vendredi 4 août 2017

Cueillettes de champignons : attention danger.

J'avoue que je n'ai pensé à rien d'autre. Rien d'autre qu'à cette seule certitude :  déguster, seule - parfois l'égoïsme a du bon-  une belle omelette bio en voyant dans le pré vert les délicieux petits rosés tout frais. Frais du jour, frais de rosée, délicieusement frais. 
Non, je n'ai pas pensé du tout à passer par la pharmacie.
Oui je les ai tous cueillis. Heu non, j'en ai laissé trois. Pas si égoïste, finalement.
Non, je ne les ai ni lavés, ni pelés.
Oui, je n'ai fait cuire que les têtes.  Les queues -ne riez pas- je les ai déposées dans la terre de mon yucca pour cueillir d'autres petits rosés tout frais et quasi bios,  "bios de chez Bios" au pied de ma porte, cet automne, comme il m'arrivait antan, au pied de ma demeure Corse, de cueillir des girolles ou des trompettes de la mort.
Et alors ?
Alors je vous raconte. La dégustation a eu lieu le vendredi soir. 
Mais le lendemain samedi, je m'apprête à conter dans l'après midi.   Dès 15 h je me prépare. J'enfile une robe longue, noire, j'en décore le col  d'une broche rigolote au style très picassien (de Picasso)  Quand je ressens d'étranges choses : des tremblements, une vision troublée, des nausées et zioup ce à quoi j'étais à dix mille lieues de m'attendre se produit. Pas grave, ça va passer. Allonge-toi, couvre-toi, lis... que nenni, impossible de lire une seule phrase, les mots dansent sous mes yeux.... et zioup, ça recommence de plus belle. Cékoiça qui se passe ? 
Stoïque j'attends de voir. 16 h je commence à m'effrayer. Je pense à Emma Bovary. Mais pourquoi Emma Bovary, vraiment, aucune idée ne me transperce les neurones. Cependant, pourquoi elle ? Je ne vois qu'une seule réponse :  comme ça, pour rien, surtout que je ne l'ai croisée sur aucune étagère depuis, depuis combien d'années au fait ? Non sans blague, tant que ça ? "Comme le temps passe" aurait dit ma mère.  Je réfléchis. Se pourrait-il que... ?
Comme un fantôme, la poêle fait une apparition. J'entends le beurre crépiter, je vois les champignons fondre de plaisir,  j'ai l'eau à la bouche à l'idée de ma prochaine émotion gustative.  Quand il me revient m'être étonnée sur l'étrange couleur que prenaient les lamelles de champignons. Une drôle de sorte de gris un peu verdâtre.  Gris vert à faire peur, peur à m'effrayer. 
Comment se fait-il que mon intuition ne m'ait pas interpellée davantage ? Je ne me suis pas arrêtée du tout sur mon intuition. J'ai juste ajouté quelques 2-3 gousses d'ail et quelques minutes plus tard j'ai tout fait tomber dans mon assiette. J'étais réellement contente, mieux j'étais parfaitement heureuse.
Et ce à quoi je crains de faire face se reproduit. J'épargne les détails mais ils m'effraient réellement. Dois-je appeler quelqu'un ? Ma fille ? Non, je n'ai pas pensé à SOS médecins. Et puis ma fille c'est mieux. Bang, elle est en courses et pas tout près. Bien sûr je me fais un peu houspiller. Que dire ? Rien faire autre qu'attendre.
Entre temps le téléphone sonne. L'amie de ma fille est très aimable. Très gentille. Elle me questionne comme une professionnelle. L'amie de ma fille est peut-être médecin ou journaliste. En tout cas, elle n'habite pas Rennes. Elle est gentille de prendre de mes nouvelles, mais pourquoi elle me dit qu'il va falloir que je sois hospitalisée. Hospitalisée, moi, mais pourquoi ? Je ne tiens pas bien debout, j'ai peine à rester assise, je ne comprends pas que je fréquente le destin d'un culbuto. L'amie de ma fille me dit qu'avec les photos ils feront les vérifications, mais elle veut les photos. 
(photo non contractuelle, prise par la rédactrice du délicieux blog sur son Gers si beau : Gersicotti-Gersicotta : merci à elle)
Les photos ? Quelles photos ? Ils, elle... je n'y comprend plus rien.
Et je vais raccourcir car oui, je dois être hospitalisée ; mais oui d'abord il faut donner ce qu'il me reste des champis et aller photographier ce qui reste de la famille Champi dans le petit pré vert. Tiens, il n'y a pas que moi qui ai cueilli des petits  rosés des près. Et oui Maman, ce n'était pas une amie, au bout du téléphone, j'ai appelé le centre anti-poison.... Tu as fait quoi ? Oui Maman, c'était bien une responsable du centre anti-poison d'Angers. Ah bon !!!! Anti-poison... anti-poison....
Et je vais raccourcir et plaisanter sur du vrai
"Oui", répond l'infirmière au téléphone en me regardant, "la dame aux champignons est bien là mais j'ai rarement vue une personne subissant un empoisonnement et le supportant aussi bien" Elle n'a pas tort,  j'ai belle allure dans ma robe noire et ma mère m'a bien appris à me contrôler. Cependant ma tête tourne pour de vrai et je lui ordonne de bien se tenir.
Le reste se mesure à la crainte de côtoyer la Mort parce que je l'ai moi-même cherchée. Pourvu que mon âme ne lui plaise pas. Pourvue que je ne sois pas encore inscrite sur ses registres.
En fait l'histoire m'aura coûté un tête-à-tête avec une pendule qui, jusqu'aux secondes ne désirait pas avancer d'un iota. "Comme elles sont longues les nuits à Rennes, dites-moi sont-elles aussi longues qu'à Rennes, les nuits des Gayeulles ?" A me prendre pour Laurent héros de mon conte toulousain préfèré "Las nuits de Tolosa". Un tête-à-tête et des douleurs dont franchement jusqu'ici je ne mesurais pas l'existence.
Finalement tout s'est bien fini qui finit bien.  
14 h, le lendemain,  j'apprends que les deux sommités mycologues sont sûres d'elles ou d'eux : je ne suis plus en danger. Je peux partir. Ouf.

Ce qui me donne envie de partager pour la seconde fois une histoire (un petit conte dit "de randonnée") sur le thème des CHAMPIGNONS (article suit) A tout de suite.

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