vendredi 25 juillet 2014

Voyage avec Monsieur Monsieur - Jean Tardieu - Vendredi 25 juillet 2014

Avec Monsieur Monsieur 
je m’en vais en voyage.
Bien qu’ils n’existent pas
je porte leurs bagages.
Je suis seul et ils sont deux.
Lorsque le train démarre
je vois sur leur visage
la satisfaction
de rester immobiles
quand tout fuit autour d’eux.
Comme ils sont face à face
chacun a ses raisons.
L’un dit : les choses viennent
et l’autre : elles s’en vont.
Quand le train les dépasse
est-ce que les maisons
subsistent ou s’effacent ?
moi je dis qu’après nous
ne reste rien du tout.
Voyez comme vous êtes !
lui répond le premier,
pour vous rien ne s’arrête
moi je vois l’horizon
de champs et de villages
longuement persister.
Nous sommes le passage
nous sommes la fumée ...
C’est ainsi qu’ils devisent
et la discussion
devient si difficile
qu’ils perdent la raison.
Alors le train s’arrête
avec le paysage
alors tout se confond.
  • Jean TARDIEU, « Voyage avec Monsieur Monsieur », Le Fleuve caché,

Monsieur c'était l'espace et l'espace se meurt

Monsieur interroge Monsieur 
Monsieur pardonnez-moi 
de vous importuner 
quel bizarre chapeau 
vous avez sur la tête ! 


-Monsieur vous vous trompez 
car je n'ai plus de tête 
comment voulez-vous donc 
que je porte un chapeau ! 

-Et quel est cet habit 
dont vous êtes vêtu ? 


-Monsieur je le regrette 
mais je n'ai plus de corps 
et n'ayant plus de corps 
je ne mets plus d'habit 

-Pourtant lorsque je parle 
Monsieur vous répondez 
et cela m'encourage 
à vous interroger : 
Monsieur quels sont ces gens 
que je vois rassemblés 
et qui semble attendre 
avant de s'avancer ? 


-Monsieur ce sont des arbres 
dans une plaine immense 
Ils ne peuvent bouger 
car ils sont attachés 

Monsieur Monsieur Monsieur 
au-dessus de nos têtes 
Quels sont ces yeux nombreux 
qui dans la nuit regardent ? 


-Monsieur ce sont des astres 
Ils tournent sur eux-même 
et ne regarde rien 

-Monsieur quels sont ces cris 
quelque part on dirait 
on dirait que l'on rit 
on dirait que l'on pleure 
on dirait que l'on souffre ? 


-Monsieur ce sont les dents 
les dents de l'océan 
qui mordent les rochers 
sans avoir soif ni faim 
et sans férocité 

-Monsieur quels sont ces actes 
ces mouvements de feux 
ces déplacements d'air 
ces déplacements d'astres 
roulements de tambour 
roulements de tonnerre 
on dirait des armées 
qui partent pour la guerre 
sans avoir d'ennemi ? 

-Monsieur c'est la matière 
qui s'enfante elle-même 
et se fait des enfants 
pour se faire la guerre 

-Monsieur soudain ceci 
soudain ceci m'étonne 
Il n'y a plus personne 
pourtant moi je vous parle 
et vous vous m'entendez 
puisque vous répondez ! 


-Monsieur ce sont les choses 
qui ne voient ni entendent 
mais qui voudraient entendre 
et qui voudraient parler 

-Monsieur à travers tout 
quelles sont ces images 
tantôt en liberté 
et tantôt enfermées 
Cette énorme pensée 
Où des figure passent 
Où brillent des couleurs ? 

-Monsieur c'était l'espace 
et l'espace 
se meurt 


Tardieu Jean 

Comment ça va sur la Terre - Jean Tardieu



Comment ça va ?

Comment ça va sur la Terre ?

- ça va ça va ça va bien.

Les petits chiens sont-ils prospères ?

 - Mon Dieu oui, merci bien.

Et les nuages ?

- ça flotte

Et les volcans ?

- ça mijote

Et les fleuves ?

- ça s'écoule.

Et le temps ?

- ça se déroule.

Et votre âme ?

- elle est malade.
Le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade.

Jean Tardieu, Monsieur, Monsieur.

"Et puis ils s'en vont en vacances"....

Et puis ils s'en vont en vacances.

- Où ça ?

Un peu partout où ça leur chante.
Un peu partout où ça leur plaît.

Et même une fois ils sont allés passer leurs vacances au bord de la terre.
mais ils ne sont pas restés longtemps.

- ça ne leur a pas plu ?

Si, ils aimaient bien
les fleurs les couleurs
de la mer
et le chant
des oiseaux et celui des enfants.

C'était nouveau pour eux.
Ils étaient très contents.

Pourquoi sont-ils partis ?
A cause du bruit.

Quel bruit ?

Le bruit des machines à faire les ruines
des machines à faire la guerre
des machines à faire tuer les enfants
de la terre.

Et Michel Morin s'endormait
en répétant doucement

Ils ont chanté en s'en allant :
C'est bien joli mais nous partons.
Quand ce sera la nouvelle terre
nous reviendrons

Jacques Prévert. Illustrations Jacqueline Duhême. Editions G.P. Paris 6ème. 1974 année de naissance de Guillaume.

lundi 21 juillet 2014

La fête médiévale des remparts de Dinan et si contait. Un fameux non anniversaire.

C'est vrai ça et si on contait ? L'idée trottinait, faisait son chemin. Mais la fraîcheur s'installait, direction le quai pour retrouver la petite laine. Cependant, en descendant la rue qui montait, l'idée nous est venue de nous arrête à la crêperie du Gouverneur.  Puisqu'elle nous était venue, nous lui avons obéi.
La salle est impressionnante, le manteau de la cheminée aussi. La carte est simple. Tout va bien. Et bien mieux, lorsque la charmante serveuse intervertit nos assiettes avec celles de la tablée voisine. J'en ris encore de me rappeler la tête d'Annie voyant son assiette lui passer sous le nez. La charmante serveuse la réconforte en lui précisant avec un joli sourire  "que le cuisinier mijote nos petits pois" et elle dépose nos assiettes sur la table des convives anglais.  La certitude contenue dans sa réponse "Mais il n'y a pas de petits pois dans nos complètes !" révèle son erreur à la jeune serveuse. C'est au tour des anglais de faire une drôle de tête en voyant leurs assiettes quitter leur table et arriver sur la nôtre. 
J'en ris de nouveau. 
La charmante serveuse peinée par sa méprise ne cesse de s'excuser. 

Je me rappelle tenir dans mon sac une bougie feu d'artifice. Je me dis que ça peut donner de la fantaisie dans ce moment difficile pour la charmante serveuse. Pas si simple à faire avec un briquet mais le voisin de la table d'à côté s'en mêle et y parvient parfaitement au moment même où les vraies assiettes sont présentées à la table de nos voisins anglais. La bougie est plantée au milieu de l'une d'elles et disperse sa lumière étincelante. Tout le monde sourit. Et dans la foulée quelqu'un entame un "Joyeux anniversaire"  : quoi de mieux pour la tablée anglaise que de penser à Lewis Carroll en fêtant un joyeux non anniversaire ! Nous sommes mortes de rire. Le calme revient. Et l'idée aussi : et si on contait ? L'air de rien j'invite Annie à me suivre sur Petit bonhomme, petit vieux, viens t'en vite viens t'en voir marron qui veut devenir myrtille, je sais le breton ! Quel breton, breton de pierre ! Quelle pierre ? Pierre à tique !
Inspirée, Annie invente puisqu'elle ne connaît pas et c'est moi, -Krystin au secours- qui ne trouve pas la parade une fois l'enchaînement déconstruit... alors Annie se lance, se lève et courageusement entre en conte dans l'histoire "Du champ des Korrigans" 
qui veulent aider Jean le paysan. 


"Qu'est-ce que tu fais" dit à jean un drôle de petit homme bizarrement habillé et sortit de nulle part


Et c'est ainsi qu'apparut, dans ce lieu....
Génial. Plus personne ne parle, tout le monde écoute, subitement soulagé que nous ne nous disputions pas. Ce que tout le monde croyait. Quand elle termine, c'est l'engouement. Les applaudissements sont très nourris.


Et chacun repart à sa dégustation. Notre voisin anglais se penche vers Annie. Pour lui apprendre que si son français ne lui a pas permis de comprendre l'histoire,  il a beaucoup apprécié ses gestes, ses rythmes et ses intonations.

Nous sommes plutôt contentes mais le si on contait nous reprend et le temps que tous et toutes avancent dans leur repas, je remets bientôt Annie dans la connivence du Petit bonhomme petit vieux viens t'en vite, viens t'en voir marron qui devient myrtille, 
Je sais le Breton ! quel Breton ?
Breton de pierre ! Quelle pierre ?
pierre à tique ! quelle tique ?
tique de pin ! quel pin ?
pin de charbon ! quel charbon ? 
charbon d'écuelle ! quelle écuelle ?
écuelle de terre ! quelle terre ?
terre jaune ! quel jaune ?
jaune d'oeuf ! quel oeuf ?
oeuf de poule ! quelle poule ?
poulette blanche avec une crête comme une toque sur la tête le conte part maintenant à mon tour de me lever et d'entrer en conte dans la forêt de Brocéliande, puisque La couturière de l'échoppe de Scapi, si agréable avec son accent des Causses, nous en a demandé l'existence et le chemin dans l'après-midi même.

Le roi Harder est avant tout un avare. 
Un couloir trop froid, une chambre immense, une cheminée inutile , la reine Guénola par un terrible hiver tombe malade.

Lania dans un exercice herculéen. J'avoue ne pas me souvenir des mots que soulignait ce geste
La même attention est donnée à ce conte qui touche tout le monde. 
Je vais en finir avec tout ce fatras que je viens dire 
Petit bonhomme, petit vieux viens t'en vite, viens t'en voir marron qui devient myrtille, 
Je sais le Breton ! quel Breton ?
Breton de pierre ! Quelle pierre ?
pierre à tique ! quelle tique ?
tique de pin ! quel pin ?
pin de charbon ! quel charbon ? 
charbon d'écuelle ! quelle écuelle ?
écuelle de terre ! quelle terre ?
terre jaune ! quel jaune ?
jaune d'oeuf ! quel oeuf ?
oeuf de poule ! quelle poule ?
poulette blanche avec une crête comme une toque sur la tête le conte est fini maintenant
Les applaudissements nourris tombent. D'une autre table voisine, voilà qu'on nous offre nos boissons. Nous sommes ravies.
Le plaisir se lit sur le visage de notre charmante serveuse. Tout le monde nous remercie avec chaleur. Le "Si on contait" a bien fonctionné. Qui plus est, le conte amenant à l'échange et au partage,  voilà que la personne qui nous offre nos boissons nous invite à nous pencher sur une particularité qui existe du côté du 56 et dont nous n'avons jamais entendu parler. Chut chut chut nous n'ébruiterons rien. Nous nous mettrons à nos claviers et nos recherches bientôt, sous peu, rapidement en texte se concluront.  
Quoique. Le conte demande du temps au temps. 
Quant à nos hôtes de la Crêperie du Gouverneur, qui nous ont laissé faire, nos vifs remerciements et peut-être des à revoir qui ne seront pas des au revoir. A bientôt.
A tous, à bientôt sur les chemins du conte.
Au fait, j'ai promis à la tablée anglaise de traduire dans leur langue les deux histoires dites ? Quelqu'un m'y aiderait-il ?

"La fête médiévale des remparts de Dinan" ce dimanche 20 juillet et pourquoi pas ?

"Dring dring Coucou Lania, "La Fête des Remparts de Dinan" cela te dirait-il ?"
Inattendue proposition. Que pensez-vous que j'ai répondu ? Oui, bien sûr ! "Bonne idée, la fête médiévale des remparts de Dinan il y a longtemps que je n'y suis pas allée, je t'attends"
Et nous voilà parties. Et nous voilà arrivant. Direction le parking. Quelqu'un de généreux a la bonne idée de quitter les lieux. Nous sommes à trois pas de la rue qui n'en finit pas de monter -pour ceux qui connaissent Dinan. 
Et d'admirer le pavage le long du quai. 
Et de monter en constatant que Dinan est l'égale de Babel : de tout côtés, langues étrangères. Soleil en sus comme souvent. Qu'on se le dise. il ne pleut pas souvent sur Dinan surtout pur la Fête médiévale des remparts.
Les échoppes se succèdent. Celle de Capucine, illustratrice entre autres, de livres de contes. Le mot est lancé.
L'échoppe Emergences, celle du peintre-sculpteur que vous pouvez découvrir sur Jacques Degan, avec lequel nous avons eu une conversation très intéressante, à propos du chemin artistique, du blanc et du noir, du vide et du plein à faire penser à François Cheng Vide et plein, et l'ensemble à faire me faire penser à Charles de Gaulle écrivant "La durée est une nécessité d'accomplissement" ou encore celle de Gérard Macé in "la Nef des Fous" : 
"L'inspiration est une improvisation à la manière d'un souffle"
 Plus que la coiffure d'un bouffon, 
plutôt un air de statue de la liberté !
 Cékoissa ? Ne serait-ce pas un célèbre doudou ?
 Transparence ensoleillée
Lania
 A propos de souffle, il s'agit dans la montée de ne pas le perdre. Les admirables fenêtres fleuries nous permettent d'y arriver, sous le fallacieux prétexte de les admirer.  Ainsi les roses trémières et bien d'autres. 
Pendant que nous gravissons, d'autres descendent, nombreux en costume d'époque. 
Enfin, nous pénétrons dans Dinan la belle. Nous sommes au coude à coude ; croisons forgerons, soldats, manants et manantes avec leurs charrettes et parfois leurs cochons roses et noirs ; rencontrons  belles dames et damoiseaux, chevaliers ; chanteurs et chanteuses et chansons grivoises, en sus distributions de baisers s'il vous plaît ; nous intéressons aux vêtements du Moyen-Âge ; rêvons sur les coiffures,, chausses et  larges ceintures de cuir ; apprenons à faire la différence entre les différentes de montage de manche ; les différents tissus : lin, chanvre -ai-je bien écrit chanvre ?- soie et justement si ceux-là vous disent, sur commande, artisan costumier historique.
 non ce n'est pas le monsieur inconnu le plus important. C'est la belle qui soudain a posé.
 Arthur et la belle Guenièvre ?
 Tiens je n'avais pas vu qu'ils s'embrassaient. Qu'en pense-t-il celui-ci, qui traversait la foule le pas lent et indifférent ?
Le roi Hardor et sa reine Guénola incognito, hors de leur château brocéliandais.


Un instrument que je ne peux pas nommer mais un beau moment d'écoute et un regret celui de ne pas m'avoir obéi et achetant son CD


Le roi Arthur et sa reine la jolie Guenièvre





Les plus drôles, vêtus comme des gros bébés, et à chanter des chants marins !

Suivre tout ce beau monde a pris du temps. Il a passé comme si de rien n'était, si bien que nous avons eu faim. La crêperie du Gouverneur fut la bienvenue. Histoire... à suivre.


mardi 15 juillet 2014

Meuh Vache à l'oreille rouge, comptine pour les moins de trois ans.

Il était une fois
"La vache à l'oreille rouge" est une comptine identifiée région Bretagne
Je l'ai rencontrée sur un vieux livre de chansons, Breton. Avec sa partition.
Les livres ont leur vie à l'intérieur de mon domicile. Pour l'instant je ne remets pas la main dessus et ne peux donc pas faire une photo pour la déposer ici. 
Cependant, et curieusement, voici un lien, bordelais, pour vous permettre d'identifier même un second couplet, qui bien entendu peut se tripler et davantage.

Vache vache à l'oreille rouge
ta rouge oreille je la tiens
vache vache à l'oreille rouge
je bois ton lait le matin

vache vache à la p'tite main rouge
ta p'tite main rouge je la lève
vache vache à la p'tite main rouge
je bois ton lait le matin

Vache vache au petit nez rouge
ton p'tit nez rouge je le tiens
vache vache au p'tit nez rouge
je bois ton lait le matin

Vache vache au p'tit soulier rouge
ton sabot rouge je le montre
vache vache au p'tit soulier rouge
je bois ton lait le matin

Vache vache au p'tit balai rouge
ton p'tit balai rouge je le tourne
vache vache au p'tit balai rouge
je bois ton lait le matin. 

Alors meuh toute, allez-y dites ou faites dire et chanter la  vache à l'oreille rouge
Tiens, on m'appelle, excusez-moi je vous quitte. 

Que dis-tu Lassoury ?
Que c'est fini ?
Ah bon, et bien d'accord, c'est fini, au revoir p'tite Lassoury, à bientôt.