La ville était prise
Il n'y avait plus dans la maison
(un 2 pièces
rue de Tréguier à Lannion)
ni pain ni lumière
nous nous étions habitués aux collines mouvantes de la pluie
sur la vitre aux tanks dans la rue aux cirés verts des soldats
à leur casque funèbre
et nos jeux continuaient mais ce n'étaient plus
tout à fait les mêmes ainsi
nous n'osions plus courir aussi vite en allant chercher l'eau
à la fontaine de Keravily ni crier aussi fort en dévalant
les marches et nous
connaissions un mot nouveau
défaite
Ce jour-là de ma vie c'était le soir je venais du jardin
je me souviens que j'allais à ta recherche (c'était le soir
et l'ombre s'étendait)
lorsque je t'ai trouvée
tu étais assise auprès du soldat
vous étiez
assis tous les deux
dans la pénombre côte à côte et tu chantais
l'Internationale
tu chantais à vois basse le soldat te tenait la main et chantait avec toi
en allemand à voix encore plus basse
(encore plus basse)
et je me souviens que je n'osais rien dire ni bouger car
je n'avais encore jamais vu un homme pleurer en chantant
j'ai salué depuis la mémoire de ceux des nôtres
qui tombèrent en ce temps-là
j'ai salué ceux qui ont survécu aux luttes de ce temps-là et
m'ont enseigné
aujourd'hui je te salue
toi
pour la leçon que je reçus
ce jour-là de ma vie.
Gérard Premel (2009)
jeudi 3 décembre 2015
Quand Mort passa par l'Ile de Cuba - (traduction de Lania)
Il était une fois Mort passa par l’île de Cuba.
Elle s’est présentée dans un village cubain. Incognito. Comment reconnaître Mort alors qu’elle porte une tresse noire toute emmêlée sous un large chapeau de feutre. Comment reconnaître Mort alors qu’elle se tient debout mine de rien cachant sa main cireuse dans la poche droite de son pantalon ! Comme quiconque, comme vous, comme moi nous pourrions le faire !
Quand elle a demandé, « Peut-on me dire où se trouve Madame Francisca en cet instant ? »
Tobi Ramos était là. Il a levé le bras et il a répondu
« Vous la trouverez par là ! »
en montrant un chemin qui partait sur la droite en s'éloignant des marais de Zapata.
Mort s’est mise en marche. Elle a jeté un rapide regard sur sa montre. Il était 7 heure du matin.
Tout en marchant, elle marmonnait « Nous avons rendez-vous à 13 h 15. Je n’ai pas rendez-vous avec une autre âme aujourd'hui, moindre mal, je ne me fatiguerai pas beaucoup, la routine quoi ! » Et ses lèvres ont esquissé un léger sourire. Mort était quasi heureuse. Quand elle est arrivée devant la maison de Francisca, sa nièce Panchita était devant la porte rouge. Sans se présenter, Mort a demandé sur un ton mielleux
« Bonjour petite,
Est-ce que ta grand-mère est là ? »
Panchita a répondu
« Non Madame, elle est partie dès l’aube »
"Et quand reviendra-t-elle ?"
Cette fois c’est la mère de Panchita qui est apparue en entendant l’inconnue. Elle a répondu
« Qui peut savoir !
Tout dépend de ce qu’elle doit faire dans les champs ! »
« Il fait très chaud »
dit La mort,
« est-ce que je peux l’attendre ici ? »
« Bien sûr, installez-vous,
mais elle pourrait bien ne pas revenir avant le crépuscule ! »
Mort réfléchissait « je dois reprendre le train à 17 h je pense qu’il vaut mieux que j’aille à la rencontre de Francisca plutôt que de l’attendre » Elle a demandé.
« Où puis-je, rencontrer Francisca maintenant ? »
« Elle est partie avant l’aube.
Elle doit travailler dans un champ.
Elle a dû le préparer et maintenant
elle doit l’ensemencer en graines de maïs je pense ! »
L’ultime départ de Francisca était prévu aux alentours de une heure et quart
Mort se rassure : elle peut encore aller à la rencontre de Francisca.
Elle remercie Panchita et sa mère un peu froidement il faut le dire, et elle reprend sa route. Mais tout en marchant elle prend conscience que de champ en champ, tous les champs sont vides, personne n’y travaille, aucune âme à conquérir.
Mort est en colère. Elle marmonne
« Vieille errante où es-tu passée ? »
Elle envoie un crachat au sol et elle continue de marcher, de marcher de marcher sur le sentier. Enfin, elle croise quelqu’un.
« Bonjour, j’ai rendez-vous avec Francisca,
savez-vous où je peux la trouver ? »
« Francisca ?»
l’étranger a relevé la tête. Le soleil déposait des taches d’or sur la peau de son visage, à travers les trous de son chapeau de paille.
« Il y a une demi-heure, Francisca était à la maison des Noriegas. Leur fils est malade, elle est allé le soigner ! »
"Merci beaucoup, j’y vais"
Mort s’est remise à marcher à marcher. Elle pressait le pas et elle marmonnait « Sacrée fugitive, j’vais te rattraper,
je vais te rattraper Francisca,
ton heure est arrivée, ton heure est arrivée ! »
Mais le chemin n’était pas facile, Mort s’y tordait les chevilles et comme il montait raide, elle y perdait le souffle.
En arrivant à la maison des Noriegas, elle en pleurait de douleur.
En arrivant à la maison des Noriegas, elle en pleurait de douleur.
Quand la porte s’est ouverte Mort a salué
« Bonjour, j’ai rendez-vous avec Francisca,
appelez-la, s’il vous plaît,
dites-lui qu’elle a rendez-vous avec moi ! »
« Francisca ? Mais Francisca est déjà repartie ! »
a répondu la mère de l’enfant malade
- Non, Elle est simplement venue pour soigner notre fils; ça se voit que vous ne connaissez pas Francisca
- Prouvez-le, parlez-moi d’elle ! La mère Noriegas qui est cette femme qu’elle n’a jamais vue.
elle est ridée et elle a déjà 70 ans !
- Pouvez-vous la décrire un peu plus ?
presque plus une seule dent,….
et le nez pointu
- D’accord mais vous ne dites rien à propos de ses yeux ?
ses yeux sont vides,
sans lumière, éteints par les ans.
- Alors là je suis sûre que vous ne connaissez pas Francisca, c’est sûr. Tout ce que vous avez dit est vrai. Son regard n’a rien d’éteint, il est lumineux au contraire. Celle que vous cherchez n’est pas Francisca ! Francisca est à la pâture, elle coupe l’herbe
Mort s’est indignée, vexée, et elle est repartie. Elle a marché, marché.
Mort répétait en marmonnant "Francisca, elle est à la pâture, elle coupe l’herbe ! Ah ah ah Tu as rendez vous avec moi Francisca, j’vais te rattraper, je vais te rattraper Francisca, ton heure est arrivée, ton heure est arrivée ! » La Mort allait, allait et marmonnait mais quand elle est arrivée il n’y avait personne pas plus Francisca que quiconque d’autre il n’y avait que la pâture !
Mort répétait en marmonnant "Francisca, elle est à la pâture, elle coupe l’herbe ! Ah ah ah Tu as rendez vous avec moi Francisca, j’vais te rattraper, je vais te rattraper Francisca, ton heure est arrivée, ton heure est arrivée ! » La Mort allait, allait et marmonnait mais quand elle est arrivée il n’y avait personne pas plus Francisca que quiconque d’autre il n’y avait que la pâture !
Les pieds blessés par les cailloux, sa chemise noire noyée par a sueur, la Mort sort sa montre et consulte l’heure.. Elle s’étonne « Déjà 4 heure et demi, je n’ai plus le temps de poursuivre Francisca ! C’est impossible ! Sacrée Francisca ! Tu m’as tué ! A cause de toi je vais manquer mon train ! Tu ne veux pas me rencontrer, et bien ne me rencontre-pas, fais ce que tu veux, tant pis pour toi"
Mort décide d’oublier Francisca. Et elle retourne sur ses pas.
Pendant ce temps-là, à deux kilomètres de là, Francisca s’occupe de remettre en état un petit jardin.
Tomi Ramos passait devant. Il l'a salué « Bonjour Francisca ça va ? » Elle lui répond les yeux clairs et la voix fragile « ça va, merci beaucoup Juan, belle journée »
L’homme s’éloigne en pensant :
Sacrée Francisca qui ne veut pas mourir !
Mort tu ne l’auras pas.
FIN
mardi 1 décembre 2015
D'un clic, définition à propos de "Etre conteur aujourd'hui...." La première, celle de
Michel Hindenoch
Et je choisis cette photo parce qu'elle me le rappelle, lors d'un passage dans la Chapelle Saint Etienne. D'ailleurs, une petite histoire est accrochée à son passage.
Sur la scène, le visage du conteur est mis en lumière. Autour de lui une obscurité profonde. Le conteur parle et joue. Au-dessus de sa tête, une mouche ou un moucheron va et vient, hypnotisé, comme le public par l'instant. L'insecte ne quitte pas la lumière. Et ne la quittera pas.
Et je choisis cette photo parce qu'elle me le rappelle, lors d'un passage dans la Chapelle Saint Etienne. D'ailleurs, une petite histoire est accrochée à son passage.
Sur la scène, le visage du conteur est mis en lumière. Autour de lui une obscurité profonde. Le conteur parle et joue. Au-dessus de sa tête, une mouche ou un moucheron va et vient, hypnotisé, comme le public par l'instant. L'insecte ne quitte pas la lumière. Et ne la quittera pas.
lundi 30 novembre 2015
Elèves de 6ème du Collège Saint Joseph à Janzé Lania vous remercie
Nous nous sommes rencontrés, filles et garçons, ce matin et votre intérêt, votre attention l'ont touchée. Vous avez montré de belles Oreilles et grâce à votre écoute, la conteuse qu'elle est a existé. Pas d'écoute, pas de conteuse ou de conteur. Un drôle de métier qui n'existe pas si des oreilles ne l'écoutent pas.
Un drôle de métier, oui un métier, qui vous a permis aujourd'hui de découvrir ou de réentendre
En souvenir de notre rencontre je vous offre, écrite, cette courte histoire dite.
Et cette autre histoire, dite aussi et mettant en scène le personnage truculent et farceur nommé Nazreddine.
Un drôle de métier, oui un métier, qui vous a permis aujourd'hui de découvrir ou de réentendre
L'histoire cadre et les péripéties qui entraînent le roi Schâryar à se venger du comportement de sa femme en épousant chaque matin une jeune enfant, à lui donner une nuit merveilleuse et d'un signe à son vizir, le lendemain matin à en ordonner la décapitation : trois ans que cela dure et les jeunes enfants se font de plus en plus rare, Schéhérasade
veut épouser le sultan. Le vizir est atterrée par sa décision ; il tente de dissuader sa fille mais il est clair qu'elle ne changera pas d'idée. Il lui raconte l'histoire de l'âne, du boeuf et du riche fermier. Mais l'histoire ne change pas la décision de Schéhérasâde. Et démarre le conte des Mille et une nuits avec l'entrelacs d'histoires dites
Schâcaback, et le repas invisible, les babouches d'Abou Khacem, peut-être achetées dans cette magnifique boutique (merci sincère à une Famille bien amicale et généreuse)
le tailleur et le bossu, le cordier Abdallah Aboulhacen, le derviche et le marchand aux quarante chameaux.
le tailleur et le bossu, le cordier Abdallah Aboulhacen, le derviche et le marchand aux quarante chameaux.
En souvenir de notre rencontre je vous offre, écrite, cette courte histoire dite.
Il était une fois une femme. C'était au bord de la mer
et ce jour-là les vagues allaient et venaient, le sable chuchotait
et les mouettes criaient dans le ciel.
Pendant ce temps, la femme parlait.
Debout, sur un rocher, elle enfilait histoire après histoire.
Sans cesser. Sans même jamais penser à boire.
Un homme passe par là.
Il découvre cette femme qui ne s'arrête pas de parler.
Il ne la quitte ps des yeux. Et il pense :
"Que se passerait-il si cette femme cessait de parler ?"
Pire ou mieux
"Que se passerait-il si on interdisait à la femme de parler ?"
Et cette autre histoire, dite aussi et mettant en scène le personnage truculent et farceur nommé Nazreddine.
Il était une fois, Nazreddine avait un âne.
La même fois, le voisin de Nazreddine,
n'avait pas le sien.
Il traverse la rue et vient frapper à la porte de Nazreddine.
"Salam Haleïkum Nazreddine !"
"Haleïkum salam" répond le voisin.
"Que veux-tu voisin ?" demande Nazreddin.
"Et bien voilà Nazreddine, je t'explique : "depuis quelques jours mon âne est loin de moi et j'en aurai justement besoin, je suis venu te demander de me prêter le tien aujourd'hui ! "
Nazreddine répond que son âne n'est pas là.
Et juste à cet instant l'âne se met à braire.
Le voisin réagit "Comment ça il n'est pas là, n'est-ce pas lui que j'entends derrière toi !"
"Impossible" répond Nazreddine, "je viens de te dire que mon âne n'était pas là"
Le voisin insiste "Nazreddine, prête moi ton âne"
"Je te dis qu'il n'est pas là !"
Mais à ce moment-là l'âne de Nazreddine se met à braire.
"Nazreddine ton âne est là, c'est tout de même bien lui que j'entends !"
Et Nazreddine de répondre :
"Voisin qui préfères-tu croire, Nazreddine ou son âne ?"
Et sur ces mots, Nazreddine referme sa porte.
Et la petite "menterie polonaise" qui a fait s'interroger certains et certaines d'entre-vous.
"Je suis née de l'union d'un homme et d'une femme... qui n'avaient pas d'enfant Mais leur fils à 20 ans s'est engagé à l'armée, où il se plaisait. Au cours d'une bataille, il perd bras, il perd jambe alors ... il s'enfuit s'enfuit s'enfuit et comme il n'y avait pas d'armes il a grimpé sur un épicéa
qui se trouvait non loin de là. Il cueille des cerises, un abricot, une pêche et tend une pomme à deux femmes qui passaient par là. Elles lui disent que, jamais non jamais, elles n'avaient mangé de noix aussi bonne que cette noisette ne l'était !"
Ce type de texte est dit plutôt en début de séance : il sert à attraper le silence des oreilles.
En souvenir de cette journée... voici une bibliographie dans laquelle je plonge de plus en plus. Les Mille et une Nuits sont un vrai puits de richesses littéraires, voire romanesques.
Encore une fois : merci.
Les Mille et Une Nuits
Edition de Jamel Eddine Bencheikh - Folio Classique
Présentation par Jean Paul Sarmain et Aboubakr Chraibi - GF Flammarion
Edition Intégrale établie par René R. Khawam - Phébus Libretto
Contes des Mille et Une Nuits
Edition Paul Duval - Elbeuf - Paris
Les sept portes des Mille et Une Nuits - Edouard Brasey - Chêne
Les contes des Mille et Une Nuits - Edition Rouge et Or
et puisque j'ai évoqué l'une des histoires de Nazreddine, je vous propose ce lien,
Encore une fois : merci.
Les Mille et Une Nuits
Edition de Jamel Eddine Bencheikh - Folio Classique
Présentation par Jean Paul Sarmain et Aboubakr Chraibi - GF Flammarion
Edition Intégrale établie par René R. Khawam - Phébus Libretto
Contes des Mille et Une Nuits
Edition Paul Duval - Elbeuf - Paris
Les sept portes des Mille et Une Nuits - Edouard Brasey - Chêne
Les contes des Mille et Une Nuits - Edition Rouge et Or
et puisque j'ai évoqué l'une des histoires de Nazreddine, je vous propose ce lien,
samedi 28 novembre 2015
PERLINPIN de Barbara chanté par Nathalie Dessay - vendredi 27 novembre - Paris
Pour qui, comment quand et pourquoi ?
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C'en est assez de vos violences.
D'où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence.
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S'il faut absolument qu'on soit
Contre quelqu'un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes.
Je suis pour les forêts profondes,
Car un enfant qui pleure,
Qu'il soit de n'importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt.
Que c'est abominable d'avoir à choisir
Entre deux innocences !
Que c'est abominable d'avoir pour ennemis
Les rires de l'enfance !
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l'eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles !
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c'est bien !
Et pour une rose entr'ouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d'abandon,
Et pour ce jardin qui frissonne !
Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Mais tout donner avec ivresse
Et riche de dépossession,
N'avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
Ne pas parler de poésie
En écrasant les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d'une cour au murs gris
Où l'aube n'a jamais sa chance.
Contre qui, comment, contre quoi ?
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l'eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles.
Contre personne et contre rien,
Contre personne et contre rien,
Mais pour toutes les fleurs ouvertes,
Mais pour une respiration,
Mais pour un souffle d'abandon
Et pour ce jardin qui frissonne !
Et vivre passionnément,
Et ne se battre seulement
Qu'avec les feux de la tendresse
Et, riche de dépossession,
N'avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne plus parler de poésie,
Ne plus parler de poésie
Mais laisser vivre les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d'une cour aux murs gris
Où l'aube aurait enfin sa chance,
Vivre,
Vivre
Avec tendresse,
Vivre
Et donner
Avec ivresse !
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
C'en est assez de vos violences.
D'où venez-vous ?
Où allez-vous ?
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence.
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S'il faut absolument qu'on soit
Contre quelqu'un ou quelque chose,
Je suis pour le soleil couchant
En haut des collines désertes.
Je suis pour les forêts profondes,
Car un enfant qui pleure,
Qu'il soit de n'importe où,
Est un enfant qui pleure,
Car un enfant qui meurt
Au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt.
Que c'est abominable d'avoir à choisir
Entre deux innocences !
Que c'est abominable d'avoir pour ennemis
Les rires de l'enfance !
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l'eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles !
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c'est bien !
Et pour une rose entr'ouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d'abandon,
Et pour ce jardin qui frissonne !
Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Mais tout donner avec ivresse
Et riche de dépossession,
N'avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
Ne pas parler de poésie
En écrasant les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d'une cour au murs gris
Où l'aube n'a jamais sa chance.
Contre qui, comment, contre quoi ?
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l'eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles.
Contre personne et contre rien,
Contre personne et contre rien,
Mais pour toutes les fleurs ouvertes,
Mais pour une respiration,
Mais pour un souffle d'abandon
Et pour ce jardin qui frissonne !
Et vivre passionnément,
Et ne se battre seulement
Qu'avec les feux de la tendresse
Et, riche de dépossession,
N'avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne plus parler de poésie,
Ne plus parler de poésie
Mais laisser vivre les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d'une cour aux murs gris
Où l'aube aurait enfin sa chance,
Vivre,
Vivre
Avec tendresse,
Vivre
Et donner
Avec ivresse !
mardi 24 novembre 2015
Le fidèle et demi ? Texte réécrit : tiré de l'ouvrage "Le Cercle des Menteurs" Jean-Claude Carrière.
Une fois il était, une fois il n'était pas
Du côté de Constantinople un sultan de haut lignage.
Il est homme de bien, de pouvoir, il ne craint pas son peuple, il l’aime ; le peuple aime son sultan. Le sultan soutient les riches, il défend les pauvres, Inch’Allah, personne n’enviant personne, dans le royaume du Sultan règne l’ordre et les prisons sont vides. Le sultan porte de somptueuses robes de soie ou d’ottoman, des caftans ornés de lunes ou de tulipes brodées de fil d’or. Il porte aussi de somptueux turbans aux aigrettes précieuses et légères soulignées d’émeraudes et rubis ou saphirs enchâssés d’or pur. Le sultan est heureux.
Quoique.
Quoique.
Un jour une rumeur traverse les murs de son palais. Parvient à ses oreilles sultanes. Il s’étonne
« Ainsi donc le Sheikh Mémet qui vit sur mes terres, possèderait des centaines de milliers de fidèles. Ainsi donc, si le Sheik Mémet désirait se retourner contre moi ces centaines de milliers de fidèles seraient difficiles à contrôler !"
Le danger n’est pas là mais le Sultan se prend à douter : possède-t-il, lui-même, plusieurs centaines de milliers de sujets prêts à donner leur vie pour sauver la sienne ?
Haroun le Sultan convoque Jaffâr son vizir
« Rencontre le Scheikh Memet et demande-lui de venir dans mon Palais, à Constantinople ! »
Le temps d’un aller, le temps d’un retour, le Scheikh Mémet tout habillé de blanc courbe son turban en guise de respect devant Haroun le Sultan.
« Relève-toi Sheikh Mémet par Allah le Sublime j’ai appris que tu es entouré de centaines de milliers de fidèles prêts à perdre leur vie pour sauver la tienne ? Qu'en dis-tu ?
"Tu ne te trompes pas Seigneur, j’ai des centaines de milliers de fidèles. Quant à savoir s’ils sont prêts à perdre leur vie pour sauver la mienne, c’est toi qui le dit Seigneur. A la réflexion je n'en compte que... deux, voir … il réfléchit « je dirai plus sûrement... un fidèle. »
Le Sultan Haroun réfléchit
« Deux c’était peu mais un sur des centaines de milliers c'est rien. M'est avis que Scheick Mémet me cache quelque chose» Le Sultan Haroun porte haut le sourcil relevé. Il déclare qu'il veut voir ça.
« Jâffar, mon Vizir, pars et ordonne aux fidèles du Sheikh Mémet de te suivre jusqu’au palais, en Constantinople »
le temps d’un aller, le temps d’un retour, quelques jours plus tard, face au palais il y a un pré
au bout du pré une sorte d’éminence
sur l’éminence une tente blanche
et dans la tente blanche des moutons parqués à l’insu de tous et muets.Ainsi dit le conte.
et devant la tente il y a le sultan dans une robe d’apparat et Memet le Sheikh Mémet, tout habillé de blanc, de babouches en turban.
Et face à eux, du bout du palais à leurs pieds recouvrant tout le pré, une immense foule s’étale. Silencieuse. En attente.
D’un bras qui ausculte l’espace à 180°
«Est-ce cela que tu appelles n’avoir qu’un fidèle et demi Scheik Mémet ? Ils sont venus par dizaines de milliers tes fidèles, si je ne m’abuse ! »
« Tu ne t’abuses pas Sultan, pour ce qui est de mon peuple par exemple, mais pour ce qui est des fidèles j’insiste, je n’ai qu’un fidèle, d’ailleurs si tu veux t’en rendre compte c’est simple, fais savoir à cette foule que j’ai commis un crime et que tu vas me mettre à mort à moins que l’un d’entre eux n’offre sa vie pour que je garde la mienne. Allez, Sultan Haroun dis-leur".
Le Sultan s’adresse à la foule
« Peuple fidèle du Sheikh Mémet, je t’ai fait réunir ici parce que ton Sheikh a commis un crime".
A ces mots un murmure parcours la foule : "Sultan cela est impossible, c'est impossible"
Le Sultan poursuit son discours.
« Pour ce crime qu’il a commis votre Scheikh doit être tué ! »
Le murmure s’enfle et s’élève au-dessus de cette foule bousculée par une nouvelle qui semble improbable pour elle.
Le sultan Hâroun précise son discours « Peuple fidèle au Sheikh Mémet, sachez qu'il aura la vie sauve si l'un de vous donne pour lui, la sienne aujourd'hui !"
Les têtes tournent à droite, les têtes tournent à gauche, du style qu’en penses-tu, doit-on le croire, que faut-il en penser, est-ce vrai ; iras-tu, moi je n’irai pas ; certaines s’abaissent pour mieux se concentrer ou disparaître dans la foule. Le projet ne semble inciter personne. Quoique. Un homme se déplace. Le silence revient. Que fait-il ? Va-t-il le faire ? Les respirations sont suspendues, cependant l’homme se déplace, il s’avance, la foule s'ouvre pour le laisser passer, il grimpe sur le monticule et traverse la foule, entreprend et s’incline devant le Sultan et le Sheikh Mémet. Quand il se redresse il déclare :
Le Scheikh est mon maître.
Tout ce que je sais je le lui dois.
Je donne ma vie pour lui.
Le Sultan montre la tente du bras. Tous les regards accompagnent l'homme et un silence foudroyant s'installe quand il disparaît dans la tente.
Un frémissement d’horreur se répand dans la foule à la vision du liquide rouge qui s’écoule de la tente..
Le Sultan reprend la parole
« Fidèles, j'ai réfléchi, une vie ne suffit pas pour libérer le Sheikh Mémet Y a-t-il parmi vous un autre fidèle prêt à sacrifier sa vie pour sauver celle de son maître aujourd’hui ?"
Dans la foule la parole ne court pas, les bras ne se lèvent pas, la précipitation n’est pas de mise, personne ne bouge, on croirait chacun statufié. A peine si certains s’esquivent avec discrétion. C’est l’immobile silence de la sidération…. jusqu’à l’instant où un mouvement se fait. Alors toutes les têtes se tournent, et une bouche s’étonne et une phrase résonne de bouche en bouche
« C’est une femme ! c’est une femme dit un autre, c’est une femme" la foule est admirative» Une femme en effet grimpe sur l’éminence. Elle s’incline devant les deux hommes et en relevant la tête elle prononce trois mots
"Je suis prête !"
L’aigrette du sultan s'incline sur la gauche. La femme comprend l’invitation. Elle entre dans la tente. Avant que la toile ne retombe le sultan fait un signe. Un sabre fait son oeuvre. Le liquide rouge s’écoule de nouveau. Un bruit de gorge se répand. La foule suffoque. Puis devant l’inéluctable, silencieuse elle s’ébranle, se disloque, se disperse. Bientôt sous les yeux du Sultan et du Sheikh Mémet il ne reste plus qu’un immense pré.
Vide.
"Tu vois Sultan, je ne t’ai pas menti à propos de mes fidèles. Je n’en ai qu’un et demi, à peine !"
"Que veux-tu dire Sheikh Mémet ? Dois-je comprendre que l’homme est un vrai fidèle et la femme seulement une moitié ?"
"Non Sultan je suis en train de te dire qu’un seul de ces deux-là est mon fidèle, et c’est la femme. Quand l’homme est entré dans la tente il ne savait pas qu’il allait être égorgé. Quand la femme s’est décidée, elle savait qu’elle serait tuée puisqu’elle avait vu le sang couler. Et pourtant, malgré cette certitude elle a offert sa vie pour me sauver ! Par conséquent le vrai fidèle en entier ce n’est pas l’homme, c’est elle, la femme.…"
L’homme et la femme sortent de la tente. Ils sourient. Derrière eux les moutons rescapés bêlent tout ce qu’ils savent et reprennent possession de leur pré.
Ainsi se termine le conte.
Puisse-t-il monter au paradis
et sur nos lèvres revenir
quand il sera temps de le redire.
quand il sera temps de le redire.
*
****
*
****
*
La cOnclusion est empruntée à jean-Jacques FDIDDA. Merci à lui et à Didier Jeunesse.
dimanche 22 novembre 2015
"Je suis parce que nous sommes" : Petite histoire africaine transmise par une amie
"Je suis parce que nous somme"
Il était une fois en Afrique et dans un village, la venue d'un anthropologue. Il tenait un panier tout plein empli de friandises.
"Bonjour les enfants, voyez-vous ce panier ?"
"Oui Monsieur" répondent les enfants tous ensemble.
"Et bien, voyez-vous, je vais le mettre au pied du baobab. Il est plein de bonbons, caramels, esquimaux chocolats (ancienne formule de légende que l'anthropologue fredonne). Il ajoute,
"Alignez-vous chacun côte à côte
et dès que je dirai "courez" courez.
Le premier qui arrivera au baobab
gagnera le panier".
Les enfants s'alignent.
L'anthropologue dit "courez"
Sous ses yeux, tous les enfants se prennent la main et partent en courant.Ils arrivent en même temps au bas du baobab. Ils chantonnent
"o bao ba o obabao
obao bao o ba ba o (petite chanson)"
Dès qu'ils sont arrivés, les enfants se sont assis sur le sol et ils se sont partagés toutes les friandises.
L'anthropologue les questionne
"Pourquoi n'avez-vous pas fait la course, les enfants ?"
Ils répondent :
"Unbutu, comment peut-on être heureux si tous les autres sont tristes !"
En Xhosa "Unbutu" signifie "je suis parce que nous sommes"
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