samedi 11 juin 2016

Dans la Forêt Bretonne, Loup y es-tu, il y a un coucou, mardi 14 juin

Alors on l'entendra.
On entendra aussi,
quelques courtes histoires d'animaux,
un conte qui montre combien les handicapés sont utiles,
à l'intérieur du conte une vieille chanson au refrain très faria ho,
quelques devinettes et... bonjour l'étang,
comment un seigneur breton met ses trois fils au défi pour l'un d'hériter de ses biens.
Et juste pour la gourmandise, si les oreilles en veulent encore,
"Comment une petite Djakoumba a mangé un lion"
Inclinons-nous devant le courage des Pitchoux.


A bientôt et un seul souhait : pourvu qu'il ne pleuve pas trop au cours de ce week-end 

mardi 10 mai 2016

Bonjour, 
Premier espace de relaxation, celui du conte. Conseil de conteuse : "Laissez-vous aller à une écoute douce, laissez-vous emporter par les images, les sonorités, la musicalité des mots, celle de la voix des conteurs et conteuses. Sélectionnez parmi ces dates ou sélectionnez-les toutes. Les Tisseurs de contes vous proposent
  • Samedi 14 et dimanche 15 mai : 14h30 : "Contes à la Bigoud'n Jongle"

Entre spectacles de feu et jonglerie, venez écouter de fabuleuses histoires au cours d'une convention Circassienne
riche en émotions.
Où ?
Complexe Sportif de Vezin-le-Coquet -
Rue du Stade - 35132 Vezin-le-Coquet - Prix libre.
Plus d'informations : https://bigoudnjongle.wordpress.com/...
  • Samedi 21 mai : 11h00 : "Balade au Jardin" 

Nature, arbres, fleurs d’émerveille en mots dans le jardin inter-générationnel de ST GILLES (35)
Plus d'informations : Mairie de Saint Gilles - gratuit

  • Samedi 21 mai - 14h30 : “Célébrons la nature !”

    Samedi 21 mai - 11h00 : Balade au Jardin L'association Socio Culturelle de SAINT SULPICE LA FORET organise les 20 et 21 mai une grande fête de la nature. Le 21 mai, dès 12h, venez pique-niquer à St Sulpice et ouvrez grand vos oreilles : dès 14h30, les conteurs de La Filois y glisseront de belles et naturelles histoires.
    A St Sulpice La Forêt - gratuit.
    Plus d'informations : ASC de Saint Sulpice La Forêt - asc.sslf.nature@gmail.com

  • Mercredi 25 mai - 19h30 : apéro conté

Chaque dernier mercredi du mois, venez profiter d'un moment conté et convivial à l'heure de l'apéro. Scène ouverte à tous les conteurs - Entrée libre.
Au bar l'Artiste assoiffé : 4, rue Saint Louis - Rennes centre (près de la place St Anne).
Plus d'informations : apclafilois@gmail.com
  • Samedi 28 mai - 20h30 : “Tel est pris qui croyait prendre”

Une fontaine magique, un petit pot de miel, une tortue qui parle, un hérisson courageux, 40 chameaux à vide, une rivière qui se cache, un roi généreux et une déesse susceptible, qui sera pris ? Poussez la porte
Maison du Ronceray : 110 rue de la Poterie à Rennes - Tout public dès 6 ans. 5€/2,5€
Plus d'informations : apclafilois@gmail.com

Consultez notre agenda : ils vous informera d'autres évènements contes : (soirées, ballades contées, stages) proches de Rennes.

vendredi 6 mai 2016

Conte du mensonge le plus doux - 4 - FIN

Par Allah ! Dieu fais que demain ce soit tout pareil de même !"
Le lendemain tout pareil de même, le surlendemain tout pareil de même, le lendemain du surlendemain et d'autres lendemains de même.
Forcément à force d'engloutir du pain, fût-il Matlouh, imbibé de beurre salé, j'ai grossi terriblement. Alors on l'a dit au roi. Alors un jour trois soldats sont arrivés pour m'emmener. Dès que je les ai vus entrer, et pourtant j'étais gros, j'ai filé, filé filé. Ahhhh la liberté ça n'a pas de prix.

Sauf que je suis tombé sur la troupe d'un seul soldat mais qu'il a  si bien su me ceinturer que je me suis retrouvé dans une nouvelle prison.
Je te l'ai dit Sultan, je suis observateur. "Oh pécaïre la chance" comme ils disent du côté du Roussillon, sur le mur il y avait du miel, du bon miel et du beau et du fin et du naturel et en matière de miel Sultan, tu ne dois pas douter de moi, je m'y connais. Dans l'enthousiasme je me mets à genoux et je dis "Par Allah ! Dieu fais que je puisse avoir deux pains ronds et gonflés cette fois !"
Le lendemain Allah ! Dieu ! Tous m'exauçaient. Au matin deux soldats poussaient la porte d'un seul coup de pied portant chacun deux petits pains ronds et gonflés et chauds, chauds comme j'avais demandés.


J'ai fait glisser le premier. Et il s'imbibait alors je me gavais
J'ai fait glisser le second. Il se gavait et je m'imbibais ou l'inverse. Un délice des dieux. Alors il se gavait et moi je m'imbibais ou l'inverse. Et quand j'ai eu fini de me gaver je me suis dis... bon vous savez ce que eme suis dit. Je me le suis dit ce jour, le lendemain de ce jour, le surlendemain, le lendemain du surlendemain, et toujours deux petits pains gavés de miel chaque jour, ça vous perd son homme. Voilà que je grossis, grossis, grossis. Voilà qu'on le répète au Roi et le roi demande à me voir, alors me voilà devant le roi. Il est sur son trône, beau trône et je le salue, tête basse autant que je peux. mais lui il demande à ce qu'on me relève et il me parle 
"Alors dis-moi, tu es un humaine ?"
Je le rassure "Oui mon Roi, je suis un humain !"
"Alors dis-moi, je crois savoir que les humains aiment les maisons, aimes-tu les maisons ?"
Je le rassure "Les humains aiment les maison oui mon Roi, moi j'aimerais bien en avoir une !"
Et bien le roi me rassure "Tu l'as ! Vous l'amènerez dans sa maison" dit-il aux gardes et il continue "Mais dis-moi les humains aiment-ils les jardins"
je le rassure "les humains aiment les jardins et moi je les adore mon Roi !"
Il me rassure "Gardes montrez-lui la maison au jardin !"
Et clac clic clac ça cliquette autour de moi, je suis bien encadré. Et quand ils s'arrêtent je découvre une très belle demeure, et son jardin, vide. On me laisse. Je suis heureux comme un roi. Je viens de trouver au fond de ma poche des graines de pastèque. J'adore la pastèque. Oh cette fraîcheur, oh cette couleur et ces pépins qu'on s'amuse à jeter, j'adore j'adore, je me précipite je sème. Nous sommes au 7ème ciel. Une seule graine donne. Ses tiges envahissent le jardin. Ses tiges fleurissent. Des fleurs par centaines. Mais seule une donne une pastèque. Mais quelle pastèque ! 


Pastèque un peu géante 
Enorme, monstrueuse, il me faut au moins une hache pour l'ouvrir ! A peine ai-je pensé cela que deux soldats arrivent en courant. Je m'écarte prudemment. Ils abattent la hache sur la pastèque, m'attrapent et me fourrant dedans, referment la pastèque sur moi Sultan. Oui, je tremble Sultan, oui Sultan j'ai eu peur, les graines s'entremêlent dans mes cheveux, la chair de la pastèque me dégouline sur mon visage. Même si la pastèque est grosse et grande je n'arrive pas à m'y remuer, je suis un tantinet englué. Et je m'interroge. Que va-t-il m'arriver ? A cet instant précis la pastèque se met à rouler rouler rouler et brutalement, elle s'immobilise. Je m'interroge : que m'attend-il ? A cet instant précis on me lance, moi, ou plutôt la pastèque. Et voilà que je rebondis saute tressaute semble-t-il tout le long d'un escalier et que la descente s'arrête net. Je suis groggy. Que se passe-t-il ? J'entrouvre les yeux : je découvre que je viens de descendre un escalier de nougat truffé de noix et noisettes mêlées de miel. Une oeuvre d'art. Tout interloqué j'entends la voix d'un de tes gardes Sultan. Tête penchée sur moi et moi tête en l'air, il me dit 
"Il me semble que toi, tu pourrais bien aller raconter  "le conte du mensonge le plus doux au Sultan !"
"Et j'aurais quoi ?"
"Tu pourrais obtenir la main de la Princesse future Sultane !"
J'ai fait la moue. J'ai répété "La main de la sultane, pourquoi pas mais raconter le conte du mensonge le plus doux sûrement, allons-y !"
"Suis-moi"
"Et voilà comment je me suis retrouvé devant toi Sultan pour te raconter cette histoire"

Le Sultan était absent. Les yeux au plafond, rien e plus sur que son arrivée  au 7ème ciel. Il souriait comme si de rien n'était, l'air benoit. Quant à la princesse, elle contemplait son père en s'interrogeant  "Quand donc redescendra-t-il mon père, cet apiculteur est très intéressant"
il y a eu un grand silence.
J'allais m'en aller quand le Sultan a claqué des mains dans ses grandes manches. Je me suis retourné : penché en direction des cuisines il interpellait les cuisiniers : "Qu'on prépare le repas de noces !"

7 jours durant de noces. 7 jours de vêtements de princesse. 7 jours de chants. 7 jours de danses du voile. 7 jours de musique. 7 jours de confidences. Puis la 7ème nuit et les 777 desserts au miel. J'étais là, je leur ai laissé la nuit. j'ai choisi mon dessert préféré : le rouleau semoule et miel. 


Quand je l'ai porté à mes lèvres le miel et la semoule se sont déroulés déroulés déroulés si généreusement que j'ai écrit, pour vous lecteurs lectrices ce conte tout sucré. Il ne vous reste plus qu'à y goûter. 
Il ne vous reste plus qu'à y goûter
Mille et un remerciements mielés (Non, pas mielleux, ni nivelés, mielés)

Conte du mensonge le plus Doux - 3

... nous n'avons plus revu l'abeille mais de nuage en nuage nous sommes parvenus au 7ème ciel Sultan
As-tu entendu Sultan ? Le 7 ème ciel. Alors si vous ne connaissez pas le 7ème ciel, je vous le recommande. Tout y arrive. Par exemple, avec mon cheval on s'est promenés, on a observé, on a regardé, goûté, éprouvé. Forcément, tout cela,  ça vous assoiffe, j'ai eu soif. Pas la peine de chercher un robinet, un bar, une fontaine. Sous un grand soleil au 7ème ciel Sultan, tu dis "j'ai soif" l'ombre peut s'emparer de toi. 

Et le temps de m'interroger sur elle j'ai perçu un seau tenu par une main et derrière la main une demoiselle délicate, délicieuse, désirable. Forcément j'ai voulu poser ma main sur la sienne. Là j'ai cru recevoir toute l'eau sur la tête. Une douche au lieu d'un verre, c'est un peu différend. Je me suis dis "calme ton geste". J'ai calmé mon geste et c'est avec douceur que la main a accepté de poser le seau sur le sol. Quand j'ai ôté ma main, la main est restée dans la mienne. Oui oui, Sultan, tu ne rêves pas,  la main s'est détachée de son poignet. Je l'ai observée. J'ai remarqué des points scintillants. J'ai goûté la main. Elle était sucrée. Je l'ai léchée. Soudain plus de main. 

J'ai réfléchi Sultan. Je sais que je ne dois pas réfléchir, mais j'ai réfléchi. C'est ainsi que j'ai touché l'avant-bras. Il est venu dans ma main. Lui aussi portait des petits points scintillants. Je l'ai lêchè. Soudain plus d'avant-bras. Dois-je vous dire que d'avant-bras en bras et cou et corps... j'ai tout léché. Forcément, plus de jolie demoiselle. Et à cet instant précis j'ai entendu un bruit, un cliquetis. J'ai tourné la tête. J'aurais pas dû déguster la jolie personne, à vue d'oeil, sans le capitaine, 2015 soldats sont arrivés si près de moi que j'ai vu que le premier était en chocolat noisette miel. Qu'auriez vous fait, je vous le demande, moi j'adore le chocolat noisette miel,


j'ai cassé cassé cassé tous les morceaux et j'ai goûté léché sucé et tout a fondu. Alors j'ai continué. Le deuxième, le dixième, le quatre-vingt dixième. Jusqu'au capitaine. Un vrai régal.

Soudain j'entends un bruit Sultan un cliquetis métallique,
un cliquetis métallique
je pense à des étincelles. J'ai tourné la tête sur la droite. J'aurais peut-être pas dû manger tout le régiment Sultan. Un autre  vient et je vois bien que je ne lui échapperai pas. Me voilà saisi et clac clac et reclac  enfermé dans une prison.

Je suis observateur Sultan. J'ai tout de suite vu Sultan, les quatre murs... ils étaient recouverts du meilleur beurre salé au sel de Guérande et je m'y connais Sultan en sel de Guérande, le meilleur sel au monde ! Enfin pour moi. Aussitôt j'ai pensé "ah si l'on m'amenait un petit pain double chaud et sucré de Monsieur Larroque le boulanger de la place des corbières... histoire de mêler les origines. Un rêve quoi ! Pas tant que ça. Le lendemain matin deux soldats poussent la porte et je remarque aussitôt que chacun d'eux tient un petit pain rond et plat et chaud. Misère... deux vrais Mathlouf !

Je n'en crois pas mes yeux. Aussitôt j'en prends un et je le glisse sur le mur et le pain se gave de beurre salé et moi je m'imbibe de pain gavé au beurre salé ou peut-être l'inverse. C'est bon, d'une façon ou d'une autre bon c'est si bon que voilà le pain avalé. Et que je me précipite sur le second Mathlouf et le fais glisser le long du mur. Hum Dieu que c'est bon dieu que c'est bon et je prie "Par Allah ! Dieu fais que demain ce soit tout pareil de même"  (à suivre)

Pub pour Lania conteuse à venir et immédiatement, 4 jours de week end. C'est l'Ascension. 4 jours de pont, c'est bon !

Un pont nécessaire
un pont qui en quatre façons de penser
porte à réflexion
"C'est impossible" dit la Fierté
"C'est risqué" dit l'Expérience
"C'est sans issue" dit la Raison



"Essayons" murmure le Coeur


William Arthur Ward

Bonjour
Un peu de publicité

1 - Vous pourrez retrouver Lania, en compagnie d'autres conteurs, 
le samedi 14 Mai à Bruz, 
dès 15 h, sur le site du du festival 
Pour en savoir davantage YaKaKliKer sur le lien suivant sur le site du festival de la jonglerie, 
Sachez-le l'ambiance est conviviale et vous pouvez tout essayer. (Plusieurs tarifs d'entrée dont celui-ci : la journée 5 €)

Alors...  pour entendre parler de jongleur, enfer et paradis entre autres mots et maux mouvementés, rythmés, colorés, créatifs, groupés, solistés, toujours dynamités, ... et avoir le plaisir de vous croiser... 
à bientôt et surtout n'oubliez pas
RENDEZ-VOULZY
HEU PARDON, RENDEZ-VOUS-Y.


2 - Vous pourrez me retrouver en compagnie de deux autres collègues conteuses sur le site 
dans le cadre de 
la Fête de la nature 2016.

Alors pour en savoir davantage YaKaKliKeR.... en arrière.

mardi 26 avril 2016

Conte du Mensonge le plus doux -2-

... Ma dernière abeille, elle m'a échappé

Je me dis
« Ta dernière abeille qui s’échappe c’est une catastrophe,  plus jamais tu n'auras le même miel » 
Cette certitude m’effraie Sultan. Je vais lutter. Je cherche à l’attraper. Je tends les bras, haut levés, rien à faire, elle s’éloigne, je la poursuis, je tends les bras encore,  je m’élève sur la pointe des pieds, je me rassure, cette fois je vais l’attraper, que nenni, elle m’échappe encore ; il y a  un muret, je saute sur le muret, je suis sûr de moi, c'est "équationnel" : bras tendus + hauteur de muret =   impossible de ne pas la saisir. Impossible, impossible, rien n'est impossible, elle m’échappe encore ; cette fois je suis dépité  : c’est elle qui signe le summum de mon miel. J’en pleure,... quand soudain j’entends une voix 
« Monte sur mon dos » 
Qui a dit ça ? Personne à droite personne à gauche personne devant. Et derrière ? Je me retourne et je vois qui Sultan ? Ne répond pas, tu n’étais pas là ! Je vois mon cheval et je l’entends

c’est moi qui t’ai parlé, monte sur mon dos on va attraper ton abeille, allez monte sur mon dos

je n’avais jamais entendu parler mon cheval
je me suis dit « si ton cheval te parle tu dois écouter ton cheval» J’ai sauté sur le dos de mon cheval et il s’est élevé dans le ciel. Sans même avoir d'aile !

Bientôt il m’interpelle « ça y est, je la vois, tu la vois toi ton abeille" Je ne voyais rien "Elle est là-bas, elle entre dans le nuage »
Mon cheval se précipite pour entrer dans le nuage à son tour. Mais quand nous y entrons, cette fois je la vois mon abeille, elle en sort ! 
Je suis dépité.
« T’inquiète, je la poursuis » dit mon cheval et il s’élève encore plus haut.
« ça y est, je la vois, tu la vois toi ton abeille là-bas, elle entre dans le nuage »
mais quand il entre dans le nuage, quand j'aperçois mon abeille, elle en sort ! 
Je suis plus que dépité.
« Tu vas voir, Je vais l’avoir je vais l’avoir ! » 

Moi, ses « Tu vas voir, Je vais l’avoir je vais l’avoir ! » me désespèrent. Ils vont pourtant m’apprendre que, nul besoin de se désespérer. Certes l’abeille ne cesse pas de disparaître et nous ne l’avons pas revue mais... 
2 vers 3, à suivre

Le conte du Mensonge le plus doux -I-

Texte maghrébin d'origine, je vous propose 
« Le conte du mensonge le plus doux » - Ier 

Il était une fois
un ciel pur azur,
des déserts sable rose, des dromadaires ondulants, des hommes  en turbans, des tentes blanches, une oasis rassurante, son puits, ses hauts palmiers, du vent, du vert, les murmures de l’eau dans les rigoles, les cultures rafraichies, les maisons blanches aux toits en terrasses, le palais à l’écart, son immense porte de bois rouge, trois tourelles crénelées, des murs comme brodées à même la terre ocre orangée, ocre jaune, ocre mandarine, 
et le sultan…
qui n’en revient pas……
Il vient de croiser sa fille. Elle n’est plus sa fille, elle est une jeune femme, elle pourrait porter le henné du mariage, d’ailleurs les hommes la regardent, ils ne la quittent pas des yeux.

L’évidence s’impose. 
Il est temps pour lui de penser à la marier. Mais à quel homme donner cette fille merveilleuse ? 
Qui saura l’aimer comme elle doit être aimée ? 
La question est d’importance. Une main sur le turban bleu le sultan réfléchit. Soudain, fontaine à sa droite et jet à l’assaut du ciel qui s’y reflète irisant l’eau claire,  l’évidence lui saute aux yeux :  cet homme, qui épousera sa fille, ne peut être qu’un homme de belle parole, un homme seul capable de lui dire le conte du mensonge le plus doux ! D’un pas décidé le sultan retourne sur ses pas, entre dans la grande salle du palais. Annonce la nouvelle à son vizir, qui s’y tient.

Le message passe. Le Grand Vizir a entendu. 
Le plus grand nombre de serviteurs reçoit l’ordre de se rendre de Casablanca à Taraouit  par 
Fés 
Marakech 
Agadir Meknés 
El Jadida 
Essaouira et la consigne est donnée de n'oublier aucun des plus humbles hameaux minuscule serait-il, pas plus que l’ultime précision et non des moindres : « Celui qui ne saura pas dire le conte du mensonge le plus doux se verra, par le sabre, la gorge tranchée »


Soit les hommes n’entendent pas, soit les hommes n’ont aucun doute. 
Devant la haute et impressionnante casbahs, les files ne cessent de s’allonger. Les hommes viennent en nombre : Jeunes ou vieux, grands ou petits, maigres ou replets, bavards ou muets, tous semblent persuadés que la parole est facile et dire le conte du mensonge le plus doux quasi un enfantillage.

Il y a des tentures sur les murs de la grande salle, des voilages légers devant les moucharabiés, des tapis et des coussins somptueux sur le sol, des bougies plus encore et des sofas sur lesquels ont pris place le sultan, la sultane, Amina la prunelle de leurs yeux, leur famille, le vizir et la famille du vizir et d’autres personnages renommés. Les flammes  projettent des tremblements ombrés sur les murs. Sur les tables, des encens à l’ambre et à la rose s’effilochent langoureusement.  0n chuchote ici, on parle par là. Soudain le silence s’impose. Le premier candidat au mensonge le plus doux se présente.

Il salue il se lance, il plonge  toutes les oreilles dans un rêve éveillé quand soudain il étonne. Que dit-il ? Le sultan lève le regard, se tourne vers son vizir et d’un geste lent, d’un revers de main, il souligne son menton. Le vizir fait un geste rapide. Quatre gardes enturbannés, larges pantalons sarouels, sabre à la taille, saisissent l’homme. Et le lendemain dès l’aube sur une place aujourd’hui encore célèbre, une tête roule, roule, roule. Comment pouvait-il en être autrement quand l’histoire parlait d’une princesse qui voulait tuer son père et prendre son pouvoir !

Dire le conte du mensonge le plus doux n’est pas une entreprise facile. Du second au troisième conteur, du troisième au treizième conteur, les gardes ne manquent pas de travail. Au  soixante troisième, à un moment donné le sultan crispe les sourcils, fronce le front, se tourne vers le vizir et fait le terrible geste. Le conteur n’a pas le temps de comprendre, les gardes emmènent l’homme et le lendemain sur la célèbre place encore aujourd’hui la soixante-treizième tête roule roue roule et ne roule plus. 

Parole tranchée, soixante treize têtes coupées, tombées, ont-elles parlé entre elles ? Plus aucun candidat à la main de la princesse ne se présente pour dire le conte du mensonge le plus doux. Le sultan, Fathia sa femme, Amina sa très chère fille, le vizir, la famille du vizir,  s’ennuient le soir. Amina, future sultane rêve : le premier conteur, il était pas mal, et son histoire, elle méritait d’attendre la fin ; comment se terminait-elle ? et l’histoire du troisième conteur et celle du quinzième, et du soixante-treizième… un soir alors que la belle Amina se demande si un nouveau conteur aura le courage de se présenter, un bruit résonne dans le couloir. Toutes les têtes se tournent dans la même direction. Avant même que le sultan fronce les sourcils, veuille vouloir lever la main le nouveau venu se met à parler.



« Sultan, je te le demande, ne fronce pas les sourcil. J’en conviens, je suis mal habillé ; d’accord je ressemble à un mendiant ; cependant  sache qui je suis 
Je suis apiculteur,
j’ai 4 000 ruches ; à l’intérieur de chacune d’elles 80 000 abeilles et 2000 bourdons, autant dire…. je te laisse compter Sultan beaucoup beaucoup d’abeilles 
Et je les remercie Sultan, toutes et tous les jours tant leur miel est plus que miel ; tant ce miel est supérieur à tout autre miel dans le monde ; et en miel Sultan je suis un connaisseur. A ce point je me dois de remercier mes abeilles : écoute bien Sultan et surtout crois-moi : chaque soir, une à une,  je rentre mes abeilles à la main. Jusqu’ici tout s’est très bien passé. Mais hier Sultan, il s’est passé une chose incroyable et si incroyable que je me suis dit « il faut que tu racontes ce qui t’es arrivé au Sultan ! Et là devant toi, laisse-moi te raconter. Je m’y mets. Ecoute», 

Sans attendre davantage la réaction du Sultan l’apiculteur poursuit


Hier au soir Sultan, j’ai rentré toutes mes abeilles, une à une, dans mes quarante ruches. Mais quand j’ai voulu attraper la dernière abeille… elle m’a échappé.... (à suivre)