, riait déjà sous cape… Et sans plus attendre, il y alla de sa proposition. Il marchanda l’âme du maître maçon en échange de l’achèvement du pont !
Surpris par ce qu’il venait d’entendre, le pauvre malheureux, serra les mâchoires. Il savait parfaitement, qu’il ne pourrait point échapper à ce marché. C’était là, le prix à payer. Aussi, fallait il consentir au bon vouloir du Diable où le pari serait perdu… Il ne restait plus qu’une semaine avant le début des vendanges. Le jour tant craint viendrait bientôt.
Va pour ça. L’affaire est entendue dit le maître maçon qui ne se considérait pas encore perdu.
Mais, tu le sais bien, au jour d’aujourd’hui, personne ne donne rien pour rien… Aussi, en échange, aussitôt le pont achevé, tu devras accomplir une dernière chose pour moi. En cas d’échec notre pacte sera rompu et nous serons quittes…
Le Diable, pris à l’improviste, resta un instant interloqué. Le sifflet coupé, il avala sa salive.
Puis, il ronchonna quelques propos entre les dents. Mais, habitué qu’il était à ne jamais céder, devant rien, il précisa : J’achèverai avant la fin de la semaine. Le travail n’est rien pour celui qui sait le prendre !
Et sur ce, son rire se perdit dans la nuit.
Cela paraissait à peine croyable, mais le lendemain quand le soleil se leva, les gens s’aperçurent d’un changement profond et radical. Ils n’en revenaient pas. A côté du maître maçon, un inconnu dirigeait la manœuvre à la hâte et d’une manière magistrale. Excité au travail, il se surpassait véritablement. Se dépêchant de brandir la truelle et de courir partout. De ci delà, en haut en bas, devant derrière. Ce qui jusqu’alors, n’était que travail pénible et peine, était accompli en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Ouvriers et badauds croyaient rêver. Ils débordaient de joie. Imaginez un peu, si les gens jasaient … Le pont, presque achevé se détachait dans le ciel. Il s’agissait maintenant de couvrir de lauses, les trois tours et de paver le chemin d’accès. Une bagatelle, pas plus…
Aussi, le soir, le Diable on ne peut plus content, arriva. Il se frotta les mains et chantait déjà victoire.
Tout compte fait, je m’en suis bien sorti fit il un peu fier. Demain, comme prévu l’affaire s’achèvera à mon avantage…
Mais le maître maçon malin le coupa sans ménagement : Pas si vite ! Tu n’es pas encore au bout du chemin. Tu vois, là haut, cet ouvrier perché, en train de pétrir de la terre glaise dans un baquet. A charge pour toi de lui fournir l’eau dont il a besoin.
Et les yeux brillants de malice, il lui tendit un crible pour assurer le transport… Et maintenant pensa t’il : « A toi de jouer ! »
Le Diable se saisit de l’outil grillagé et cessa de rire. Enragé, il descendit au bord de la rivière. Il trempa le crible dans l’eau et se précipita dare-dare, vers la tour. Dégoulinant de sueur, il allait de l’un à l’autre mais, toute l’eau passait à travers la toile de fer, avant qu’il n’arrive au sommet… Il me se rebuta point et recommença à plusieurs reprises. En vain. Les jurons n’y firent rien ! Tenu de reconnaître sa défaite, il abandonna au milieu des rires et des railleries. Il plongea dans le Lot en répandant une kyrielle de jurons.
Le soir, alors que le maître maçon, l’âme en paix, se laissait aller à la contemplation du chantier, il constata la disparition d’une pierre d’angle de la tour centrale. Il la découvrit qui traînait au pied de l’édifice. Il l’examina et chose étrange qui lui donna chair de poule, il distingua, cinq coups de griffes dessus. Aussitôt, il pensa que le Diable griffu, n’en avait pas encore fini avec son œuvre malfaisante. Le moment était venu d’y mettre définitivement le holà.
Aussitôt dit, aussitôt fait. En lieu et place, de la dite pierre, il en fit placer une autre, mais rapportée celle-ci, de Terre Sainte, par un croisé. Puis, le maître maçon, lui-même, marmonna des prières de sorcellerie. Ainsi, pensa t-il la pierre ne pourrait point échapper à la protection du Bon Dieu… La veille de l’inauguration, le diable, au crépuscule, grimpa en cachette jusqu’à la tour centrale. Il tendit la main, pour arracher une nouvelle fois l’objet, sans ménagement. Mais quand il fut pour la retirer, voici qu’il resta figé. Il se remua, se démena et se tordit dans tous les sens, des heures durant. En vain.
Le lendemain, quand le coq poussa son cri, le Pont Valentré se dressait magnifique.
Les comptes réglés, le maître maçon se signa et pleura de joie et de soulagement. L’histoire n’a pas gardé mémoire de son nom. C’est le Diable au contraire qui a laissé son empreimte et elle hante l’esprit des Quercynois. Vous n’avez qu’à lever les yeux vers la tour centrale, vous le verrez pétrifié dans la pierre. Pour toujours…
Merci à Patric DELMAS
Felibre Majoral
Cigalo de la Tour Magno
site Quercy
(je me demande si je n'avais pas des cousins et très exactement du côté de Cazes Monsdenard : un genre de type, de sorte, de secret encore)
mardi 6 janvier 2009
6 janvier 1853... Une assiette de frites fines, s'il vous plaît !
Et si on parlait de la Pomme de terre, de la Patate, de la Papa, de la kartoffen.... Parlons-en.
Vive la pomme de terre qui adouçit les colères
Combien de pommes de terre pour faire la soupe de ma grand-mère ?
Combien de pommes de terre pour faire la soupe de ma grand-mère ?
Combien de pommes de terre pour faire la soupe de ma grand-mère ?
Cette histoire n'est pas une histoire de soupe
Cette histoire est une histoire colérique qui s'est déroulée précisément à New York
et plus précisément à l'Hôtel Saratoga Spring
et pour être encore plus précise, le même jour qu'aujourd'hui, un mardi, mais de l'année 1853. Cette histoire est une vieille histoire.
Peu avant midi, le Directeur de l'établissement Saratoga Spring passe en revue tout son personnel, dans le grand hall, devant les grands miroirs dorés à l'or fin et chacun se tient droit comme I. De la plus craintive des femmes de chambre, parce que nouvellement embauchée, jusqu’à l’élégant réceptionniste, sans oublier les cuisiniers, le groom et le maître d'hôtel, personne n'échappe au regard pointu autant que pertinent du Maître des lieux. Dans le même temps, dans chacune des têtes, celle du directeur compris, les mots pourboires et pouvoirs tourbillonnent . Monsieur Cornelius Vanderbilt, célèbre hollandais d'origine, illustrissime magnat des chemins de fer, est attendu pour le déjeuner et côté pourboires et pouvoirs, Cornelius Vanderbilt s'y connaît.
Mais, vous demandez-vous, comment passe-t-on des chemins de fer à la pomme de terre ? Simplissime
Le directeur claque des doigts. Le personnel quitte les lieux. Il était temps. Le réceptionniste annonçe Monieur Cornelus Vanderbilt. Le directeur s'avançe vers le visiteur, lui fait moultes courbettes. Il l'accompagne à l'entrée de la magnifique salle à manger. Le Maître d'Hôtel prend le relais. Quelques pas suffisent pour mener l'hôte prestigieux à la table qui lui est réservée. Un menu de cuir noir aux lettres d'or apparaît comme par magie dans les mains du Maître d'hôtel. Monsieur Cornelius Vanderbilt s'en saisit du bout des doigts encore gantés. Il désigne en entrée, une truffe au sel, en plat principal un tournedos Rossini avec son couvre chef de foie gras du Quercy Blanc et insiste pour qu'il soit accompagné, hérésie sublime, de ses frites habituelles.
Monsieur Cornélius Vanderbilt adore les frites.
Le Maître d'hôtel disparaît dans les cuisines. Sur un geste du plus grand magnat des chemins de fer, et à la satisfaction générale de quelques autres convives dispersés dans la magnifique salle à dominante rouge et or, un chef d'orchestre fait entonner par ses musiciens l'air qu'il sait être le préféré du célèbre convive, le "Caprice Cubain " de Gottschalk. Comme la célèbrité du jour sourit de plaisir, le maître d'hôtel verse dans son verre en cristal quelques gouttes du Petrus qui lui est désormais réservé.
On apporte la truffe au sel. Le Maître d'hôtel se retire mais pas trop cependant. Il veut rester attentif aux improbables déplaisirs qu'il pourrait lire sur les lèvres du réputé convive. Comme il avançe et se penche pour demander « La truffe convient-elle à Monsieur ? »
Monsieur se recule et répond
« Non seulement elle me convient, mais elle est incomparable ! »
D'un geste invisible l'assiette disparaît. Le Maître d’Hôtel de même. Monsieur Cornélius Vanderbilt n'a que le temps de tapoter sa moustache du bord replié de la belle serviette blanche aux armoiries du Saratoga Spring. Le tournedos Rossini trône sous ses yeux, comme la tranche de foie gras, comme l'hérésie sublime, ces frites qu’il adore. Le Maître d’Hôtel lui souhaite une excellente dégustation et se retire de quelque pas, toutefois attentif à ses réactions. S'il n'eut aucun doute à propos du bonheur que donne au magnat la dégustation de la galette de foie gras sur le tournedos Rossini, il est aux aguets lorsqu'il le voit froncer les sourcils dès la première frite croquée. Il s'est déjà rapproché lorsqu’à la seconde frite le notable avançe la lèvre supérieure à la hauteur du nez tout en fronçant les sourcils. D'un ton professionnel il s'inquiéte « Quelque chose ne va pas comme vous le souhaiteriez Monsieur Vanderbilt ? »
Il se retrouva face à avec deux doigts exhibants une frite dite « trop huileuse »
Plus rapide que l'éclair, il saisit l'assiette et disparaît dans les cuisines. Monsieur Georges Crump est aux fourneaux. Il se retourne et reste bouche bée. Il pense "mes frites, trop huileuses !!! Mes frites trop ..." Sur son front son turban jaune safran avançe puis repart en arrière de stupéfaction ! Incroyable, On lui demandait une nouvelle coupée de frites et On précise "cuites à point !" Ce qui voudrait dre qu'elles ne l'étaient pas. Lui, le spécialiste de la friture il ne saurait pas frire les frites à point !
Des frites cuites à point ! Tout New York sait qu'il est passé maître en l'art de ce savoir faire.
Le regard du Maître d'hôtel est si sévère que Georges Crump prépare aussitôt non pas un mais deux nouveaux bains d’huile. Il attrape de nouvelles frites. Il les passe dans un premier bain à 150 ° puis les retire pour les passer dans un autre bain porté cette fois à 170 ° ! Il est en train de les retirer, quand le Maître d'Hôtel réaparait. Il surprend son regard satisfait. Cela le rassure.
Dans la magnifique salle à manger Monsieur Cornelius Vanderbilt saisit une nouvelle frite. Le Maître d'Hôtel se retire de quelques pas. Quand le célèbre convive saisit la seconde frite, il suspend sa respiration. Il n’a pas le temps de réagir que Monsieur Cornelius Vanderbilt se lève et assiette en main déclare
« Que se passe-t-il aujourd’hui dans vos cuisines, c'est pire que pire, celles-ci sont beaucoup trop épaisses ! » Quelques secondes plus tard, le magnat lui-même pousse la porte à double battant d’un pied nerveux et déclare à Monsieur Georges Crumpe « J'en veux de plus fines ! » puis il disparaît.
Monsieur Georges Crump est ahuri, stupéfait, soufflé, figé, muet. Le départ consterné du Maître d’Hôtel lui rend la parole
« Plus fines, je comprends, plus fines, je dois les couper plus fines, j’y vais »
Et il y vaa. Il attrape quelques Manon et entreprent de les couper dans la longueur. Soudain il en retourne une et, quelle idée a-t-il, il se met à la couper en rondelles tout en marmonnant
« ah vous voulez des frites fines Monsieur Cornelius Vanderbilt et bien vous ne vous serez pas déplacé pour rien croyez-moi. Vous allez avoir des frites fines c’est moi qui vous le dit" et dans l'élan, pomme de terre après pomme de terre, il tranche les Manon de plus en plus fines et si fines que la pensée soudaine qu’elles pourraient se briser entre les doigts du magnat au moment même où il les saisirait le fait rire aux éclats. Quand il pense en avoir suffisamment coupé il les plonge dans un nouveau bain à 170 ° degré, point. Une seule fois. Pas davantage. Juste à point. Le maître d’Hôtel reviEnt précisément à l’instant où il les dépose dans un plat de porcelaine. Liquéfié par la vision inattendue le Maître d'Hôtel tourne la tête vers le cuisinier et déclare, troublé « Mais k ka qu'avez-vous fait là Georges Crump ? Cette fois vous… »
Georges Crum lui coupe la parole en oulignant les siennesd'un geste vif « Je sais, je serai renvoyé, peu m'importe, il voulait des frites fines, il aura des frites fines ! »
Un Maître d’Hôtel est un homme impassible. C’est un maître d’hôtel impassible qui dépose l’assiette de frites fines sur la célèbre table ronde habillée d’une nappe d’une blancheur remarquable. Impassible mais aux aguets. Et trois pas de biais, en arrière du célèbre magnat des chemins de fer. Celui-ci saisit délicatement la première frite et la croque. Le Maître d'Hôtel le devine surpris. A la seconde, le Maître d'Hôtel comprend l'intérêt du célèbre convive : il garde la frite en main quelques secondes supplémentaires. Pour l’observer. Quand la troisième frite est croquée, le Maître d'Hôtel découvre un homme comblé qui mangera jusqu'à la dernière. Ce que fait le célèbre magnat lui demande d'une voix enthousiaste, voire joyeuse :
« Faites moi venir celui qui a si étonnamment répondu à mon désir ! »
D’un tour le Maître d’Hôtel se rend aux cuisines.
Le turban jaune safran de Monsieur Georges Crump ne bouge pas d’un poil lorsque ce spécialiste indien de la friture répond « si c’est pour me renvoyer, faites-le moi savoir par écrit ! »
Le Maître d’Hôtel répond en éclaant de rire qu'« il n’est aucunement question de vous renvoyer mon ami, plutôt de vous féliciter, je vous conseille de me suivre ! »
Quelques minutes plus tard, "l'ami" ouvre grand ses yeux de merlan frit en découvrant que Monsieur Cornelius Vanderbilt se lève et vient vers lui l'air satisfait et la main tendue. Comment refuser. Dans l'échange il comprend qu'il tient là le plus le plus magnifique des pourboires. Une belle poignée de dollars.
L'ingénieur Cornelius Vanderbuilt, devenu le richissime magnat des Chemins de Fer retourne vers sa table. Il donne un nouveau regard à Heorges Crump. Il l'interroge.
« Dites-moi, cher ami, de si belles frites doivent avoir un nom exceptionnel ? Quel est-il ? »
Georges Crump ressent un grand moment de silence. Il est désemparé. Ses frites sont des frites ni plus ni moins. Puis il se rappelle le chuchotis qu'elles ont fait en tombant dans la friture. Il répond
« Vous avez raison Monsieur Cornelius Vanderbil, ces frites portent un nom : elles s’appellent des ........... !" (Merci tu as bien deviné lecteur, des chhhhhhhhhhiiips !"
La fin ?
Monsieur Georges Crump et son turban jaune safran disparurent derrière la porte à double battant.
Monsieur Cornelius Vanderbilt termina son repas sur la douceur de son dessert préféré, des Poires Belle-hélène, une petite goutte de fine et quelques nouvelles mesures d’un Caprice Cubain fort apprécié. Il souligna le tout non pas par la dégustation d'un quelconque barreau cubain, mais bien plutôt par celle d'un
Robusto de Cohiba qu n'attendait qu'une chose : être allumé.
Le Maître d’Hôtel tout comme le directeur, eurent droit à la fameuse poignée de mains. Les trois Paix : Pourboire pour l’un, pouvoirs pour l’autre et plaisir pour Monsieur Cornelius Vanderbilt.
Sachez-le, qu’elles s’appellent Manon, Francine, Monalisa la Coquine ou Belle de Fontenay, qu'elles soient classiques et très Bintje, toutes, bien croquées, vous raviront le palais A en avoir la patate toute la journée.
Ya pas que "Ettenad" in the life, il y a también la "spihc" surtout celle de Georges Crump
et devant celle-là, même Lania s'incline
Texte écrit par Lania le 6 janvier 2009 d’après trois lignes d'une anecdote lue sur le net.
vendredi 14 novembre 2008
"Je suis né de l’union d'un homme et d'une femme"
C’est ce qu’il disait. Parfois, quelques fois, de plus en plus souvent
Aussitôt dit cela il précisait
Ils n'avaient pas d’enfant
et poursuivait
Mais à l'âge de vingt ans leur fils s'engagea à l'armée où il se plaisait
Au cours d’une bataille il perdit bras et jambe
Alors il 'enfuit s'enfuit s'enfuit
Et comme il n'y avait pas d'arbre il monta sur un épicéa
Il y cueillit deux fraises,
Tendit une pêche à deux femmes qui passaient par là
Elles répondirent qu'elles n'avaient jamais mangé de châtaignes aussi bonnes que ces noisettes l'étaient.
Autour de lui on s’inquiétait de l'entendre marmonner.
Et il y avait de quoi, il ne faisait rien comme tout le monde.
Il avait très tôt appris à lire et il lisait sans cesse, il s'enivrait à lire le Grand Livre des Evidences, et seulement le Grand Livre des Evidences.
Chaque jour il se rendait à la bibliothèque et il y lisait le Grand Livre des Evidences. Seul. Car ceux du village fréquentaient l'établissement uniquement après leurs travaux aux champs ou après leurs travaux dans leurs ateliers.
Et quand à la fin de la journée, tous ceux du village prenaient le chemin de la Grande Bibliothèque, pour lire à leur tour le Grand Livre des Evidences c'était pour en disséquer le moindre mot, la moindre tournure, afin d’en discuter entre eux. Mais Lui, il s'esquivait avant même qu'il puisse les croiser.
Ils le trouvaient très étrange. Ils se demandaient pourquoi il les évitaient ainsi. Et certains répétaient "Il n'y a pas à dire Faïvel nous évite, mais pourquoi donc !" Personne ne comprenait pourquoi.
Etonnamment Faïvel continuait d’apprendre dans la solitude et sans confrontation aucune, il avalait
mots, verbes, phrase, périphrase, paragraphe, chapitre, résumé
puis reprenait,
mot, verbe, phrase, périphrase, paragraphe, chapitre, résumé
recommençait
mot, verbe, phrase, périphrase, paragraphe, chapitre, résumé
et poursuivait à s'arrêter sur la position d’une virgule : n'aurait pas mieux valu qu'elle fût là plutôt qu'ici ? Il allait ainsi, d'interrogation en interrogation.
Au fur et à mesure de ses découvertes, Il arriva un jour une chose surprenante. Impossible de retrouver un mot. Bref, un oubli. Mieux, ou pire, deux oublis. Catastrophiques d'autres oublis successifs. Faïvel prit peur. De perdre la mémoire. Tout ce qu’Il avait engrangé allait partir, s'envoler, s'évanouir. Inquiet Il commença à tout noter et un soir avant de se coucher Il alla jusqu'à noter l'endroit où il posait chacun de ses vêtements. Pour être sûr de les retrouver le lendemain.
Ce soir-là quand il ôta son chapeau, il prit un crayon et un bout de papier et écrivit
Chapeau, posé sur l’étagère supérieure de l’armoire puis il écrivit
Manteau, posé sur le cintre dans l’armoire
Chemise, posée sur le dossier de la chaise
Pantalon, posé sur le plat de la longue table de chêne, avec sa ceinture
Chaussures et chaussettes, posées au pied du lit sur la carpette de laine
Puis il enfila une chemise de nuit taillée dans un tissu épais et un bonnet de même et il voulut s'allonger. Mais alors qu'il allait poser sa tête sur l'oreiller il se releva comme un pantin à ressort, saisit le crayon et écrivit sur un nouveau morceau de papier "Faïvel... dans son lit"
Il posa papier et crayon sur la jolie table de nuit, s'allongea, s'endormit, rassuré.
Et c'est ainsi que le lendemain matin, grâce à ces pense-bêtes, après s'être levé, lavé et avoir déjeuné, il s'habilla sans oublier un seul vêtement.
Comme il le lisait, il prit la chemise sur le dossier de la chaise
Le pantalon sur la longue table de chêne avec la ceinture
Les chaussettes et les chaussures sur la carpette de laine
Le manteau sur le cintre dans l'armoire
Le chapeau, sur l’étagère de l’armoire.
Mais au moment où il découvrit dans le miroir un homme tout content, satisfait, heureux, ravi de contrôler sa mémoire, il y remarqua, posé sur la jolie table de nuit, un papier oublié. Il le saisit et lut : "Faïvel … dans son lit" Il s'étouffa de surprise en voyant que Faïvel n'était pas dans le lit.
Une douleur s'accrocha à son coeur et il se prit à gémir :
« Oh mon dieu Seigneur, Faïvel n'est pas dans son lit ! Où peut-il bien être ?»
Il chercha Faïvel partout dans la pièce, y compris sous les marches de l'escalier, dans le cagibi. Il eut l'idée de le chercher dans le jardin. Quand il ne le trouva pas même dans le puits il décida de partir à sa recherche.
Il marcha, marcha, marcha à suivre sans la voir la voie du chemin de fer et c’est ainsi qu’un jour il parvint devant une magnifique demeure. Comme la faim l'étreignait il pensa qu’on ne lui refuserait pas quelque nourriture. Il n'était pas exigeant. Un bon bol bouillant de soupe au chou conviendrait parfaitement.
Quand il frappa là la porte,
Quand la porte s’ouvrit,
Quand se pencha vers lui un bon gros géant Maître des lieux et visiblement dans l'opulence,et
Quand il lui demanda de le faire dîner, l’homme lui répondit qu’on ne nourrissait pas un homme sans qu'il ne fasse rien. Et il ajouta
« Tu as de la chance. J’ai acheté ce matin même un magnifique pur sang. Si tu savais en prendre soin? cette seule condition méritera que je te nourrisse ?"
L’homme n’avait jamais gardé un seul cheval de sa vie.
Mais il avait faim. Il accepta.
Double chance, le maître lui fit servir un plein bol bouillant de cette bonne soupe aux choux dont il avait rêvé puis il le mena devant le box de sa nouvelle acquisition
« Donc je compte sur toi pour en prendre soin. C’est une pure merveille que je te confie ! Ce cheval est d’une valeur inestimable. Je vais faire des jaloux. Installe-toi ici et garde le bien, ne le quitte surtout pas des yeux »
L’homme acquiesca vivement de la tête, le Maître fit demi tour et rentra chez lui. Rassuré.
Pas tant que cela car dans la nuit il se réveilla en se demandant si l’homme lui gardait son cheval convenablement ?
Il ne trouva pas de réponse. Il préféra aller y voir de ses propres yeux.
Il resta confondu. Pour vérifier le box c’est devant un homme endormi qu’il passa. Le cheval heureusement était bien là, mais sa présence ne mit pas fin à la colère qui était née dans la tête du Maître.
Il s’approcha de l’homme et le réveilla sans ménagemen
« Ho, je ne t’ai pas donné à manger pour dormir, réveille-toi et garde mon cheval s’il te plaît »
L’homme se releva d’un bond et déclara vivement qu’il ne dormait pas.
Le maître s’étonna
-« Que faisais-tu alors ?»
-« Je réfléchissais »
-« Tu réfléchissais ?] dit-il un brin goguenard
et peut-on savoir à quoi tu réfléchissais ? »
« Je me demandais où allait le bois quand on y plantait un clou ! »
La pertinence de ce questionnement étonna profondément le Maître. Il déclara « En voilà, une de drôle de question. Mais il n’est pas tant de te questionner : il te faut garder mon cheval, ma merveille des merveilles. Fais-le ! Sinon…. !»
Et sur ce, le Maître s’en retourna.
La journée du lendemain se passa au mieux pour l’homme. A la nuit il reprit place devant le box. Le Maître lui, dans son lit. Rassuré.
Mais pas tant que cela. En plein milieu de celle-ci il se réveille : l’homme lui garde-t-il convenablement son merveilleux cheval ? Comme il n’obtient aucune réponse, il préfère aller y voir de ses propres yeux.
Il resta confondu. Pour vérifier le box c’est une nouvelle fois devant un homme endormi qu’il passa. Le cheval heureusement était bien là, mais sa présence ne mit pas fin à la colère qui était née dans la tête du Maître.
Il s’approcha de l’homme et le réveilla sans grand ménagement
« Ho, je ne t’ai pas donné à manger pour dormir, réveille-toi et garde mon cheval s’il te plaît »
L’homme se releva d’un bond et déclara vivement comme la veille, qu’il ne dormait pas.
Le maître s’étonna
-« Que faisais-tu alors ?»
-« Je réfléchissais »
-« Tu réfléchissais ? dit-il un brin goguenard, encore ? Et peut-on savoir à quoi tu réfléchissais cette fois ? »
-« Je me demandais où allait la cire quand la bougie brûlait ? »
« Tu as de drôles de questions mon garçon. Mais il n’est pas tant de te questionner : il te faut garder mon cheval, ma merveille des merveilles. Fais-le ! Sinon…. !» Et sur cette injonction, le Maître s’en retourna.
Et le lendemain le cheval sortit du box, l’homme le promena au bout de sa longe, la journée se déroula tranquillement, ce fut une merveilleuse journée et il put manger un nouveau bon bol bouillant de bonne soupe aux choux et quand il se rendit à l’écurie, le Maître lui se rendit dans son lit, rassuré.
Mais pas tant que ça. En plein milieu de la nuit il se réveilla de nouveau et sans même se poser la question il se rendit devant le box. Non seulement il passa devant un homme endormi mais il dut se rendre à l’évidence que le box était vide. Plus une seule trace de pur-sang. La colère l’empoigna. Il revint auprès de l’homme le réveilla sans aucun ménagement et lui demanda d’une voix qui s’étranglait
« Mon pur sang a disparu nigaud ! Ne viens pas me dire que tu ne dormais pas cette fois !"
Et si sa voix s’étranglait de colère elle s’étrangla aussitôt davantage car l’homme lui répondit
« Et pourtant c’est la vérité : je ne dormais pas ! »
"Comment ça tu ne dormais pas, mais mon cheval n’est plus là et tu n’as rien vu ni entendu vraisemblablement que faisais-tu ?"
« Justement, je me questionnais. Je me demandais comment un cheval aussi bien gardé pouvait bien disparaître ! »
Stupéfaction chez le Maïtre que la colère emport "Hein ? quoi, comment…." S’il ne se retenait plus, il tenait fermement Faïvel d’une main et lui donnait une belle secouée de coups de l’autre. Il le frappe partout et si fort et tant que bientôt Faïvel se mit à crier :
« Arrêtez, cessez, vous me faites mal, je souffre comme jamais Faïvel n’a souffert ! »
C’est à cet instant que l’homme s’écoute, mieux, s’entend. Il reformule
"Qu’est-ce que j’ai dit, que vous faisiez mal à Faïvel, que j'avais mal ! Mais si j’ai mal, c'est que je me sens, si je me sens, c’est que je suis moi , moi Faïvel qui s’était perdu !
Il se met à danser heureux et rieur en criant « J’ai retrouvé Faïvel J’ai retrouvé Faïvel" et il quitte le maître.
Et il s’en retourne au village.
Là bas, il salue tout ceux qu’il connaît et même ceux qu’il ne connaît pas. Il serre des mains et des mains en nombre, et il dit
« Faïvel a retrouvé Faïvel, dès demain je me remets à travailler, et le soir je vous rejoins à la bibliothèque pour parler avec vous du Grand Livre des Evidences !"
Et voilà tout un village ravit
Et Faïvel de dire,
Je suis né de l’union d’un homme et d’une femme
Je suis né de l’union d’un homme et d’une
Je suis né de l’u…
Je suis né
… pour faire CRIC
et vous CRAC
parce ce conte se finit aujourd’hui.
Rennes, le jeudi 13 novembre 2008
lANIA
dimanche 27 avril 2008
Les Fées à Jean Chaubet en février : même séance
dimanche 13 avril 2008
Quelques photos de Shâhârâzâde...
Une très jolie ambiance, dattes d'Egypte, thé à la menthe, pistaches et loukoums compris
samedi 22 mars 2008
Soirée Ercé près Lifré en Compagnie NEFER
lundi 17 mars 2008
Mes mille et une nuits : histoire rocambolesque d'un petit bossu
Il est arrivé silencieusement. Si silencieusement qu'aux premières notes de son tambour de basque le tailleur copte a levé la tête de la pièce d'étoffe qu'il faufilait et regardé par la fenêtre : à la bosse il sut que le musicien était bossu. Il aurait pu le faire déguerpir car il gênait tout chaland qui venait à passer pour regarder ses vêtements suspendus à l'entrée de son échoppe. Mais peut-on faire déguerpir un bossu ? On touche sa bosse plutôt. Ou s'il est musicien, on écoute et on se ravit de sa musique. Et la musique de celui-ci, qui maniait de façon excellente le tambour de basque, était ravissante.
Sa femme, se réjouit à son tour.
« Quelle bonne idée, j’ai justement acheté au marché ce matin une magnifique perche du Nil. Je vais la préparer en deux temps trois mouvements à l'oseille fondue, elle sera délicieuse »
Et elle s'en alla aux fourneaux pendant que le Tailleur et le petit bossu fumaient le narguilé à l’eau de rose pour l’un et à celle de lotus pour l’autre, le tout auprès de la table ronde et basse.
« Alors » demanda la cuisinière quelques instants plus tard, « la trouvez-vous à votre goût ? » elle penchait son visage vers lui.
« Permettez" dit-il "je veux bien en reprendre un morceau » Et il avança ses doigts v ers le plat et les porta à ses lèvres. C'est alors que tout se précipita. Sous les yeux de ses hôtes, ceux du petit bossu se mirent à loucher, il porta une main à sa gorge, émit soudain un étrange borborygme et s'écroula brutalement sur les coussins, bleu, rose, vert, violet carmin orangé. Les bougies manquèrent s’éteindre dans le courant d’air inopiné de sa chute.
« Par Allah, dit la femme, qu’ai-je fait, je l’ai tué ! »
« Par Allah, dit le mari, qu’ai-je fait ? Je n'aurais jamais dû l'inviter ! Le voilà mort ! Nous l'avons tué ! »
Le Tailleur et sa Femme sont terriblement désolés. Sans en parler l’un à l’autre, chacun a soudain en tête la grande place, l'estrade, la potence et les badauds nombreux qui attendent qu'on les pende.
"Pour lui, rien" répondit le Tailleur "pour nous je crains le pire !"
"Le pire ? Il n'en est pas question" dit-elle, "J’ai une idée, portons-le chez le médecin juif !" Et sur ces mots, elle se rapproche de son mari et glisse quelques mots à son oreille. Tout d’abord il n’ose y croire puis il y croit à son tour. Il ouvre la porte de leur maison et regarde des deux côtés de la rue : il chuchote "C’est bon, la rue est vide, allons-y"
Et voilà un petit bossu attrapé par les bras d’un côté, par les pieds de l’autre et transporté avec précautions jusque devant la porte du médecin juif, presque voisin. La femme du Tailleur frappe vivement. Ils entendent le bruit de pas dans les marches d'un escalier, celui du verrou d’une petite fenêtre à même la porte et une voix qui leur demande « Qu'est-ce que c'est ? » Et elle écoute. Forte de leur réponse, elle remonte avertir le médecin juif. Pendant ce temps, l'homme et la femme hissent discrètement le petit bossu dans l'escalier et l'abandonnent sur la troisième marche en compagnie d'une pièce d'or. Puis ils dévalent le plus légèrement possible mais à toute allure l'escalier et referment la porte derrière leur dos.
A peine l'ont-ils refermée qu’un brouhaha se fait entendre. Ils ne veulent pas en savoir davantage. Ils s'esquivent le pas vif et disparaissent dans leur maison.
Dans l'escalier le médecin juif n'en revient pas : penché au dessus du petit bossu il est bien obligé de constater qu’il ne respire plus. Horrifié, il comprend qu’en le bousculant, qu’en lui faisant dévaler l’escalier d’une pointe de babouche, il l’a tué ! Il est confondu par sa responsabilité.
« Mais mais mais qu’est ce que que qu’est-ce qu’on peut-faire ?»
dit-il à sa servante qui a tout de suite une idée :
« Déposons-le par la cheminée dans la maison de l’intendant musulman du Sultan.
Il croira que c'est un voleur ! »
L'idée ne déplut pas au médecin juif : et dans l'instant, voilà un petit bossu attrapé, sous les bras par le médecin juif, sous les pieds par sa servante et transporté avec précautions de l’autre côté de la terrasse sur celle de l'intendant musulman du sultan. Le temps d’entourer son corps d’une corde, le voilà glissé dans la cheminée du voisin. La corde rebondit. Le médecin juif retire la corde et ni vu ni connu il s’en va, en souriant, car il sait maintenant qu’il ne connaîtra pas, autour de son cou, le côté râpeux de celle de la potence : elle ne sera pas dressée pour lui sur la grande place de la ville.
Chance inouï, ils referment leur porte alors que l’Intendant musulman du Sultan apparaît devant la sienne.
Belle idée, qui lui en envoie une autre. Dans l’instant, il ramasse le petit bossu et le jette sur ses épaules, ouvre sa porte et regarde autant à droite qu’à gauche ; comme il n’entend ni bruit, ni ne voit personne, il se glisse dans l’obscurité jusqu’au coin de la rue où il dépose le petit bossu bien droit. Il s’y reprend à deux fois car le petit bossu fait déjà mine de tomber. Il s’esquive sans bruit.
Il était temps.
Un marchand chrétien s’en revient d’une soirée passée à jouer aux dominos et à boire un peu plus que d’ordinaire. Il ne titube pas mais il ne marche pas tout à fait droit. Et dans l'angle de la rue, il effleure d'une manche le petit bossu. Cela suffit à celui-ci pour s'écrouler sur le marchand chrétien. Il se croit aussitôt attaqué et se retourne pour cogner et bastonner le pauvre petit bossu en le traitant d'assassin.
Et il crie dans la nuit "A l'assassin, au voleur, on a voulu m'assassiner, venez m'aider !"
« Au nom de la loi je vous arrête !" C’était un représentant de la police.
Pauvre marchand chrétien : il dit tout penaud, que oui, il a tué quelqu'un mais qu'il ne voulait pas le tuer, qu'il voulait seulement se défendre, et à son tour il voit la grande place, l'estrade, la potence, et les badauds qui espèrent sa pendaison prochaine. Il en appelle au Seigneur et il le prie :
Mais le seigneur ne peut pas grand chose à la chose.
Quelques matins plus tard, sur la grande place, il y a bien l'estrade pour de vrai, la potence dressée et le bourreau qui s'y tient, cagoulé et harrangué par une foule qui n'attend qu'une seule chose : qu’il exécute la sentence.
Notre marchand chrétien fait ses prières, il pense à cet instant où le plancher va se dérober sous ses pieds, à sa femme qu’il ne reverra plus, à ses enfants, il retient ses larmes, quand soudain une voix s’élève
« Arrêtez tout, ne le pendez-pas, dépendez-le, pendez-moi .... car ce n’est pas lui qui a tué le petit bossu c’est moi ! » Toutes les têtes se tournent et reconnaissent l’Intendant du Sultan.
Sur le visage du policier c’est la stupéfaction puis il se reprend et dit
« Puisque tu le dis Intendant du Sultan, je t’obéirai !"
"Qu’on dépende le marchand chrétien et qu’on pende à sa place l’Intendant du Sultan !! » ordonne-t-il
Et si on dépend l’un, on passe la corde au cou de l'autre, et la foule harrangue le bourreau cagoulé : elle n'attend qu'une seule chose, qu'il exécute la sentence.
Mais lorsqu’il reçoit l'ordre, lorsqu'il feint un mouvement, une voix s’élève soudain du bout du bout de la place et la foule s’ouvre pour laisser passer le nouveau venu qui crie
A la calotte qu’il porte sur sa tête –c’est jour de Shabbah- tout le monde reconnaît le pauvre médecin juif
Le policier est un peu désorienté. Il déclare
"Puisque tu le dis Médecin Juif !"et il ordonne "Dépendez l’Intendant du Sultan et passez la corde au cou du Médecin Juif !
Et on lui obéit. La foule harrangue le bourreau qui se demande s'il doit si ce cirque va durer longtemps lorsqu'une fois de plus une voix s’élève, du bout du bout tout du bout d’un autre côté de la place et tous les yeux se tournent vers la voix et la foule se scinde en deux pour laisser le passage au nouveau venu. Et nombreux sont ceux –car il est fort réputé- qui reconnaissent le gentil tailleur : il crie « Arrêtez tout, ne le pendez pas, dépendez-le, pendez-moi... car ce n’est pas lui c’est moi qui ai tué le Petit Bossu !»
et cette fois il n'est pas seul à crier. Sa femme traverse la foule derrière. Elle est en larmes et elle essaie de dire "Arrêtez-tout, ne pendez pas mon époux, dépendez-le, pendez-moi... c'est moi qui ai tué le petit bossu !"
Le policier n’en peut plus : qui doit-il croire ? Qui a tué le petit bossu ? Doit-il tuer ces deux-là cette fois, ou rien que celle-ci ? Il ne sait plus où donner de la tête.
C’est alors qu’un émissaire se présente de la part du Sultan et lui tend une missive.
Le policier l’ouvre et lit les calligraphies merveilleuses
« Le petit bossu est le bossu du Sultan, il y a quelques temps que le petit bossu a disparu, le Sultan désire revoir son petit bossu même mort !Et tout le monde doit l'accompagner.
Le marchand chrétien,
L’Intendant du Sultan,
Le médecin juif
le tailleur
Les quatre hommes portent le petit homme et toute la foule suit en scandant, tambourin à l’appui :
"Mais qui donc a tué le petit homme ?"
Et le cortège se présenta dans la grande et merveilleuse salle où trônait le sultan. On déposa le petit bossu devant lui sur les somptueux et voluptueux tapis soyeux. Chacun s'inclina profondément. "C’est bien là mon petit bossu", dit le sultan attristé, "mon impertinence, mon rire, la lumière de mes obscurités, quel gâchis !" puis il se tourna vers le riche marchand chrétien, son intendant musulman, le médecin juif, le tailleur copte et sa femme et il demanda
«Sommes nous si sûrs que ton petit bossu soit bien mort Sultan, laisse-moi l'examiner un instant ? » Chacun s'écarta pour laisser passer le nouveau venu : le barbier du Sultan, autant dire son médecin.
« Barbier," dit le Sultan –car c'était bien le barbier du sultan- "pour autant que j'apprécie ton savoir faire, j'ai vérifié moi-même, je peux t'assurer que plus mort que mort on n'a jamais vu. Mon petit bossu ne respire plus ! »
« Pardonne-moi Monseigneur", dit le barbier en joignant ses mains sous sa poitrine tout en se courbant devant le sultan "Permets que je me penche aussi sur lui !"
Et sous les yeux du Sultan et de tous ceux qui étaient présents, dans un grand silence, le barbier ouvrit son coffre à instruments et se pencha au-dessus du petit bossu. De ses deux mains il saisit une pince et il l'introduisit dans le gosier puis il tira dessus avec une grande dextérité, de ce geste sûr et précis que font certains barbiers parce qu'ils sont inspirés.
Chacun entendit un sifflement, suivi d'un hoquet, qui redressa le petit bossu manu militari. Ainsi assis au beau milieu de tous il regarda chacun l'air étonné et déclara « Je me sens bien mieux soudain, quelque chose m'empêchait de respirer, qu'est-ce que c'était ? »
"Une arrête, petit bossu, que mon excellent médecin-barbier vient de te retirer d'un geste sûr. Te voilà redevenu vivant. Et ça se fête" déclara le Sultan,. Comme le Maître Barmécides il claqua dans ses mains et ordonna "Qu’on prépare les festivités !"
Et on prépara les festivités
et parmi elles, il y eut La nuit du conte
Le premier qui l'ouvrit dit ces mots
mardi 18 décembre 2007
Quand le Cèpe fait "la guerre aux champignons"
Adaptation fantaisiste et personnelle du texte-randonnée N° 38 intitulé "Les champignons" in Maison-Neuve Larose, "Les contes populaires russes"réunis par Afanassiev
* des betteraves crues : dire de plus en plus rapidement au moins huit fois
"Fruit frais, fruit cuit, fruit cru" ou encore "Bon pain, banc peint, bain plein"
mardi 13 novembre 2007
http://www.henrigougaud.fr/blog/
samedi 10 novembre 2007
Non mais incroyable, hier Terrasseentchatche était au Meltipotes !
Qu'en dire ? Mais que du bien ! Le conte était là entre de bonnes mains, et il est reparti entre de bonnes mains. Qui ont joué le jeu de la toute première fois en public (ah gla gla gla, je m'émeus) :
- l'histoire belge racontée de main de maître par surprise et par l'ami ;
- la randonnée du petit rat blanc qu'était tout beau bien plus beau que tous les autres rats et qui pourtant se noya, oh la là mais à ce rythme-là, c'est qu'elle emballa le public ;
- et la ligne d'horizon dite par la soeur avec tant de nuances -ah virus, virus, contagion du conte- que je ne la dévoilerai pas davantage, pour lui garder son délicieux secret sinon ainsi : vive les radoteuses vieilles et surtout tendez-leur bien, vos oreilles.
jeudi 25 octobre 2007
Pensée du jour : Civilisation du regard : danger ?
Conteurs et lecteurs danger ? Pourquoi pas tous à la langue des signes (je ne plaisante pas)
samedi 15 septembre 2007
C'est à Toulouse, sachez-le braves gens qu'on fait fortune !
D'ailleurs je vous le conte EN VRAI -je déposerai une autre fois la version dite place Sainte Anne à Rennes le jeudi 13 spetembre 2007
Il était une fois, l'était un gars. S'appelait Laurent. C'était il y a longtemps. Aux Bazerques d'Ax. "C'est loin, c'est où ?" Direz-vous ? Sachez que ce n'est pas tout prêt. C'est dans les Pyrénées ariégeoises.
Ce gars il avait un frère. Guillaumet. Moins gentil benêt qu'était le Laurent, à sept ans il avait déjà tout compris. Il savait que c'est à Toulouse qu'on fait fortune. A quatorze ans moins un jour, il y débarque, il y déchante -pas facile même à Toulouse de s'enrichir- il y apprend tous les métiers. Il y est même cuisinier de cassoulet aux cocos de Tarbes et surtout il est si sérieux qu'il plaît au cafetier, qu'il plaît à la fille unique du cafetier, et tant que le voilà bien marié et mieux, fortuné pour de vrai car malheureusement le cafetier disparaît. C'est à Toulouse, sachez-le braves gens, qu'on fait fortune pour de vrai.
Malgré son bonheur, Guillaumet pense parfois au Laurent. Une plume, un encrier, un buvard... il bavasse quelques mots à l'écriture. Il l'invite même. Mais le Laurent, un rien lui suffit : son village, son clocher, sa place, sa barbacane, attention, sa femme la jolie Marie et ses deux enfants. Et pourquoi il quitterait tout ça té ?
Mais les choses sont. Puis elles ne sont plus. Soudain, plus rien que la douleur de la séparation : femme et enfants ont disparu, emportés tous trois par une même et méchante maladie. Le Laurent le voilà seul. Les voisins sont bien gentils. Ils le soutiennent. Mais il est seul tout de même. Et pourquoi pas Toulouse, pour le voir son frère ?
Le Laurent se met en route.
Il n'a aucune idée de la distance entre ses Bazerques et Toulouse. Alors vous comprendrez que passé Ax les Thermes, où parfois il est allée à la foire, il est tout plein empli d'espoir.
A Foix il est tout étonné quand une femme lui apprend que son frère Guillaumet il est peut-être dans un café, comme il le lui a dit, mais pas à Foix, puisque à Foix il n'y a pas de Capitole.
Quand il lui demande "mais alors c'est où Toulouse ?" elle le sent si déconfit -on dit de lui depuis "le déconfit de Foix"- qu'elle lui tape sur l'épaule et ajoute en soulignant ses mots d'un bras bien convaincu
"C'est par là, tout dret !"
Pauvre Laurent, il passe de déconfiture en déconfiture.
Plus loin le voilà à Saverdun. Même réponse ou plus ou moins
"Mon dieu, on n'est pas à Toulouse ici non plus ? Mais où t'es-tu fourré mon frère, au bout du monde je crois moi !"
A Cintegabelle, c'est l'inquiétude
"Encore, on n'est pas à Toulouse, mais mon frère c'est vraiment au bout du monde que tu es allé te fourrer !" se surprend-il à penser à voix haute. Et tant, qu'on parle encore du déconfit de Cintegabelle. Et c'est même la double inquiétude car ses Pyrénées qu'il aime tant, il les voit tant diminuer cette fois qu'elles ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes.
"Ô mes pauvres petites, cette fois ça y est je vous perds !""
Mais au bras, sensiblement mêmement convaincu, il poursuit son chemin "tout dret"
Dès lors, jugez de sa déconvenue quand il apprend "qu'il est seulement à Auterive !" L'interlocuteur le réconforte en lui précisant qu'il a de la chance car Toulouse n'est plus que "qu'à trois pas pour tout dire" et d'ajouter "vous avez fait le plus long !"
Comme il chancelle, il s'appuie sur son bâton de bois. On dirait que celui-ci le redresse et l'incite à reprendre son chemin. Laurent reprend son chemin.
Enfin il entre dans Toulouse. Passé un Pont Neuf qui lui paraît bien vieux il arrive sur une esplanade sur laquelle tout plein de gens se croisent, se recroisent, se décroisent. Il en interpelle un.
"Bonjour Monsieur, vous savez où il est mon frère Guillaume !"
Interloqué -un toulousain un rien l'interloque, mais celui-là il est béatement interloqué : du jamais vu, ni entendu : il reste là bouche ouverte avec le temps de la réaction. Remarquez le toulousain il lui faut un temps de plus que la moyenne des gens d'ailleurs -on appelle ça son quart d'heure. Quand celui-ci sort de son "interloquation" il interroge.. "Et votre frère, qu'est-ce qu'il fait, où il travaille... parce que vous savez, Toulouse c'est une grande ville... d'ailleurs, vous d'où venez-vous ?""Les Bazerques d'Ax ?" répète le toulousain,
"Connais pas, mais ce n'est pas grave. Alors? dites-moi, votre frère, il travaille où ?"
Imaginez le plaisir avec lequel Laurent répond
"il tient le café, au Capitole !"
Le toulousain s'est aussitôt exclamé "Ahh pour le Capitole, je peux vous dire", et il lui dit avec moults mots, virgules et points d'exclamations c'est à dire cons et putains, -cette ponctuation si particulière au parler toulousain- et aussi, bras et mains qui tournicotent. Quelques secondes plus tard le Laurent il traverse la place Esquirol, il descend la célèbre rue Saint Rome en jouant des coudes comme le samedi après midi fait la foule dans la rue Le Bastard à Rennes. Et enfin il découvre la place du Capitole. C'est simple il dit "wouffffffffffffff ! puis il reste muet jambes écartées
devant
le grand espace direct branché sur le beau ciel bleu sans même l'ombre d'une trace de nuage
et le beau bâtiment qui lui fait face : cinquante fenêtres, dix mille cinq cent petits carreaux, mille colonnades, un porche immense et un coq... mais non, là pardonnez-moi, je me trompe de ville, vous n'avez qu'à bien observer la façade.
"Hé bé, dit-il, ce doit être une mairie, on croirait voir la mairie des Bazerques !"
Il s'avance au beau milieu de la place, puis fait face au porche et il est pris d'une telle émotion à se retrouver devant ce capitole dont son frère lui a tant parlé qu'il se réfugie sur un trottoir pour reprendre son souffle. Et c'est là qu'il manque le perdre car soudain une voix lui dit
"Bonjour Laurent comment vas-tu ?"
Laurent est sidéré. Comment se fait-il que qelqu'un le connaisse ici, à Toulouse ?
Il se retourne et se trouve nez à nez avec un bel homme si bien habillé que le notaire d'Ax, à côté, il ne l'est plus.
"Comment donc, mon brave, vous me connaissez ?"
"Et putain con que oui, je vous connais, mon ami, on ne reconnaît plus son frère à présent ?"
Laurent défaille, ses jambes chancellent, il va tomber. Son frère Guillaumet le redresse, passe son bras autour de son cou et commente d'un
"Entre Laurent, ici pas de laissez aller, tu es à Toulouse, allez assieds toi, je te prépare une petite gnole et après on se parle !"
Pour la gnole, ô seigneur qu'elle était bonne
Pour la parole, une vraie tchatche qu'il avait le Guillaumet. Impossible de l'arrêter tout y est passé : le Jean, le Baptiste, le Bois Vinaigre et le Mange Trop ! tout le village en entier, puis il s'est mis à parler de son Toulouse jusqu'à la Catinou "tu sais on dirait qu'elle parle un peu comme chez nous mais c'est pas comme chez nous. Tu verras" Et sur ces mots, soudain il s'arrête de parler.
Laurent, surpris veut comprendre. Il relève la tête. Au regard tête-pied-tête et retour que lui lance sa si magnifique belle soeur que la femme du notaire d'Ax les Thermes à côté elle ne supporte pas la comparaison avec la femme du cafetier, Laurent se lève et prétexte un besoin.
Quand il revient, son frère lui demande de le suivre. La mort dans l'âme, parce que ce n'est pas une idée à lui, il se décide à faire en sorte que son frère ne souhaite pas rester à Toulouse. Les voilà soudain au bout d'un troisième escalier, mais celui-ci tout riquiqui, quasiment une échelle de meunier et bientôt devant une porte qui s'ouvre sur un cagibi si petit qu'ils ne peuvent y tenir à deux.
"Allez, voilà ta chambre mon frère, je te souhaite une excellente nuit" dit Guillaumet et comme il s'apprête à fermer la porte il l'ouvre de nouveau :
"Au fait, ne fais surtout aucun bruit, sinon tu réveillerais la clientèle et elle partirait ! Et pour te lever, attends bien que je revienne frapper à la porte Laurent !" Il l'embrasse et Laurent promet.
Eut-il le temps de se réveiller ? Ce qui est vrai est qu'il se réveilla, sûr de devoir aller aider le Jean à s'occuper de ses chèvres. Quelle surprise, le cagibi était plongé dans l'obscurité la plus noire. Etonné, Laurent se rappelle les paroles de son frère, il va attendre. Il s'allonge et se rendort.
Et ce fut le début d'une nuit étonnante. Où il se réveilla et se rendormit de nombreuses fois. A gémir inhabituellement, à se plaindre, des nuits de Toulouse : il les trouve étrangement longues, jamais il n'a connu des nuits aussi longues. C'est à peine supportable. C'est même insupportable. D'ailleurs, voilà qu'il en a la nausée ; qu'il va en être malade ; qu'il vaut mieux qu'il récite des prières. Et il récite des prières. Et c'est un miracle dans la foulée : lui qui savait bien que sa mère était mécontente de lui car jamais elle n'avait pu les lui apprendre, il se dit que c'est dommage qu'elle ne soit pas là pour les écouter : à l'endroit toutes qu'il les remet ! Mais il se recouche car malgré ses doigts passés sur les murs à la recherche d'un simple instertice, d'une vue sur le monde ou plus simplement sur la lumière du jour, la nuit est toujours totale.
Enfin il se réveille d'un sursaut aux coups frappés par son frère. Il se lève aussitôt et manque se prendre la porte sur le nez.
Guillaumet le salue joyeusement.
Laurent s'exclame "Bonjour Guillaumet, hé bé, comme les nuits sont longues à Toulouse mon frère !"
Guillaumet fait semblant de s'étonner "Comment ça "comme les nuits sont longues à Toulouse" qu'est-ce que tu racontes mon frère ?"
Et Laurent parle " De ma vie je n'ai vécu une nuit aussi longue mon frère, je suis sûr que j'aurais pu m'occuper au moins trois fois des chèvres de Jean ! Quand je lui dirai, il n'en reviendra pas !"
"Comment ça tu lui diras, que nos nuits sont longues, hé bé mais putain con, elles ne sont pas longues frérots les nuits toulousaines, elles sont belles et pleines de plaisir voilà ce qu'elles sont nos nuit de Toulouse ! Allez, termine de te vêtir et suis-moi. Tu vas déjeuner, ... attention mon frère, ici pas de pain aillé ou oignonné sur la tranche, ici du café au lait si tu veux, du thé si tu préfères, une chocolatine, du bon beurre frais, quelques pruneaux d'Agen car on n'est pas chauvin .... voilà comment tu déjeuneras"
Laurent s'habille sans piper mot mais il sait ce qu'il pense, lees nuits sont beaucoup trop longues à Toulouse on finirait par ne plus pouvoir travailler dans cette ville ! il suit son frère, et tant bien que mal il déjeune. Mais quand son frère lui demande de se dépêcher parce qu'il veut lui montrer tout Toulouse, c'est peut-être le trop qui a fait déborder le vase. Le Laurent s'est levé soudainement et il a dit
"Non Guillaumet, je ne visiterai pas tout Toulouse, ni même un tout petit peu. Pas même un petit morceau, tu plaisantes, frangin. Toulouse c'est beaucoup trop pour moi, beaucoup trop de nuit beaucoup trop longues, beaucoup trop de rose, beaucoup trop de Garonne, de Saint-Sernin de Bazacle, Toulouse c'est beaucoup trop même d'accent, j'étais venu te voir Laurent, je t'ai vu, merci, Toulouse au revoir, Bonjour mes Bazerques !"
Et il saisit sa veste et son bâton et il part, et le voilà qui court court court court tant qu'il ne sait plus qu'il traverse la rue Saint Rome, qu'il tourne le dos à la place Esquirol, qu'il passe par dessus le vieux pont que l'on dit Neuf, il fonce. Il ne sait pas qu'il passe devant l'APC mais quand il arrive à Auterive, il sent qu'il serait bienvenue qu'il se repose. A la première auberge il s'arrêt et à l'aubergiste étonné il demande
"Pardonnez-moi, les nuits de Auterive, elles sont aussi longues qu'à Toulouse Madame ?"
A la réponse il dit "alors je ne m'arrête pas" et il fonce à l'extérieur et sur la route il dit
"jamais, non jamais je n'ai vu des nuits aussi longues que les nuits de Toulouse" et ainsi soutenu il arrive à Cintegabelle. Le jovial hôtelier de l'aller semble cette fois avoir perdu la foi. Mais à la question de Laurent il relève la tête et la retrouve "Mais bien sûr qu'elles sont aussi longues les nuits de Toulouse Petit !" Et il éclate de rire, pendant que quelques derniers joueurs de Trompe-Couillon jouant leur dernière partie se joignent à lui.
"Alors je ne reste pas Monsieur Lionel" Et il quitte l'auberge pour entrer dans la nuit qui est tombée entre temps. Dans son silence on perçoit le bruit de la pointe de son bâton. Il marche vite le Laurent car il marmonne toujours "ah ça non, plus jamais les nuits toulousaines, beaucoup beaucoup trop longues les nuits toulou...!"Et on dirait que ça lui donne des ailes
Et c'est si vrai, que le revoilà à Saverdun le Laurent. Il est bien épuisé d'avoir marché et presque couru. Il est fatigué. Il voudrait bien se reposer. Il a de la chance, une seule maison a les fenêtres encore illuminées : c'est une auberge. Il se précipite et interroge le maître des lieux. "Te voilà bien chanceux l'ami : à quatre heures du matin j'allais fermer, et comme il attrape les clefs pour les tendre à Laurent il est ahuri par la question que lui pose celui-ci :
"Attendez, répondez-moi l'Aubergiste, les nuits ici à Saverdun, elles sont aussi longues qu'à Toulouse ?" et l'hôtelier de répondre en souriant "Mais oui mon ami, sauf que celle-là, elle ne va pas tarder à donner sa place au jour !"
Le plaisir qu'il a fait à Laurent. "Merveilleux" dit celui-ci, "je veux bien passer cette nuit dans votre établissement alors cependant si je ne me réveillais pas à huit heures pourriez-vous venir frapper à ma porte !"
Quand au matin l'aubergiste frappa à la porte de Laurent il plongea lui aussi celui-ci dans la stupéfaction
"Mais que se passe-til avec les nuits, alors à Toulouse elles n'en finissent jamais et ici elles sont à peine commencées qu'elles sont déjà terminées ! Allez vite mes Bazerques, que je vous retrouve !"
Et sous les yeux de l'aubergiste Laurent atrappe son merveilleux chapeau de paille souligné de ruban noir, son fidèle bâton de bois et il file, file file, sans voir Foix, sans voir Ax, sans voir autre chose que ce clocher sous lequel se tient le Baptiste qui se demande ce qu'il peut bien marmonner le petit car lui, il est un peu sourd.
Alors moi je vous l'écris.
Il dit, tremblant d'épuisement et pleurant de joie, dans les bras du Baptiste :
"Ah mes Bazerques,
petit rien qui vaut tant... tu vaux mieux que rien !"